Frais de scolarité des écoles de commerce : le seuil de 40 000€ franchi ! Frais de scolarité des écoles de commerce : le seuil de 40 000€ franchi !
Chaque année, depuis 2015 nous publions notre enquête sur les frais de scolarité des écoles de commerce. Depuis 4 ans, le constat est le... Frais de scolarité des écoles de commerce : le seuil de 40 000€ franchi !

Chaque année, depuis 2015 nous publions notre enquête sur les frais de scolarité des écoles de commerce. Depuis 4 ans, le constat est le même : ils augmentent. Fortement. Quelles sont les causes d’une hausse aussi effrénée et ininterrompue ? Voici quelques éléments d’analyse publiés dans notre magazine Le Major N°6, mis à jour, à l’heure où les business schools deviennent de vrais… business.

 

Les frais de scolarité des Grandes Ecoles de commerce : +73% en 10 ans

Pour les étudiants qui intègreront une Grande Ecole de commerce en septembre 2019 après avoir effectué une classe préparatoire, le tarif moyen affiché est de 40 444€, soit près de 13 500 euros par an. Dix ans plus tôt, ce chiffre s’élevait à 23 327€, soit une hausse de plus de 73%.

Année 2019 2018 2017 2016 2015 2011 2009
Moyenne (en €) 40 313 38 268 36 456 35 062 33 622 27 791 23 327

Pour la rentrée 2019-2020, HEC Paris ravit à l’ESCP Europe le titre d’école la plus chère. Avec 49 950€, la barre des 50 000€ est effleurée mais pas encore franchie mais le sera l’an prochain au vu des tarifs de l’ESCP publiés il y a quelques jours, et qui annoncent des frais de scolarité globaux de 52 600€ césure non-incluse. Cette hausse des frais de scolarité de 8,5% par rapport à l’année précédente permet à l’école jovacienne d’augmenter considérablement ses recettes : combinée à la hausse du nombre de places (400 au lieu de 380), celles-ci augmenteront de 16,3% en un an ! L’ESSEC verra ses recettes augmenter de 12% tandis qu’Audencia BS et l’ESCP Europe engrangent 11% supplémentaires. Au sein du top 10, seule SKEMA BS n’augmentera pas ses frais de scolarité. Ils ont tout de même cru de 16,4% à la rentrée 2018, l’école préférant opérer deux hausses de 3000€ prévues annuellement d’un coup.

 

Les frais de scolarité des écoles de commerce (2019-2023)

 

École Frais de scolarité (en €)
HEC Paris 49950
ESSEC 47400
ESCP Europe 49150
emlyon bs 44500
EDHEC BS 47300
Audencia BS 45100
Grenoble EM 41400
SKEMA BS 42500
NEOMA BS 37600
TBS 36700
KEDGE BS 38850
Rennes SB 35500
Montpellier BS 36000
IMT-BS 25225
BSB 33700
EM Strasbourg 26700
La Rochelle BS 33200
ICN BS 31600
EM Normandie 31750
INSEEC SBE 34400
ISC Paris BS 37300
ISG IBS 34040
ESC Clermont 28550
ESC Pau BS 30410
SCBS 26850
Brest BS 29000
MOYENNE 40 444

 

Et sur les 10 dernières années :

Frais de scolarité des écoles de commerce (2019-2023)

 

Les hausses des frais de scolarité des écoles de commerce depuis 10 ans

Hausse des frais de scolarité des écoles de commerce jusque 2019

 

Hausse des frais de scolarité des écoles de commerce : l’analyse

Si les recettes issues des frais de scolarité s’affichent en forte hausse, atteignant 300 millions d’euros pour l’ensemble des étudiants issus de classes préparatoires intégrant une Grande Ecole en 2019, leur trajectoire est à l’opposé de celle des financements publics. Le désengagement progressif des Chambres de Commerce et d’Industrie (CCI) initié depuis une dizaine d’années est une conséquence de la réduction du financement étatique de ces structures par l’Etat. En 2018, Bruno Le Maire a promis une réduction supplémentaire de 400 millions d’euros de leurs dotations d’ici 2022. C’est ainsi qu’à cette date, la part de financement public des Grandes Ecoles de commerce sera réduite à néant. En 2019, HEC, l’ESSEC ainsi que l’ESCP Europe touchaient encore 20 millions d’euros chacune de la CCI Ile-de-France…

 

De nombreuses CCI ont donc décidé de transformer leurs écoles de commerce en centres de profits, alors qu’elles étaient jusque là de purs centres de coûts. Le mécanisme est très simple : alors qu’elles subventionnaient ces organismes à l’impact territorial indubitable, elles les transforment en entreprises à travers l’adoption du statut d’EESC (établissement d’enseignement secondaire consulaire) ou de SA. En vantant l’autonomisation totale des écoles, les CCI transfèrent certains actifs (parfois l’immobilier) liés à l’école au sein d’une structure dont elles détiennent initialement l’écrasante majorité des parts, tout en arrêtant de la financer annuellement à hauteur de plusieurs millions d’euros, voire en inversant ce paradigme en encaissant des loyers, à la hauteur (ou non) des investissements précédemment consentis.

