Géopolitiquement vôtre #5 – Le bilan de l’UNASUR Géopolitiquement vôtre #5 – Le bilan de l’UNASUR
Fondée en 2008 à l’initiative du Brésil, l’Union des Nations Sud-américaines (UNASUR) avait pour ambition de devenir une zone de coopération à l’image de l’Union... Géopolitiquement vôtre #5 – Le bilan de l’UNASUR

Fondée en 2008 à l’initiative du Brésil, l’Union des Nations Sud-américaines (UNASUR) avait pour ambition de devenir une zone de coopération à l’image de l’Union Européenne. Elle est composée de 12 pays à sa création : Brésil, Argentine, Bolivie, Chili, Équateur, Guyana, Pérou, Suriname, Venezuela, Uruguay, Colombie et Paraguay. Pour étudier cette organisation, j’ai choisi un article de 2008 qui nous vient du site LatinReporters.com, un site spécialisé dans la géopolitique latino-américaine, et qui analyse les enjeux et les objectifs de l’Union.

 

I) Analyse de l’article :

Mettons d’abord l’accent sur l’un des objectifs principaux de l’UNASUR : s’inspirer de l’Union Européenne. L’objectif est clairement de construire une « identité et une citoyenneté sud-américaine » comme le traité l’indique et de développer l’espace régional non seulement sur le plan économique, mais aussi dans tous les autres domaines : politique, culturel, social, environnemental, etc.

Là où la grande majorité des organisations régionales vont se limiter à une coordination économique, voire politique, l’UNASUR veut utiliser le système communautaire européen comme modèle, et ce pour une raison majeure : il s’agit à l’époque d’offrir une alternative au projet de ZLEA des Etats-Unis, qui vise depuis 2006 à créer une immense zone régionale regroupant tout le territoire américain. Une telle union serait évidemment dominée par la plus grande puissance mondiale, les Etats-Unis, une situation que ne peuvent accepter certains pays d’Amérique pour diverses raisons : idéologiques pour des pays comme le Venezuela, politiques pour des pays comme le Brésil par exemple. Le but est donc de renforcer la coopération des pays de la région tout en permettant d’éviter l’assujettissement aux Etats-Unis. Le Traité Constitutif de l’UNASUR précise que tous les pays de la région, à l’exception des Etats-Unis, pourront intégrer l’Union et rappelle que l’organisation doit permettre une meilleure cohésion sur différents sujets qui touchent la communauté internationale. On se souvient de l’Union Européenne et de son siège au G20 censé lui permettre une meilleure cohésion interne sur des problématiques variées : l’idée est de reproduire le même schéma pour être plus efficace dans les grandes instances internationales comme l’ONU ou l’OMC.

C’est pourquoi le système de l’Union est inspiré de grands projets dignes d’une organisation semblable à l’UE : une présidence rotative annuelle, un Secrétariat général de l’UNASUR installé à Quito en Equateur, un Parlement sud-américain à Cochadamba en Bolivie, une tentative de mettre en place une politique de sécurité, etc. L’enjeu est donc important : l’UNASUR doit devenir à moyen terme une institution idéalement supranationale pour permettre au continent de devenir un acteur majeur sur la scène international, dont le leader naturel serait le Brésil, comme l’Allemagne ou la France pour l’UE.

Cependant, nous retrouvons dans cet article des doutes sur la capacité de l’organisation à pouvoir vraiment devenir ce que l’on attend d’elle. Des divergences et tensions entre certains Etats laissent planer l’incertitude sur la création d’une réelle cohésion  que ce soit sur la politique de sécurité mise en péril par la guérilla des FARC en Colombie, que le gouvernement soupçonne d’être financée par des pays comme l’Equateur et le Venezuela, et qui empêche donc la véritable création d’une unité militaire commune. Ou encore l’existence d’autres organisations régionales comme le MERCOSUR ou la Communauté Andine des Nations (CAN) qui semblent empêcher le continent de parler d’une seule voix : le secrétaire général de l’UNASUR, l’ex-président équatorien Rodgrigo Borja, a même démissionné sous prétexte que les différents dirigeants sud-américains ne faisaient pas les efforts nécessaires pour placer les autres organisations régionales sous l’égide de l’UNASUR (pour offrir une plus grande marge de manœuvre à l’organisation).

Mais selon LatinReporters.com, le handicap majeur de l’organisation reste l’hétérogénéité au sein de l’organisation de systèmes sociaux antagonistes. Là où l’UE rassemble par un modèle d’économie de marché suivi par tous les membres, l’UNASUR devra faire avec une palette très diversifiée de système : à l’économie de marché suivie par certains pays s’ajoute un système social radicale comme celui du Venezuela ou de la Bolivie. En 2008, certains handicaps existent donc, même si les espoirs sont très nombreux.

