La Grèce n’est plus sous le feu des projecteurs,  mais comment va-t-elle ? La Grèce n’est plus sous le feu des projecteurs,  mais comment va-t-elle ?
Durant l’été 2015, la Grèce faisait la une à chaque rebondissement dans le combat qui opposait la très décriée Troïka au gouvernement contestataire d’Aléxis... La Grèce n’est plus sous le feu des projecteurs,  mais comment va-t-elle ?

Durant l’été 2015, la Grèce faisait la une à chaque rebondissement dans le combat qui opposait la très décriée Troïka au gouvernement contestataire d’Aléxis Tsipras. Des banques fermées pendant plusieurs jours pour éviter un credit run, la menace d’une sortie de la zone euro, un référendum qui conteste les réformes voulues par le FMI et la commission européenne, sans oublier les drapeaux et effigies brûlées ; bref, un été bien mouvementé pour la Grèce alors scrutée par le monde entier. Mais plus d’un an après la Grèce n’apparaît plus dans nos fils d’actualité, si ce n’est comme destination touristique… Le gouvernement Tsipras aurait-il abdiqué face aux exigences de la Troïka ? La situation économique et politique de la Grèce s’est-elle améliorée au point de ne plus avoir à s’y intéresser, n’y s’en préoccuper ? Allons aux nouvelles de ce pays qui sert si souvent d’exemple (pas toujours heureux) dans nos copies !

La Grèce et l’Europe, je t’aime, moi non plus

La relation entre la Grèce et l’Union Européenne a toujours été compliquée. L’adhésion de la Grèce à l’UE a été portée par le symbole qu’incarnait ce pays méditerranéen, celui de la démocratie. La Grèce sortait en effet d’une dictature dite des colonels (1967-1974) et connaît par la suite une véritable dynamique de développement portée par le tourisme. En 1981 elle intègre donc la Communauté Européenne et recevra dès lors de nombreuses aides qui décupleront sa croissance. Les fondamentaux macroéconomiques ne lui sourissent pas forcément, mais son intégration à la zone euro est prévu. En effet, le symbole est fort : un pays méditerranéen, berceau de la démocratie et de la civilisation occidentale qui sort de la dictature et qui connaît une dynamique économique forte permise entre autres par les aides européennes, voilà un succès de la construction européenne qu’il faut encourager et valoriser. Cependant les conditions d’intégration à la future zone euro édictées par le Traité de Maastricht (1999) sont strictes : le déficit public ne doit pas dépasser plus de 3 % du PIB par an et la dette nationale, 60 % du PIB ; et une inflation maîtrisée autour de 2%. En 2000 le gouvernement grec affiche un respect des conditions sur le déficit public et sur le taux d’inflation (respectivement 1,3 et 2,3%) mais a une dette trop importante de 104% de son PIB, certes en baisse. Les efforts consentis par le gouvernement font preuve d’une volonté sérieuse de rentrer dans la zone euro. La procédure d’adhésion est exceptionnellement retardée et allégée, mais la Grèce rejoint la zone euro malgré tout seulement en 2002. En réalité, les chiffres affichés par le gouvernement camouflent une dette bien plus importante, et ce notamment grâce au travail de maquillage financier orchestré par Goldman Sachs ; Subterfuge qui sera révélé en 2008. La Grèce traîne depuis longtemps la réputation d’être un pays corrompu, enclin au népotisme ; cette révélation ne fera qu’ajouter du discrédit sur la classe politique grecque à la fois au yeux de leurs concitoyens, mais aussi aux yeux des autres européens. Les pays d’Europe du Nord seront les plus critiques vis-à-vis des mensonges et du manque de sérieux des dirigeants grecques.

Entre temps, la Grèce a vu ses fondamentaux macroéconomiques se détériorer. Le coût des jeux olympiques d’Athènes en 2004, un budget militaire disproportionné, et surtout une incapacité de l’État à récolter l’impôt. En effet, la Grèce n’a jamais su construire une administration publique efficace capable de récolter l’impôt de façon globale et équitable. Tout d’abord, il n’existe pas d’impôt foncier, les grands propriétaires échappent donc en partie à l’impôt. Certaine professions et secteurs (l’église orthodoxe, les fonctionnaires, les militaires, les armateurs, et d’autres encore fiscalement nichés) échappent complètement à l’impôt, et jouissent souvent d’une situation de monopole. La question de la concurrence est un autre problème structurel grecque.