Par la suite, les écoles peuvent se financer à travers des augmentations de capital, comme l’a réalisé TBS l’an passé, à hauteur de 27 millions d’euros auprès de la CCI de Toulouse. Rien n’empêche les écoles d’aller quémander des financements auprès d’autres investisseurs institutionnels. Les CCI peuvent également décider de vendre leurs parts à d’autres acteurs, et transformer ainsi leurs investissements passés en argent sonnant et trébuchant. Attention, aucune entreprise privée ne pourra détenir plus d’un tiers d’un EESC.

Le mouvement de privatisation ne s’arrête pas à ce simple statut d’EESC. Il est possible d’aller plus loin, à l’emlyon business school. Elle est devenue en effet est la première école aussi prestigieuse au niveau mondial à se transformer en société anonyme en août 2018 grâce à la création d’early makers group, une SA au capital de 50 000€ qui détient la majorité des structures commerciales du groupe :

  • la SCI EMLYON 2022 qui porte le projet immobilier de future implantation de l’école à Gerland (Lyon) ;
  • la SAS qui héberge la formation continue (Centre pour le Développement du Management Entrepreneurial – CDME), une entité créée en 2004 et qui a réalisé 18 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2018 (contre 16 en 2017) et qui détient également les filiales basées à Genève et Hong-Kong ;
  • une partie de l’association qui détient la formation initiale (AESCRA – Association de l’Enseignement Supérieur Commercial Rhône-Alpes).

Cette transformation en SA implique en revanche le respect de la triple-accréditation : « Si je ne l’ai plus, j’améliore considérablement la rentabilité de l’école. » indique Bernard Belletante, vice-président du conseil de surveillance. Cela implique pour les investisseurs, et notamment Qualium qui s’apprête à investir 100 millions d’euros dans l’établissement lyonnais, l’acceptation de la structure du compte de résultat avec un EBITDA à 7-8% au lieu de 25%. Ces actionnaires devront également ne pas compter sur le versement de dividendes de l’institution : ils se rémunèreront sur la valeur prise par l’école au cours des 15 à 20 prochaines années, de manière à « fédérer croissance et engagement » autour d’un pacte d’actionnaires. C’est ainsi que l’on devrait bientôt retrouver des family offices au sein de l’actionnariat de ces écoles dans les années à venir. Le mouvement a déjà été initié par Thétys Invest, le family office de la famille Meyers-Bettencourt, qui a déjà racheté 20% de Galileo, un groupe d’écoles privées qui ne font pas partie de la Conférence des Grandes Ecoles.

Et si emlyon préfigurait le futur des écoles de commerce ?

Il ne serait donc guère surprenant d’entendre au cours des mois à venir l’entrée de ce type de fonds au capital d’écoles plus prestigieuses. C’est la logique défendue par la CCI Ile-de-France, qui pilote une holding détenant ses 19 écoles, dont les trois Grandes Ecoles de commerce parisiennes.

 

Au sein du SIGEM, seules deux écoles appartiennent historiquement à des groupes privés (ISG, détenue directement par le groupe IONIS et l’INSEEC School of Business and Economics, détenue indirectement par le groupe INSEEC U) tandis qu’une dernière autre l’est depuis 2016 (Brest BS, racheté par Weidong Cloud Education). Ces exceptions pourraient bien devenir la règle. A l’automne 2018, Grupo Planeta, un groupe d’édition espagnol qui a revendu les éditions Editis (First, Pion, Bordas, Nathan, etc.) à Vivendi pour 800 millions d’euros, avait annoncé sa volonté d’acquérir de nombreuses écoles, et notamment des écoles de commerce prestigieuses, si l’opportunité se présentait.

Entre autonomisation forcée et entrée d’investisseurs au capital, les business schools deviendront-elles des business comme les autres ?

 

Quels frais de scolarité pour les écoles de commerce à l’étranger ?

A l’étranger, les frais de scolarité des meilleures universités sont en général plus élevés qu’en France. Si les tarifs affichés par les institutions américaines détiennent de loin la palme des cursus les plus onéreux, avec notamment un MIT à plus de 53 000€, il ne faut pas oublier que la plupart de ces prix affichés ne sont qu’indicatifs : seuls 11% des étudiants ne bénéficient d’aucune aide pour s’acquitter d’une telle somme et ceux qui sont aidés ne payent en moyenne que 20 300€ par an. Dans tous les cas, la méritocratie, principe congénial des concours français, ne peut être sauvegardée qu’à travers la mise en place d’une politique claire d’accessibilité des écoles auprès de l’ensemble des couches sociales.

