Les femmes du Panthéon Les femmes du Panthéon
Au sommet de la montagne Saint-Geneviève trône fièrement le Panthéon. Prévu au départ pour devenir une église, ce monument accueille depuis la Révolution Française... Les femmes du Panthéon

Au sommet de la montagne Saint-Geneviève trône fièrement le Panthéon. Prévu au départ pour devenir une église, ce monument accueille depuis la Révolution Française les dépouilles des personnalités qui ont forgé l’Histoire de France (hormis les militaires, qui sont aux Invalides).

Sur son fronton y est inscrit « Aux grands hommes la patrie reconnaissante », un écho au ratio homme/femme quelque peu inégal ? En 2018, sur les 81 « panthéonisés »,  seulement cinq femmes y figuraient, dont uniquement quatre pour leur propre mérite.

 

La petite dernière

En juin dernier, Simone Veil a été la cinquième femme à entrer au Panthéon, sur proposition d’Emmanuel Macron.

Rescapée d’Auschwitz, elle entame des études de droits et de sciences politique qui la mèneront à endosser de prestigieuses fonctions :

  • En tant que Ministre de la santé sous Valéry Giscard d’Estaing, elle fait adopter la loi dépénalisant le recours à l’IVG le 17 janvier 1975.
  • De 1979 à 1982, elle contribue à la réconciliation franco-allemande depuis son poste de première Présidente du Parlement Européen.
  • Au sein du gouvernement Balladur, elle occupe les fonctions de Ministre d’État, Ministre des Affaires Sociales, de la Santé et de la Ville (1993-1995).
  • Pendant presque dix ans, entre 1998 et 2007, elle siège au Conseil Constitutionnel, elle surpassera son devoir de réserve lorsqu’en 2005 elle appelle les français à voter oui au référendum pour une constitution européenne.
  • Elle fait son entrée au sein de l’Académie Française en 2008. Sur son épée d’Immortelle sont gravés le numéro qui lui avait été attribué à Auschwitz et les devises de la République Française et de l’Union Européenne.

De 2001 à 2007, elle est Présidente de la Fondation pour la mémoire de la Shoah.

 

 

Germaine Tillion : une ethnologue entrée en résistance

Tout d’abord ethnologue, Germaine Tillion effectue plusieurs missions, dont deux en Algérie entre 1935 et 1940. Après l’armistice de 1940, elle entre en résistance. Elle donne les papiers de sa famille à une famille juive afin de la protéger.

Créatrice du mouvement résistant Réseau du Musée de l’homme, elle sera la seconde femme à recevoir la distinction de la Grande Croix de la Légion d’Honneur et sera honorée pour ses actes héroïques durant la seconde guerre mondiale.

A la fin de la guerre, elle intègre le CNRS mais délaisse l’ethnologie et se consacre à l’histoire de la seconde guerre mondiale en enquêtant sur les crimes commis par les nazis : « Au terme de mon parcours je me rends compte combien l’homme est fragile et malléable. Rien n’est jamais acquis. Notre devoir de vigilance doit être absolu. Le mal peut revenir à tout moment, il couve partout et nous devons agir au moment où il est encore temps d’empêcher le pire. »

En 1954, elle est missionnée par le Ministre de l’Intérieur Pierre Mendès France afin de mener des observations. Elle devient membre du cabinet des affaires sociales et éducatives de Jacques Soustelle, à Alger. Après le départ de ce dernier en 1957 elle passe trois mois chez des Touaregs dans le Sahara avant de rentrer à Paris.

 

La seule femme deux fois “nobellisée”

D’origine polonaise, Marie Curie est bien connue pour ses travaux sur la radioactivité mené avec son mari Pierre Curie, qui ont abouti la découverte du polonium et du radium. C’est pour ces travaux qu’elle recevra le prix Nobel de chimie en 1911. Mais elle n’en était pas à son coup d’essai puisqu’en 1903, avec son mari, ils reçoivent un demi prix Nobel de physique (partagé avec Henri Becquerel).

Elle sera la première femme en France à devenir directrice d’un laboratoire de recherche. De même, après la mort de son mari en 1906, elle sera la première femme professeure à la Sorbonne. Le Journal soulignera cet évènement en ces termes ironiques : « c’est […] une grande victoire féministe que nous célébrons en ce jour. Car, si la femme est admise à donner l’enseignement supérieur aux étudiants des deux sexes, où sera désormais la prétendue supériorité de l’homme mâle ? En vérité, je vous le dis : le temps est proche où les femmes deviendront des êtres humains. »

Sur décision du président François Mitterand, conseillé par Simone Veil, elle est la première femme à entrer au Panthéon. La cérémonie de 1995 permet aux époux Curie d’être déposés ensemble au sous-sol du monument, plus de 60 ans après la mort de Marie Curie.

 

Geneviève De Gaulle-Anthonioz

Son nom de famille doit vous rappeler quelqu’un, et pour cause : Geneviève n’est autre que la nièce du Général de Gaulle.

Durant la seconde guerre mondiale, elle rejoint la résistance et est déportée dans le camp de Ravensbrück où elle côtoie Germaine Tillion. D’ailleurs, elle sont toutes deux panthéonisées en 2015.

Par la suite, elle travaille avec son mari pour la culture, auprès du ministre André Malraux. c’est là qu’elle rencontre le père Joseph Wresinski, fondateur du mouvement ATD Quart Monde. Militante pour les droits de l’Homme et contre la pauvreté, elle prend la tête de l’association en 1964.

Son projet de loi pour la cohésion sociale, qu’elle a défendue en 1996 suite à sa nomination au conseil économique et social sera adopté deux ans après.

Elle a été la première femme à être décorée de la Grande Croix de la légion d’honneur en 1997.

 

 

“Femme de …” : un laissez-passer pour le Panthéon ?

En plus des quatre autres femmes citées précédemment, une cinquième y repose : Sophie Berthelot. Femme du chimiste Marcellin Berthelot, elle l’a aidé dans ses recherches et a été, à sa mort, distinguée “en hommage à sa vertu conjugale”.

Marcellin Berthelot, célèbre chimiste, a déposé plus de 1200 brevets en l’espace de 50 ans (1850-1907). Bien que certains industriels lui proposent de belles sommes pour les racheter, il refuse et en fait don, non pas à la France, mais au monde entier.

Pour respecter la volonté de leur famille, Sophie Berthelot a donc pu avoir l’honneur d’être la première femme à reposer au Panthéon. Cette situation s’est reproduite lors du décès de Simone Veil, puisque son mari, Antoine Veil, a pu lui aussi bénéficier de ce traitement de faveur.

 

Flore Deghaye