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De l’autres côté, l’Etat dépense trop, notamment à travers un budget militaire hypertrophié. La Grèce consacre environ 4 % de son PIB au budget de sa défense depuis des décennies et elle est un des plus gros importateurs d’armes au monde. Jusqu’en 2011, la Grèce, peuplée de seulement 11 millions d’habitants, a été entre le troisième et le cinquième importateur mondial d’armes conventionnelles. Ainsi, entre 2002 et 2009, l’État a dépensé 830 milliards d’euros quand ses recettes sur la période s’élevaient à 680 milliards. De plus de 2005 à 2008, l’État grec augmente le volume de ses emprunts auprès des banques de 80 à 160 milliards de dollars et ses dépenses d’armement augmentent d’un tiers : avions de combat, six frégates de guerre et des hélicoptères de combat pour 2,9 milliards d’euros, et, six sous-marins d’attaque pour 5 milliards d’euros, tous importés de l’étrangers. Les responsables politiques ont eu tendance à considérer les emprunts comme des revenus fixes et ont utilisé les ressources dont ils disposaient pour construire une prospérité artificielle et un système social très généreux, avec par exemple des pré-retraites à 45 ans pour certaines mères de famille.

Le déficit public se creuse jusqu’à atteindre les 13% venant mécaniquement alimenter la dette qui dépasse les 117% en 2008. Or ce déficit effectif n’était pas celui annoncé. Le pays se finançait à taux d’intérêt à long terme de 5%, un taux proche des autres pays de la zone euro puisqu’aux yeux des marchés financiers ils faisaient partie d’un même ensemble homogène. Le déficit réel ne fut dévoilé qu’en octobre 2009 soit onze jours après l’arrivée au pouvoir de premier ministre Papandréou qui annonce, dans un souci de transparence (enfin), que l’état réel des finances grecques avait été caché par le précédent gouvernement. Il fait rétablir les véritables données économiques. Rapidement, les agences de notations abaissent la note de la Grèce, et les taux d’intérêts montent, jusqu’à 27% fin 2011. Mais dès avril 2010, la Grèce demande l’aide de l’UE et du FMI pour faire face à ses créances, et donc a fortiori pour ne pas faire défaut. En effet, l’état des finances grecque est devenu catastrophique, et d’autres pays de la zone euro apparaissent soudainement plus fragiles : le Portugal, L’Irlande, et l’Espagne (les fameux « PIGS ») notamment, rejoints par l’Italie dont la situation est toutefois moins préoccupante . Ces pays ont en commun d’avoir un niveau d’endettement très élevé, un chômage qui a explosé et surtout une économie structurellement fragile. C’est ainsi que débute la crise des dettes souveraines.

Une chronologie de la crise de la dette grecque

Il faut éviter une implosion de la zone euro, et la Grèce, la plus mal en point économiquement est le pays le plus scruté. Panayotis Roumeliotis, ex-représentant de la Grèce au FMI, a révélé au New York Times en juillet 2012, que cette institution a eu dès le début des doutes sur la soutenabilité de la dette. Le problème est que si le FMI avait estimé que la dette n’était pas soutenable, il n’aurait pas été autorisé à lui accorder de l’aide. Toutefois, faisant taire ses doutes, « le FMI a fini par accepter de financer le programme grec, parce que le risque lié à la contagion systémique était très élevé ». La motivation des accords a donc été plus politique qu’économique.

En mai 2010, le FMI et l’UE accorde un premier prêt de 110 milliards d’euro conditionnés par la mise en place de politiques d’ajustement structurel (PAS) assimilable à une politique d’austérité (hausse TVA, nouvelles taxes, restrictions de salaires dans la fonction publique, augmentation des cotisations retraites, etc…). Puis c’est la BCE qui autorise les banques centrales des pays de la zone à acheter des titres de dettes publics afin de réduire les taux d’intérêts qui devenaient asphyxiant pour les pays ciblés comme fragiles.

Un deuxième plan d’aide pour la Grèce est concédé au printemps 2011 toujours par la dite Troïka (FMI, Commission Européenne et la BCE). 109 milliards y sont prêtés, toujours en échanges de réformes structurelles. Puis en octobre 2011 un accord vise à recapitaliser les banques grecques (à hauteur de 106 milliards) et à faire abandonner 50% de la dette grecque détenue par les banques privée.