 

II) Mise en perspective de l’article :

Où en est l’UNASUR, environ 10 ans après sa création ? Le tableau semble beaucoup plus noir que ce qui était prévu.

  • D’un côté, l’UNASUR a répondu à certains objectifs qu’on lui donnait à sa création. Les pays sud-américains ont pu montrer leur cohésion sur la scène internationale sur des questions stratégiques. Il suffit de prendre l’exemple de l’intervention en Libye des pays Occidentaux, condamnée par la totalité des pays de l’Amérique du Sud via la voie de l’UNASUR, ou bien la prise de position pro-iranienne dans les tensions qui opposent le pays d’Orient aux grandes puissances occidentales. Cette prise de position commune a même permis au Brésil de devenir médiateur entre les deux parties dans le conflit comme représentant de la zone sud-américaine. L’UNASUR a donc à un certain niveau créé une cohésion entre les différents pays sud-américains sur la scène internationale, à tel point que l’organisation est devenu observatrice à l’ONU en 2012, une qualité qu’elle partage avec l’UE. L’article a donc vu juste sur cette partie. Rappelons aussi que un des handicaps identifiés dans l’article, la junte militaire des FARCS, semble aujourd’hui être surmontable, le processus de paix étant engagé depuis de longues années et étant sur le point de se concrétiser.

 

  • D’un autre côté, l’organisation ne semble avoir aucune autorité pour rassembler les pays de la région. En témoigne la création de l’Alliance Pacifique en 2015 qui regroupe le Mexique, le Pérou, le Chili et la Colombie, qui a pour but de concurrencer le poids lourd de la région : le MERCOSUR. Pourtant, dans l’article, on s’attendait plus à des difficultés de coopération d’Etat dans les organisations déjà existantes. En réalité, l’article n’évoque pas un handicap majeur pour l’UNASUR à sa création : la rivalité entre les deux poids lourds du continent, le Mexique et le Brésil. La création de l’UNASUR et son Traité Constitutif exclut implicitement le Mexique en tant que pays nord-américain géographiquement parlant. Le pays doit donc se contenter d’une place d’observateur au sein de l’organisation. Cette situation n’est pas envisageable pour le gouvernement mexicain : il faut tout faire pour contrer le leadership brésilien qui semble entourer toute la région. L’Alliance Pacifique est donc ici pour concurrencer directement le leadership brésilien et peut correspondre à une réponse directe à la création de l’UNASUR. En excluant de fait le Mexique, pays trop proche des Etats-Unis pour l’ensemble des dirigeants sud-américains, l’UNASUR semble avoir encore plus divisé que rapproché les pays de la région. Que reste-t-il donc de l’espoir de faire d’elle une organisation supranationale ? Pas grand-chose.

 

La situation est donc bien différente de ce qu’annonçait l’article. La crise des Etats que vit aujourd’hui le continent sud-américain est aussi due à une incapacité de l’organisation à s’affirmer : l’UNASUR avait même au départ défendu Dilma Rousseff en 2015 lors de la crise politique brésilienne, ce qui n’a pas empêché sa destitution. Quant à sa « lutte » contre l’influence des Etats-Unis dans la région, l’UNASUR a échoué dans sa tentative de retirer les bases américaines sur le contient. Et que dire du manque d’initiative dont elle fait preuve sur la crise sociale et politique qui se déroule actuellement au Venezuela. Autrefois porteuse d’espoirs, l’UNASUR ne semble qu’être l’ombre d’elle-même aujourd’hui.

 

III) Comment utiliser cette évolution dans ta dissertation ?

Avec l’ambition de devenir une organisation supranationale, l’UNASUR est un bon exemple d’échec -provisoire- dans le mouvement de régionalisme qui touche le monde depuis la fin de la 2nde guerre mondiale. Un sujet sur les organisations régionales est fortement susceptible de tomber aux concours, surtout à une époque où elles sont de plus en plus remises en question comme c’est le cas en Europe. L’UNASUR te permet donc d’avoir un exemple précis de blocage d’organisme régional plus original. C’est aussi un bon exemple pour montrer que l’influence du Brésil reste encore tangible dans sa propre région et donc dans le monde. Par exemple, pour un sujet sur l’Amérique Latine et l’influence nord-américaine, l’UNASUR est une illustration d’initiative qui au départ portait de nombreux espoirs et qui a finalement en partie échoué dans sa démarche.

Jean-Nicolas Pringuey

Etudiant à l'ESSEC et ancien ECS du Lycée Masséna à Nice

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