Les frais de scolarité des écoles de commerce à l’étranger

 

 

Réactions

Bernard Belletante, vice-président du conseil de surveillance d’emlyon bs

Tout le monde admet qu’une nation doit investir dans l’éducation. Mais personne ne dit qu’un individu est à-même d’investir dans son capital compétences. Ainsi les frais de scolarité deviennent des coûts, alors qu’ils ne devraient être que la present value de tous les revenus (monétaires et non monétaires) que le diplôme procurera. De la même manière, une école « ne gagne pas d’argent », elle dégage (ou pas) une capacité d’autofinancement qui lui permet d’investir pour accroitre le niveau et la qualité des revenus futurs de ses diplômés. Ses financeurs savent que sans capacité d’autofinancement et sans investissement ils ne lui permettront pas de créer de la valeur pour ses diplômés.

 

Stéphan Bourcieu, directeur général de Burgundy School of Business

Cette hausse des droits de scolarité constitue un rattrapage par rapport à notre concurrence historiquement plus chère. Elle correspond aussi à un enrichissement de l’offre et des parcours de formation. Enfin, l’obtention des accréditations la justifie, cela renvoie à la progression de l’école et à la montée en gamme de l’offre. Il convient de mettre cette hausse en regard de la disparition des financements publics (passés en 12 ans de 30% de notre budget à zéro). Enfin, même si ce n’est pas la culture française de l’enseignement supérieur, je suis convaincu que ce qui a de la valeur doit être payé à un juste prix. Aujourd’hui les droits de scolarité dans les écoles de management sont globalement raisonnables au regard de la qualité des enseignements et prestations.

 

Sophie Gay, directrice du PGE de SKEMA Business School

Nos frais de scolarité sont liés à l’ensemble de l’offre de valeur proposée par SKEMA. Cela inclut évidemment les campus en propre à l’étranger, la reconnaissance locale de diplômes, l’ensemble des services d’accompagnement proposés partout avec la même qualité. Mais cela reflète aussi tous les projets innovants et formations uniques à SKEMA, comme le SKEMA Global Lab en Intelligence Augmentée, les certifications ThinkForward et DataScience … et je pourrai en citer bien d’autres.

Nicolas Arnaud, directeur du Programme Grande Ecole d’Audencia

Les frais de scolarité à Audencia GE sont en alignés sur ceux des écoles du top 6 et représentent environ 85% des différents coûts liés à la scolarité de nos étudiants, le reste étant le résultat de relations entreprises privilégiées ainsi que des chaires d’enseignement et de recherche créées avec le soutien d’entreprises, telle la Chaire Innovations Managériales lancée avec mon collègue Thibaut Bardon. Les frais de scolarité permettent à nos étudiants de bénéficier de cours en petits groupes (40 voire régulièrement 20 pour les langues et cours à dimension comportementale) et jamais en amphithéâtre ainsi que d’un campus rénové, et contribuent à nos développements internationaux.
De manière, générale, toutes les études montrent que former un étudiant de master coûte en France entre 12 à 18 000 euros par an, à l’université comme en école…. La question est qui paye ?

 

Patrice Houdayer, directeur général adjoint de SKEMA Business School

Nous avons essayé de maintenir des effectifs PGE au même niveau lors de ces dernières années, que ce soit CPGE et AST, afin d’accroître la sélectivité. En conséquence, nous avons généré depuis 5 ans une diminution de la part du PGE dans les recettes globales de SKEMA. Cela a été possible par des effets de volumes et de prix sur le BBA, les MSc, MS, Exec. MS, etc. qui ont également bénéficié d’une amélioration de leur sélectivité.

 

Alice, étudiante en deuxième année à Grenoble EM

Les frais de scolarité à GEM sont assez élevés par rapport aux moyens dont je dispose. Je suis indépendante vis-à-vis de mes parents et j’ai donc dû trouver deux jobs à côté de mes cours. En revanche, l’école nous offre la possibilité de bénéficier d’une exonération partielle des frais de scolarité, sur dossier, et ça c’est vraiment super. J’ai ainsi pu payer l’équivalent d’un mois en moins.

 

Baptiste Corvey-Viron, diplômé de l’ESC Clermont

Après 4 ans de diplomation et un peu de recul, je suis toujours satisfait de mon choix d’étude pour plusieurs raisons. Premièrement, la curiosité développée lors des différents modules enseignés, mais aussi la taille humaine de l’école qui me correspondait (et me correspond toujours) et enfin les réseaux des diplômés et des partenaires, très proches et resserrés autour de l’école, ses étudiants et ses diplômés. Il existe pour moi une différence majeure par rapport à l’université : la qualité et la diversité des partenaires, que ce soir au niveau des entreprises ou des écoles.

Mehdi Cornilliet Fondateur

22 ans, étudiant à HEC Paris, ancien étudiant en prépa ECS au Lycée La Bruyère (Versailles) et fondateur de Major-Prépa.