En février 2012 un autre accord vise à s’assurer que la Grèce répondra bien à ses engagements pris, face à l’inquiétude de ses créanciers européens qui ne voient pas les réformes jugées nécessaires se mettre en place. Les PAS, au lieu d’arranger les fondamentaux macroéconomiques du pays, les ont plutôt aggravés. Le chômage a explosé de 9% en 2009, il est passé à plus de 27% en 2014 ; la dette est passée de 117% à 179% du PIB en 2014, et le PIB a en même temps chuté de 20%. L’effet récessif sur la demande de ces politiques austéritaires a été sous-estimé, et même le FMI avouera s’être trompé sur ce point. Bref, les PAS on mis la Grèce en PLS….

Si rien ne rentrait vraiment dans l’ordre, il fallut tout de même attendre janvier 2015 et l’arrivée au pouvoir de SYRIZA pour les négociations reprennent, mais sur un autre ton. Le discrédit sur la classe politique grecque est immense, et de nouvelles figures fortes ont le vent en poupe. En effet, si SYRIZA est arrivé s’est fait élire c’était surtout pour renégocier les plans d’aides de la Troïka et mettre fin à cette politique austéritaire. Aléxis Tsipras, nouveau premier ministre, et son sulfureux ministre de l’économie Yanis Varoufakis semblent avoir la volonté politique pour changer la donne, et redonner une voix à la Grèce.

Tout au long de l’année, les négociations entre la Troïka et la Grèce se transforment rapidement en poker menteur. En juin 2015, la Grèce doit rembourser 600 millions d’euro au FMI, mais retarde le paiement et promet de façon presque inédite (seule la Zambie avait eu recours à cette clause) de rembourser d’un seul coup la facture de 1,6 milliard. Le FMI menace que si le 1er juillet ce paiement n’est pas effectué, la Grèce sera considéré comme en défaut de paiement. Les suspicions sur l’incapacité de la Grèce à tenir sa promesse montent, et la menace d’un Bank Run devient imminente. A partir de la mi-juin, les grecques retirent 5 milliard d’euros de leurs banques. Au pied du mur, Tsipras propose de nouvelles propositions en échange d’un prêt, que la Troïka acceptera de fournir a condition que de nouvelles propositions rentrent en jeu. La nuit du 26 au 27 juin, le gouvernement de Tsipras décide alors de soumettre ce plan au référendum. Cela conduira le 28 juin à ce que l’Eurogroupe mette fin à toutes les négociations. La tension atteint donc son Climax ! Le même jour, est annoncé la fermeture des banques jusqu’au 6 juillet afin d’éviter un Bank Run.

Le bras de fer durera quasiment un mois, et le référendum bien que refusant le plan issu de l’Eurogroupe sera négligé au profit de l’adoption d’un accord qui prévoit un financement à hauteur de 86 milliard sur 3 ans en échange de la mise en place des réformes prévue précédemment. Si l’accord est accepté par le parlement grecque le 16 juillet, le FMI annonce cependant le 30 juillet qu’il ne participerait plus au financement de la Grèce étant donnée l’avancement des réformes et l’attitude du gouvernement grecque. C’est donc sans le FMI que l’Eurogroupe a du trouver le financement des 86 milliards, dont certains étaient urgents. Pour résumé, ce sont au final 260 milliards d’euros qui ont été prêtés à la Grèce.

Les élections législatives anticipées du 20 septembre 2015 ont assuré la position dominante de SYRIZA au pouvoir, mais les mesures austéritaires se sont donc poursuivies (rallongement de la cotisation retraite, coupe dans les budget des administrations publiques et une hausse de la TVA d’un point supplémentaire ainsi que nouvelles taxes sont instaurées). Ces réformes qui vont dans le sens de ce que souhaite la Troïka calment les tensions avec la Grèce, mais celle-ci va-t-elle mieux pour autant ?

Après cet été mouvementé, où en est la Grèce actuellement ?

