Comprendre l’indépendantisme en Catalogne Comprendre l’indépendantisme en Catalogne
Des revendications de longue date La Catalogne revendique une identité propre, bâtie sur l’histoire. La Diada, fête nationale catalane, commémore notamment la chute de... Comprendre l’indépendantisme en Catalogne

Des revendications de longue date

La Catalogne revendique une identité propre, bâtie sur l’histoire. La Diada, fête nationale catalane, commémore notamment la chute de Barcelone aux mains des troupes du roi d’Espagne Philippe V de Bourbon en 1714. La Catalogne détenait auparavant des institutions et des lois propres, avant d’être soumise aux lois de la Castille, mais aussi sa langue, sa littérature et son droit civil ancien. Toutefois, le parti nationaliste catalan ne voit le jour qu’en 1901 et les tensions sont exacerbées par l’épisode franquiste : sous Franco, la Generalitat, le gouvernement régional autonome, est supprimée et l’usage du catalan est fortement réprimé.

Les indépendantistes appuient également leurs revendications sur des raisons plus pragmatiques, notamment économiques. En effet, la Catalogne est la région la plus riche du pays, au coude-à-coude avec Madrid. Pour 16% de la population, elle contribue à 20% de la richesse nationale. La ville de Barcelone et les plages de la Costa Brava attirent énormément de touristes étrangers : plus de 18 millions en 2016, soit ¼ des touristes du pays. La région dispose également de ports commerciaux d’envergure, du 2e aéroport du pays, d’une industrie et une agriculture compétitrices ou encore des sièges de multinationales comme celui de l’entreprise Mango. Selon Kenneth Rogoff, ancien économiste en chef du FMI et professeur à Harvard, la Catalogne serait l’un des pays les plus riches au monde si elle était indépendante. Or, le système fiscal espagnol est qualifié de « strangulation financière » par les indépendantistes et est perçu comme un obstacle.

Les ramifications sont enfin politiques. Les Catalans ont mal vécu en 2010 l’annulation par la Cour constitutionnelle du texte de l’article 2, qui conférait une autonomie élargie et le statut de « nation ». En novembre 2014, lors de la première consultation informelle sur l’indépendance, 80% ont voté « oui », pour un référendum déjà déclaré illégal par Madrid. Ledit referendum, organisé par l’ancien président catalan Artur Mas, n’avait nulle valeur légale, en l’absence de commission électorale et de recensement.

Le 6 septembre 2017, la Catalogne a déclaré l’organisation d’un nouveau referendum, et Madrid a tout fait pour empêcher la tenue de ce scrutin.

 

Quel bilan pour ce nouveau referendum ?

Le « oui » à l’indépendance l’a emporté avec 90,18% des suffrages lors du referendum d’autodétermination, organisé le 1er octobre malgré l’interdiction de la consultation jugée inconstitutionnelle par la justice espagnole. Le taux de participation a été de 43,03%. La Catalogne est depuis dans la tourmente.

La tenue même du referendum a donné lieu à de nombreux problèmes. La Guardia civil a tenté d’empêcher les scrutins dans une centaine de bureaux, en chargeant des manifestants et en ayant recours à des balles en caoutchouc et des matraques. La crise interne a poussé des centaines de milliers de personnes défendant les deux points de vue dans les rues. Ces images, qui ont fait le tour du monde et ont laissé 92 blessés, ont été vivement condamnées à l’international. Quelques jours plus tard, ces violences ont conduit à la grève générale menée par une quarantaine de candidats et des protestations à Barcelone de près de 700 000 personnes.

L’illégalité du referendum a soulevé de vives critiques de la part de différents acteurs. Pour Rajoy, il n’y a pas eu de referendum et les forces de l’ordre ont « fait leur devoir ». Pour Ada Colau, la maire de gauche de Barcelone, les résultats ne peuvent pas servir de fondement à une proclamation d’indépendance (absence de recensement électoral transparent ou d’organisme indépendant pour mener le décompte) – elle se prononce de ce fait en faveur d’un referendum légal. Enfin, le roi d’Espagne Felipe VI a dénoncé la « déloyauté inadmissible » des dirigeants catalans.

