La géopolitique du football : quand le sport devient politique La géopolitique du football : quand le sport devient politique
220 millions d’euros, c’est la somme folle qu’a dû dépenser le Paris Saint-Germain pour recruter la super star Neymar Junior. Le feuilleton Neymar a... La géopolitique du football : quand le sport devient politique

220 millions d’euros, c’est la somme folle qu’a dû dépenser le Paris Saint-Germain pour recruter la super star Neymar Junior. Le feuilleton Neymar a animé l’été dernier et son omniprésence au sein de l’actualité témoigne d’une chose : le football n’est pas un sport comme les autres. Devenu un élément incontournable des relations internationales, le football est perçu par certains experts dont le géopolitologue Pascal Boniface comme une véritable question géopolitique.

 

Fin XIXème, le football devient mondial

La géopolitique du football s’explique par le caractère mondialisé de ce sport. En effet, le football est le premier sport à connaître un engouement mondial et son développement suit les différentes étapes du processus de mondialisation. Véritable phénomène planétaire, le football est parti d’Angleterre à la fin du XIXème siècle et il se propage ensuite dans tous les ports du globe. Qu’ils viennent d’Alger, de Buenos Aires ou encore de Barcelone, à chaque fois l’histoire se répète, les locaux souhaitent imiter les commerçants anglais et se convertissent au football. Ainsi, le premier club professionnel français voit le jour au Havre en 1884, il s’appellera le Havre Athletic Club (HAC), à noter aussi l’anglosaxonisation des noms d’équipes qui persiste encore aujourd’hui.  Suivant une fois de plus les étapes de la première internationalisation (cf ; les travaux de Suzanne Berger), le football gagne l’intérieur des terres avec le développement des chemins de fer et autres axes de communication. Ainsi, les Britanniques accomplissent de façon involontaire la conquête du monde sportif par l’intermédiaire du football. On peut donc considérer que ce sport par son caractère populaire et mondial devient dès lors l’un des premiers éléments de « Soft Power » du XXème siècle, et ceci bien avant les travaux de Joseph Nye (Bound to lead, 1990). Avec la création de la coupe du monde en 1930 et la multiplication des clubs professionnels, le football prend progressivement une ampleur mondiale. Cependant, c’est surtout à partir de 1945 qu’une géopolitique du football émerge.

 

Comment les récupérations politiques ont métamorphosé le monde du football ?

Qu’on le veuille ou non, football et politique ont toujours été étroitement liés. Grâce à son caractère mondial et populaire, le football fait l’objet d’une récupération politique au service de la géopolitique des États. L’un des premiers à l’avoir compris est le général Franco. Arrivé au pouvoir en 1939, il n’est pas un grand fan de football mais il y voit un vecteur capable de transmettre la politique d’unification et de grandeur du pouvoir. Par opportunisme, il soutient d’abord le club de l’Atlétic Madrid car ce dernier écrase le championnat espagnol de 1939 à 1953. Franco fait même changer le nom pour « Atlético » afin que le club fasse plus castillan et moins basque. À partir de 1953, avec l’Atlético n’étant plus à la hauteur, il décide de favoriser le Real Madrid et commence à lutter contre le FC Barcelone et leur devise « Més que un club » (Plus qu’un club, en catalan). C’est ainsi qu’est née la grande rivalité entre le Real Madrid et le FC Barcelone, l’un bénéficiant de l’aide du pouvoir et l’autre devenant un fief de la résistance linguistique et identitaire en Espagne. L’opération est toutefois un succès car le Real de Di Stefano brille en Europe en remportant 5 titres de champion d’Europe entre 1955 et 1960, et avec lui l’Espagne de Franco.
Toutefois, le football ne sert pas que le « soft power » mais remplit également une fonction d’ «opium du peuple ». C’est notamment le cas pour l’Argentine de Videla. Le 24 mars 1976, alors que commence la dictature la plus sanglante du pays, 23 communiqués des militaires sont émis dont 22 concernant des restrictions des libertés. Finalement le 23ème communiqué à la surprise générale est un communiqué d’autorisation, il autorise la transmission d’une partie de football. La sélection argentine jouait à Varsovie pour se préparer au mondial de 1978 qu’elle accueillit deux ans plus tard malgré de nombreux appels au boycott. Un événement qui en dit long sur l’importance du football comme instrument d’aliénation des masses. Les pouvoirs politiques préfèrent le manipuler plutôt que de lutter contre lui.

