Synthèse d’actualité estivale d’économie – Édition 2020 Synthèse d’actualité estivale d’économie – Édition 2020
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2) Le projet de fusion Veolia-Suez

suez

Alors que Veolia, le numéro 1 mondial de la distribution d’eau et de gestion des déchets, vient de déposer une offre de rachat des 29% du capital de Suez détenus par Engie, le projet de fusion Veolia-Suez redevient d’actualité. En effet, l’éventualité d’un rapprochement entre Suez et Veolia pour créer un champion mondial des services à l’environnement avait déjà été débattu en 2012. Toutefois, si en 2012 il s’agissait d’une OPA amiable, c’est un véritable bras de fer qu’entame le groupe Veolia aujourd’hui.

La création d’un champion mondial de la transition écologique

Le but assumé de la fusion entre Veolia et Suez, respectivement numéro 1 et numéro 2 mondiaux des services environnementaux est de créer un nouveau groupe mondial capable de répondre aux défis posés par la crise environnementale actuelle. Ce projet peut donc sembler faire sens aujourd’hui en montrant bien comment les concentrations industrielles peuvent se mettre au service du développement d’un capitalisme vert.

En effet, alors que l’Agence internationale de l’énergie (AIE) chiffre les investissements nécessaires pour mener à bien la transition écologique à 44 000 milliards d’euros, il semble indispensable de créer de véritables géants de l’économie verte capables de financer des investissements d’une telle ampleur : le PDG de Veolia, Antoine Frérot, déclarait ainsi récemment au Monde que « la taille fait la force pour développer les innovations environnementales de demain ».

Des problèmes de concurrence à l’échelle française et européenne 

Toutefois, ce projet, aussi louable puisse-t-il paraître, fait planer la menace d’une hyperconcentration du marché de l’eau et de la gestion des déchets, déjà très concentré en Europe : en effet, les trois acteurs principaux en France sont Veolia, Suez et la Saur (un groupe bien plus petit). Les réticences au niveau européen devraient donc être fortes, d’autant plus qu’une enquête avait déjà été ouverte par Bruxelles en 2012 sur l’éventualité d’une entente entre Veolia, Suez et la Saur.

Toutefois, le marché mondial de la gestion de l’eau et des déchets est très peu concentré : Veolia et Suez ne contrôlent que 5% du marché mondial tandis que la concurrence exercée par le chinois Beijing Capital Group risque de menacer à moyen-terme les deux géants tricolores.

Ce sera finalement au régulateur européen d’arbitrer entre les gains que peut représenter un champion mondial européen de la transition énergétique et les pertes pour le consommateur que peut engendrer la réduction de la concurrence à l’échelle française et européenne.

Ce projet marquera-t-il un changement de paradigme dans l’appréhension des concentrations industrielles par la puissance publique ?

En effet, bien qu’il soit dénoncé par Suez en raison de la menace que le projet de fusion fasse planer sur les emplois de Suez en France (notamment dans certaines activités que le nouveau groupe Veolia-Suez devrait céder en France pour éviter une trop forte concentration du marché français), le gouvernement Castex s’est déclaré très favorable à un tel rapprochement. En effet, depuis sa nomination à Bercy, Bruno Le Maire défend la création de champions français ou européens de taille mondiale capables de résister à la concurrence des multinationales américaines et chinoises. Il avait ainsi critiqué la décision de la Commission européenne d’interdire la fusion entre les géants du ferroviaire Alstom et Siemens en février 2019.

Or en juillet, la Commission européenne a approuvé la fusion Alstom-Bombardier pour créer un champion européen du ferroviaire. Il est donc possible que ce projet de fusion Veolia-Suez marque un changement de paradigme dans l’appréhension des concentrations industrielles par les pouvoirs publics européens. Toutefois, il est également probable que les résistances soient encore fortes au sein d’une Commission européenne qui assimile politiques de la concurrence et politiques industrielles.

 

L’exemple de la fusion Veolia-Suez représente une très bonne accroche pour les sujets portant sur les concentrations industrielles, notamment à l’aune de la crise environnementale actuelle (ex : ESCP 2020 : faut-il craindre un retour des concentrations industrielles ?)

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Baptiste Japiot