Il est vrai que la Grèce n’est plus sous le feu des projecteurs. La menace d’une sortie de la zone euro n’est plus évoquée et la situation semble de prime abord s’améliorer. Mais qu’en est-il vraiment ? Quelques chiffres pour bien commencer cette analyse :

  • le taux de croissance du PIB en 2016 est de 0,04%, et devrait être de 1,33% selon l’OCDE en 2017 ;

  • le taux d’investissement repasse lui aussi au vert avec un taux de croissance de 3% pour cette année ;

  • tout comme la demande qui après avoir lourdement chuté ces dernières années a enfin retrouvé un niveau positif ;

  • quant au taux de chômage, il est passé de presque 28% en 2013 à 23,5% en cette fin d’année, soit une baisse de quasiment 5 points (mais il est à noté que le chômage de longue durée touche plus de 73% des chômeurs, et que les jeunes connaissent encore un taux de chômage de presque 50%) ;

  • la dette des administrations publiques croît doucement pour atteindre 181% du PIB, soit environ 320 milliards d’euro, rien que ça…

De ces chiffres ressort effectivement une amélioration fragile des fondamentaux macroéconomiques de l’économie grecque ; même si la situation reste critique. La Grèce ne survit financièrement que grâce aux prêts de la Troïka, mais la relation entre les deux reste très tendue. Depuis le 12 septembre dernier, les négociations ont repris, entre la Grèce et ses créanciers (le FMI de retour, Banque centrale européenne, Commission européenne et Mécanisme européen de stabilité). Le FMI et la zone euro sont englués depuis plusieurs mois dans un différend sur la manière de sortir la Grèce de six ans de crise financière, économique et sociale, le premier plaidant pour un relâchement de l’austérité et en faveur d’une aide rapide et décisive sur la dette, la seconde campant sur son orthodoxie budgétaire et renvoyant un règlement de fond de la dette à après les élections allemandes, à la fin de 2017.

Le FMI souhaite en effet mettre fin à la cure d’austérité, mais souhaite en revanche que des réformes structurelles notamment concernant la capacité de l’État à prélevé l’impôt et de façon la plus juste qui soit, à réformer le système de retraite, mais aussi à faciliter le licenciement (très compliqué à appliquer) en contrepartie de l’élaboration d’une véritable assurance chômage inexistante aujourd’hui. Le FMI souhaiterai aussi une plus grande solidarité de l’Eurogroupe surtout pour la question de la dette, toujours considéré comme insoutenable par l’institution financière. Ainsi le 23 septembre dernier, elle a appelé l’Union européenne à consentir un « allègement supplémentaire de la dette » publique grecque, et juge « irréaliste » les objectifs demandés à la Grèce.

L’Eurogroupe quant à lui est surtout concentré à la réalisation des accords conclus au préalable. La question de la mutualisation, même partielle, de la dette est à l’heure actuelle rejetée. Si un minuscule allègement de la dette (de 300 millions d’euro, soit une goutte d’eau) avait été annoncé dernièrement par le MES (Mécanisme Européen de Stabilité), preuve malgré tout d’une volonté de répondre aux attentes grecques ; celle-ci a finalement été suspendue le 14 décembre en raison d’une politique de Tsipras anti-austéritaire et sociales allant contre les attentes de l’Eurogroupe.

Mais la position de Tsipras au pouvoir est aujourd’hui incontesté. Il fait figure de dirigeant solide et défenseur de la société grecque, tout en acceptant le compromis. Le problème est qu’il a très peu de marge de manœuvre pour négocier, étant donné le poids de la dette de son pays auprès de ses créanciers. En réalité la Grèce est dépendante du financement de la Troïka mais estime souffrir de conditions de ce financement, qui jusqu’ici n’ont pas vraiment fait leurs preuves. Est-ce de la faute de ces conditions, ou simplement de l’incapacité de l’Etat à les mettre en place ? C’est sur ces questions que se jouent en réalité les discussions et les possibilités de manœuvre pour le premier ministre grecque.

La situation reste donc critique, mais aussi statique ; peu d’avancées ont été scellés cette année. En coulisse cependant, les lignes bougent. En effet, en avril dernier Mediapart révélait un document interne du FMI relatant une discussion entre des responsables du Fonds monétaire international selon lequel « Ceux-ci semblent prêts à aller jusqu’à pousser la Grèce à la faillite pour obtenir un accord européen sur l’allègement de la dette grecque et amener le gouvernement grec à faire toutes les réformes souhaitées par le FMI ». Sa diffusion a donné lieu à une vive réaction d’Alexis Tsipras à laquelle Christine Lagarde a répondu en confirmant en partie et indirectement les éléments alarmants contenus de l’échange de ses deux collaborateurs. Ambiance ambiance…

Compte tenu de l’insolvabilité actuelle du problème, il n’est donc pas impossible que la Grèce revienne sous le feu des projecteurs.

Guillaume Jeny

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