Les milieux économiques ont aussitôt fait part de leur anxiété, par une dégringolade boursière. Banco Sabadell, 2e banque catalane, a annoncé le transfert de son siège social hors de la région. Le lendemain, la 3e banque d’Espagne CaixaBank et la firme Gas Natural ont fait de même.

Les opinions sont partagées à l’international. La Commission européenne a ainsi invité à un dialogue entre le gouvernement central et les indépendantistes. Les velléités indépendantistes de la Catalogne ont également été commentées dans une édition très controversée de Charlie Hebdo (ci-dessous) qui a écrit : « Si toutes les régions d’Europe qui possèdent une langue, une histoire, une culture originales commencent à réclamer leur indépendance, le Vieux Continent va très vite partir en morceau comme la banquise sous l’effet du réchauffement climatique. »

 

Quel avenir pour la Catalogne ?

À la suite du referendum, le mardi 10 octobre, le président catalan Carlos Puigdemont a proclamé l’indépendance de la Catalogne dans un discours complexe avant de « suspendre » sa mise en oeuvre quelques secondes plus tard : il a affirmé qu’elle avait un droit à l’indépendance mais qu’elle n’allait pas l’appliquer et souhaitait avoir recours à une médiation internationale. Or, Mariano Rajoy a accusé les indépendantistes d’être les seuls responsables de la division des catalans et de glisser vers la radicalité, en déclarant : « Il n’y a pas de médiation possible entre la loi démocratique et la désobéissance illégale ».

Rajoy a donné suite à ces déclarations en fixant un ultimatum aux autorités catalanes. Elles ont jusqu’au lundi 16 octobre 10h pour dire si oui ou non, elles ont déclaré l’indépendance de la région. Si elles décident de le faire, Madrid agite la menace de l’article 155 de la Constitution, dont le contenu est le suivant :

« Si une région autonome ne respecte pas les obligations que la Constitution ou d’autres lois lui imposent, ou agit de manière à porter atteinte gravement à l’intérêt général de l’Espagne, le gouvernement, après avertissement au président de la région autonome, et dans le cas où il n’a pas de réponse, avec l’approbation de la majorité absolue du Sénat, pourra adopter les mesures nécessaires pour le contraindre au respect de ces obligations ou à la protection de l’intérêt général mentionné ».

Ce n’est néanmoins pas certain car si le Parti populaire de Rajoy a reçu le soutien des centristes Ciudadanos pour l’utilisation de cet article, il n’a pas celui du PSOE. Or, il est peu probable qu’il applique une mesure aussi lourde en conséquence sans réel soutien des partis traditionnels. Pour l’instant, quelle que soit sa réponse, Rajoy devra soutenir la réforme de l’article 2 de la Constitution, qui stipulait autrefois que la Catalogne était une nation, pour apaiser même partiellement les tensions.

Enfin, du côté de Puigdemont, il est coincé entre Rajoy d’un côté et la Candidature d’unité populaire (CUP), l’extrême-gauche indépendantiste, de l’autre.

  • La CUP est minoritaire mais si elle retire son appui à Puigdemont, les indépendantistes n’auront plus de majorité. Une motion de censure sera votée et des élections anticipées tenues.
  • Si Puigdemont proclame l’indépendance, la réaction de l’autorité centrale sera forte. Il craint également que l’économie soit affaiblie en raison des évènements récents, alors qu’elle est le point fort pour soutenir l’indépendance de la Catalogne.

 

 

Camille Beguin

18 ans et étudiante en 1ère année à HEC. Je suis là pour vous conseiller en termes de méthodologie, et je rédige aussi des articles de géopo ou autres !

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