Le nucléaire militaire :  sa réglementation, ses limites, ses risques Le nucléaire militaire :  sa réglementation, ses limites, ses risques
L’arme nucléaire depuis 1945 L’arme nucléaire voit le jour avec le projet Manhattan, mené par les Etats-Unis avec la participation du Royaume-Uni et du... Le nucléaire militaire :  sa réglementation, ses limites, ses risques

L’arme nucléaire depuis 1945

L’arme nucléaire voit le jour avec le projet Manhattan, mené par les Etats-Unis avec la participation du Royaume-Uni et du Canada entre 1942 et 1946. Ce projet, dirigé par le major-général du corps des ingénieurs de l’armée américaine, Leslie Groves, et le directeur scientifique Robert Oppenheimer, donne naissance à la première bombe au plutonium, Gadget, testée en juillet 1945 dans le désert du Nouveau-Mexique. Le 6 août 1945, à 8h15 heure locale à bord du bombardier Enola Gay, le pilote américain Paul Tibbets largue sur Hiroshima la bombe à uranium Little Boy, qui fait plus de 80 000 morts et 70 000 blessés. Le 9 août 1945 à 11h02, la bombe au plutonium Fat Man est larguée sur Nagasaki et fait 70 000 morts. Ces deux offensives mènent à la reddition instantanée du Japon, et les Etats-Unis sortent vainqueurs sur le plan militaire et technologique.

Cette nouvelle ère de la bombe nucléaire soulève dès lors la question d’une gouvernance mondiale, ou du moins une nécessaire maîtrise pour assurer la non-prolifération des technologies requises, voire un désarmement en vue duquel organismes internationaux et société civile se prononcent à travers divers évènements.

 

 Un panorama des détenteurs de la bombe nucléaire

Le premier groupe est celui des EDAN (Etats dotés de l’arme nucléaire), les Etats ayant fabriqué ou fait exploser une arme nucléaire ou tout autre engin nucléaire avant le 1er janvier 1967 : ce sont les Etats-Unis, la Russie, le Royaume-Uni, la France et la Chine.

Ensuite, on trouve les pays « du seuil » ayant acquis l’arme nucléaire plus tard, ou soupçonnés d’en être proche. Cette catégorie compte l’Inde et le Pakistan considérés comme des puissances nucléaires depuis les essais respectifs de 1974 et 1998, ainsi qu’Israël, qui n’a jamais reconnu les faits mais est déclaré possesseur par les experts.

Enfin, certains pays ont développé des programmes nucléaires clandestins illégaux, ou en sont soupçonnés.

L’Irak, dont le programme nucléaire révélé après la première guerre du Golfe, a probablement cessé ses activités dans les années 90, même si l’intervention américaine en 2003 n’a pas apporté d’informations. La Corée du Nord, qui a gelé son programme en 1994 avant de le reprendre en 2002 et de se retirer du TNP (Traité de non-prolifération) en 2003, a ensuite procédé à différents essais.

L’Iran a annoncé en 2003 la suspension de ses opérations mais a repris en 2005 ses activités de conversion d’uranium. Un an plus tard, le président Ahmadinejad annonce le succès de ces activités. En 2011, l’AIEA a fait état de « sérieuses inquiétudes » quant au programme nucléaire iranien, s’appuyant sur des données indiquant un projet de Téhéran de mise au point de l’arme atomique. Ce n’est qu’après l’élection d’Hassan Rohani à la présidence en 2013 que l’Iran se dirige vers un accord sur le nucléaire avec le groupe 5+1 (les membres du Conseil de sécurité et l’Allemagne).

D’autres pays comme l’Algérie et la Libye ont été soupçonnés d’élaborer un tel programme, sans que des preuves aient été apportées.

 

La minute scientifique: nucléaire civil, militaire, quelle différence ?

Pour qu’une réaction en chaîne se produise, qu’il s’agisse d’une centrale ou d’une bombe, l’utilisation d’uranium est requise. Seul l’uranium 235 est exploitable pour la réaction de fission, or le minerai est composé à 99,7% d’uranium 238, d’où la nécessité d’enrichissement du bon type d’uranium via des centrifugeuses. Le degré d’enrichissement de l’uranium 235 détermine ensuite ses usages :

  • De 3% à 5%, on reste dans le nucléaire civil : ce type d’uranium est utilisé dans les centrales nucléaires les plus répandues au monde.
  • >20% : on parle d’uranium « hautement enrichi », utilisé pour certains réacteurs ou moteurs à propulsion nucléaire (porte-avions, sous-marins…).
  • >85% : il est temps de s’inquiéter, puisqu’on parle d’uranium de qualité militaire, avec lequel il est possible de fabriquer une bombe atomique. Il est de plus très rapide de passer de 20% à 90% !

L’Iran joue avec ces pourcentages en affirmant vouloir accéder au nucléaire civil et en achetant des centrifugeuses, lui permettant de produire de l’uranium de qualité militaire.