 

Le football a également été récupéré par certains pouvoirs afin de jouer le rôle de catalyseur dans certains conflits. Ce fut le cas de « la guerre du football » ou « guerre de cent heures »  en 1969 opposant le Honduras et le Salvador et qui provoqua la mort de 3000 personnes ainsi que l’arrêt de toute coopération dans la région.
Enfin, même en France, le football a pu être récupéré à des fins politiques. Selon certains historiens, la victoire de l’équipe de France lors de la coupe du monde en 1998 a servi à promouvoir l’image d’une France « Black Blanc Beur » qui réussit, ce qui a permis d’apaiser les tensions sociales et politiques du moment au sujet de l’immigration et de l’intégration. Le « Zizou président ! » projeté sur l’Arc de Triomphe retentit plus que la plupart des mesures et actions entreprises durant les 15 dernières années par le gouvernement et autres acteurs comme SOS Racisme.

 

La géopolitique du football aujourd’hui : entre tensions et réussites

Enfin, il semblerait aujourd’hui que la géopolitique du football s’intensifie. On constate tout d’abord un rattrapage des BRICS sur la question footballistique. Les derniers lieux d’accueil de la Coupe du Monde en disent long : Afrique du Sud en 2010, Brésil en 2014, Russie en 2018. La FIFA semble vouloir accentuer le développement de ces pays par l’intermédiaire du football. Mais les désillusions sont multiples. L’impact de la Coupe en Afrique du Sud est quasi nul, et le bilan de RIO 2014 est vivement critiqué : poussée inflationniste, non création d’emplois à long terme et incitation à la corruption notamment.

Cependant, cela n’a pas découragé deux pays dits « nouveaux riches » à investir massivement dans le football : le Qatar et la Chine.  Le Qatar rachète en 2011 par l’intermédiaire d’un fonds d’investissement « Qatar Sport Investment » (QSI) le Paris Saint-Germain pour en faire un grand d’Europe et réussit par une importante campagne de lobbying à obtenir l’accueil du mondial 2022. La Chine, elle, déstabilise complètement le marché des transferts et attire de plus en plus de stars dans son championnat. Carlos Tevez, le joueur le mieux payé du monde devant Messi, Neymar et autres stars touche 38 millions d’euros pour évoluer eu Shanghai Shenshua. Pourtant, les stratégies diffèrent depuis peu. Le gouvernement chinois a décidé cet été d’arrêter toutes les politiques d’aide fiscale envers les clubs chinois estimant que le retour sur investissement n’était pas suffisant. Le Qatar, lui, poursuit le développement de son activité, élément essentiel du Soft Power qatari et ceci malgré la colère que cette politique suscite. Durant la mise en place de l’embargo de l’Arabie Saoudite et des autres pays du Golfe contre Doha, le port du maillot du FC Barcelone a un temps été interdit pour motif que « Qatar Airways » en était le sponsor principal. D’autre part, suite au transfert de Neymar, le PSG est devenu la cible de la plupart des clubs européens qui souhaitent voir le fair play financier s’appliquer.
Enfin, le football sert de plus en plus de vecteur identitaire. Une vraie stratégie est mise en place par la Hongrie de Victor Orban : le président hongrois finance allègrement la sélection de son pays et souhaite réveiller l’orgueil et le nationalisme hongrois. En catalogne, le Barça participe activement à la campagne d’indépendance de la région. Le choix de Pep Guardiola, célèbre ex-joueur et ex-entraineur du club, comme figure de proue de la manifestation du 11 juin dernier à Montjuic n’a rien d’anodin. Il représente à lui tout seul l’institution Barça et donne du crédit aux revendications d’indépendance.

 

Pour conclure, le football est un phénomène planétaire et populaire. C’est pourquoi il est récupéré depuis 1945 à des fins politiques et géopolitiques. Aujourd’hui, avec l’arrivée de nouveaux acteurs, le pouvoir financier et de représentation du football est grandissant. Par conséquent, la géopolitique du football devient chaque jour de plus en plus riche.

Robin Baron

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