Le nu dans la peinture au début du XXe siècle : Egon Schiele et Henri Matisse Le nu dans la peinture au début du XXe siècle : Egon Schiele et Henri Matisse
Henri Matisse La peinture d’Henri Matisse est radicalement différente. Henri Matisse, qui commence à travailler comme clerc de notaire, découvre pour sa part la... Le nu dans la peinture au début du XXe siècle : Egon Schiele et Henri Matisse
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Henri Matisse

La peinture d’Henri Matisse est radicalement différente. Henri Matisse, qui commence à travailler comme clerc de notaire, découvre pour sa part la peinture alors qu’il est alité pour se soigner d’une crise d’appendicite, à vingt ans. Il décide alors de s’installer à Paris pour apprendre la peinture, et y suit les cours de Gustave Moreau. Il découvre les œuvres des impressionnistes, qui auront une profonde influence sur son travail, et expose ses premières toiles. Il devient chef de file du mouvement du fauvisme (appelé ainsi en raison de couleurs « fauves » des œuvres, c’est-à-dire des aplats crus et violents et peinture) après le Salon des Indépendants de 1905 ; il acquiert alors une certaine notoriété, et l’aisance financière qu’il en retire lui permet des voyages, au Maroc en particulier (entre 1912 et 1912) avant qu’il ne s’installe à Nice. Un voyage à Tahiti ouvre finalement le dernier pan de ses œuvres, à travers une nouvelle recherche sur la lumière.

La Danse, Henri Matisse, 1909 (cliquer sur le nom de l’oeuvre pour voir apparaître le tableau)

La Danse est, avec La Musique, l’une des deux toiles commandées par le collectionneur russe Sergueï Chtchoukine à Matisse en 1909. Elle est aujourd’hui conservée au Musée de l’Ermitage de Saint Pétersbourg. C’est une huile sur toile d’une vaste taille (260×391 cm) qui reprend un sujet familier à Matisse, et courant dans le monde de l’art depuis l’Antiquité. On y voit cinq corps nus, sveltes, entraînés par un même mouvement dans une ronde harmonieuse qui semble les soulever de la terre. Ces silhouettes expressives, anonymes, sont simplifiées à l’extrême : l’accent est mis dans ce tableau sur la dynamique du groupe, et non sur les personnages individuels qui le composent. Quelle est cette danse qui semble les entraîner éternellement ? Peut-être un rite païen ou primitif ; les couleurs qui prédominent sont d’ailleurs les couleurs primaires (vert, rouge et bleu), crues et appliquées par aplats dans les contours marrons des corps, donnant ainsi à la danse sa candeur et son innocence ; ces éléments (l’utilisation des couleurs et l’impression de joie et de légèreté) sont caractéristiques du fauvisme. L’art africain, et ses sculptures en particulier, a beaucoup inspiré Matisse et explique le caractère primitif de cette toile qui s’apparente à un rite païen.

Et pourquoi des corps rouges ? La première version de la danse comportait une ronde quasiment identique, mais avec des danseurs à la peau rose. C’est alors dans l’héritage grec, et en particulier dans les vases des Ve et IVe siècles avant JC, qu’il faut chercher une explication. L’idée d’un renouveau de la danse par un retour aux origines, à  la fois à la nature et aux traditions grecques est en effet très présente dans le monde du ballet à l’époque où peint Matisse, lequel y a été initié par l’intermédiaire de la danseuse américaine Isadora Duncan.

Comment interpréter la main lâchée entre les deux danseurs du premier plan ? Voilà deux explications possibles : l’ouverture du cercle est une invitation pour que le spectateur rejoigne la ronde ; c’est également un symbole de fraternité, puisque le personnage de dos trouve un appui dans la main ouverte de son partenaire. Cette recherche de l’union communautaire était justement au coeur des débats des années 1910 : dans ses Écrits et propos sur l’art, Matisse témoigne être allé se ressourcer au Moulin de la galette, un lieu de bals et guinguettes, lors de la peinture de cette toile. Il s’y rendait le dimanche après – midi,  et s’intéressait en particulier aux farandoles des ouvriers, ces rondes humaines qui cherchaient à intégrer les égarés à leur danse. En effet, cette question de la communauté, que l’on voit dans l’harmonie de la ronde mais aussi dans l’appui recherché par les deux mains détachées, était d’une grande importance pour le peintre. Elle s’inscrit dans les débats des années 1910, qui appellent à un retour à l’influence de la nature pour ressourcer l’homme et raviver le lien de la communauté.

Notez avec quelle subtilité Matisse utilise la jambe du danseur au second plan pour coïncider avec le cercle ouvert, de sorte que la ronde rouge n’est pas interrompue.

Pour utiliser la Danse en dissertation :

  • Il s’agit d’un tableau d’Henri Matisse qui met en scène des corps sans identité, sans sexe, dans une ronde qui s’apparente à un rite païen. Les couleurs utilisées (bleu, rouge, vert) sont les couleurs primaires ; elles renvoient aux éléments naturels (eau, ciel, terre). Le caractère primitif de la peinture, inspirée de l’art africain et des vases grecs de l’Antiquité, permet d’insister non sur le détail des corps, mais sur l’union et l’harmonie de la danse.
  • Le corps est donc un vecteur d’unité : la danse, le toucher rapprochent les hommes, à l’image des farandoles ouvrières du Moulin de la galette. A travers ces corps nus, Matisse traduit la nécessité d’un retour à la nature, à la proximité avec les éléments primitifs, et s’inscrit dans les débats qui animaient alors le monde de la danse.
  • Le tableau montre enfin un corps vigoureux, sain, harmonieux, qui, bien que massif, peut s’élever à la grâce de la danse originelle. La couleur rouge, inspirée des vases grecs, renforce l’impression de force qui émane de ces corps.
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Lorraine Félix

Ancienne élève de Sainte-Geneviève, je suis en première année à HEC.