 

Accords bilatéraux, traités internationaux : réglementer le nucléaire ? 

Le nucléaire militaire a fait l’objet précocement d’une lutte mondiale. Tout d’abord, depuis sa fondation en 1945, l’Organisation des Nations Unies joue un rôle central dans le désarmement nucléaire, par la création de Commissions qui s’assurent de l’usage du nucléaire à des fins pacifiques. L’AIEA (Agence internationale de l’énergie atomique), organisme autonome fondé en 1957, est de plus placé sous l’égide de l’ONU.

La première ligne d’attaque des organismes et traités internationaux en matière de militaire est la non-prolifération, avec comme pierre angulaire le TNP (Traité de non-prolifération) signé en juillet 1968 et entré en vigueur en 1970. Ce traité est désormais quasiment universel puisque seuls trois pays n’en font pas partie : Israël, l’Inde et le Pakistan. Il distingue les EDAN (Etats dotés) qui s’engagent à ne pas aider d’autres Etats à acquérir des technologies militaires, et les ENDAN (Etats non dotés) qui s’engagent à ne pas tenter de s’en procurer.

La non-prolifération passe également par une réglementation internationale, plus tardive, sur les vecteurs d’armes nucléaires (engins, missiles) avec le Régime de contrôle de la technologie des missiles.

Des accords pour le désarmement ont été signés en parallèle. Cinq zones sont exemptes d’armes nucléaires (voire dénucléarisées) : l’Antarctique, l’Amérique du Sud, le Pacifique sud, l’Asie du sud-est, l’Afrique et l’Asie centrale. Des efforts ont également été consentis entre pays dotés, notamment pendant la guerre froide. Les Etats-Unis et l’URSS signent un premier traité à Moscou en 1972, SALT I, pour limiter leurs armes stratégiques offensives, puis le traité SALT II en 1979. En 1991, le traité START I entraîne une réduction effective des arsenaux.

 

 

Armes et essais nucléaires : entre accords multilatéraux et protestations de la société civile

Dès 1954, une campagne indienne est organisée au sein de l’ONU pour interdire totalement les essais nucléaires, suivie par des manifestations en Europe et aux Etats-Unis. Des interdictions sont prononcées, sauf pour les essais souterrains. Les mouvements de la société civile prennent de l’ampleur, avec en 1982 un des plus grands rassemblements pacifiques des Etats-Unis, réunissant à New-York près d’un million de personnes pour protester contre l’escalade nucléaire. Les ONG sont également de la partie pour mener des actions médiatiques. Le scandale du Rainbow Warrior, navire de l’organisation écologiste Greenpeace, est un exemple phare : en 1985, le navire est détruit en Nouvelle-Zélande par les services secrets français, alors qu’il est paré à appareiller pour l’atoll de Mururoa, afin de protester contre les essais nucléaires français. Une opération qui fit un mort, un photographe et membre de l’équipage de Greenpeace.

Ces protestations ont pu avoir quelques effets, comme la signature en 1996 du Traité d’interdiction complète des essais nucléaires (TIC) à New-York, qui compte 182 Etats signataires. Certaines décisions symboliques ont également été prises, comme l’annonce de la Cour internationale de Justice déclarant les armes nucléaires illégales.

 

Vers la fin du nucléaire ?

Dès ses premières utilisations, l’arme nucléaire a fait l’objet de protestations de la société civile, mais aussi de la communauté scientifique. En 1955, le Manifeste Russell-Einstein signé par 11 scientifiques fait état des implications éthiques, morales et sociales des armes de destruction massive.

La légitimité même de l’arme nucléaire dans le règlement de conflits a été fréquemment remise en cause. Dans La bombe : de l’inutilité des bombardements aériens (2011), l’historien Howard Zinn déplore les bombardements massifs pratiqués par les Etats-Unis au motif d’une « guerre juste ». L’attaque nucléaire, dont les capacités de destruction balaient les zones d’immunité destinées à protéger les non-combattants, consiste en une simple démonstration de force et n’a aucun intérêt militaire, seulement de prestige.

Certaines décisions récentes fragilisent d’autant plus l’avenir du nucléaire militaire. En juillet 2017, 122 Etats ont adopté un traité d’interdiction des armes nucléaires à l’ONU, appelant à la fin de la dissuasion. Bien que rejetée par les pays possédant ce type d’armes, cette initiative est le premier instrument multilatéral juridiquement contraignant qui ait été négocié pour le désarmement depuis le traité de 1996, et souligne la responsabilité des Etats dotés dans la remise en état des zones touchées par des irradiations à fins militaires (notamment la Polynésie dans le cas français).

 

Camille Beguin

18 ans et étudiante en 1ère année à HEC. Je suis là pour vous conseiller en termes de méthodologie, et je rédige aussi des articles de géopo ou autres !

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