Des acquis aux originaux, 10 points pour travailler son cours sur le développement durable Des acquis aux originaux, 10 points pour travailler son cours sur le développement durable
3. La dette écologique et son lien avec l’exportation des émissions polluantes La notion de « dette écologique » émerge dans les années 1990.... Des acquis aux originaux, 10 points pour travailler son cours sur le développement durable

Avec Sarah Abdesselam, nous avons l’objectif de vous fournir dix clés d’analyses de la question environnementale sous deux aspects différents. Il y aura un aspect très classique, qu’il faut savoir manier et que vous verrez très certainement en cours. Puis un second, plus original peut-être et qui vous permettra d’élargir votre réflexion à ce sujet, voire même de l’inscrire dans une perspective qui dépasse la seule question environnementale. Enjoy!

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3. La dette écologique et son lien avec l’exportation des émissions polluantes

By George Steinmetz

By George Steinmetz

La notion de « dette écologique » émerge dans les années 1990. On peut la définir ainsi : « (…) la majorité qui surexploite les ressources naturelles (particulièrement les pays riches) est en situation de dette « écologique » aux dépens de ceux en possession de ces ressources (les pays pauvres). » (Delord, Sébastien, 2010). Elle justifie à terme les PED à revendiquer un “droit à polluer” pour se développer, comme l’ont fait les pays développés durant la révolution industrielle.

La question de la dette écologique est excellente à traiter si vous êtes amenés à disserter sur les PED ! Elle permet de faire le lien avec la dette économique qu’ont les PED envers les pays développés, de plus, l’existence de cette dette écologique est un moyen de nuancer l’importance de la dette économique qu’ont les PED. Plusieurs questions émergent : faut-il reconnaître l’existence de cette dette écologique ? Si oui, est-ce suffisant pour justifier le développement de ces pays par un mode de production polluant ?

Honorer sa dette écologique ?

Certains économistes justifient l’éco dumping dans le cadre du commerce international. Il existerait un avantage comparatif (cf Ricardo) de normes environnementales plus faibles dans les PED. Il serait ainsi logique que les PED exploitent cet avantage comparatif pour permettre leur développement grâce à leur insertion dans le commerce international. Le rattrapage des PED devrait donc s’opérer au détriment de l’environnement, tout comme le décollage économique des pays développés s’est produit lors de la Révolution industrielle grâce à un mode de production très polluant.

La question de la “dette écologique” des pays développés envers les PED a notamment été évoquée par Anil Agarwal (un responsable indien) qui employait le terme de “colonialisme environnemental” pour désigner l’attitude des pays développés vis-à-vis des PED. Ceux-ci chercheraient à traiter les émissions de CO2 des PED de manière équivalente aux leurs, alors qu’en réalité elles seraient de nature bien différentes. En effet, selon Agarwal, il y aurait d’un côté des émissions de subsistance des PED dues à l’usage de l’agriculture, et d’un autre les émissions des pays développés liées à leur mode de vie luxueux.

       Le lien avec les délocalisations d’activités polluantes

De nombreux PED endossent une partie des émissions de CO2 délocalisées des pays développés, ce qui vient soutenir la thèse d’une dette écologique des pays développés envers les PED. Cette idée peut constituer une limite à la courbe de Kuznets environnementale (Grossman & Krueger, 1995) , c’est-à-dire l’idée que l’empreinte écologique augmente avec le développement mais s’amenuise avec le temps. (l’empreinte écologique selon C.Fudge correspond à la superficie nécessaire pour subvenir aux besoins et absorber les déchets d’une population.). Si on semble observer une courbe de Kuznets environnementale pour des régions telles que l’Europe, celle-ci ne prend pas en compte les émissions exportées vers les autres pays. Alors, y a-t-il vraiment diminution quand on prend cela en compte ? Les pays développés demeurent les plus grand pollueurs de la planète en émission de CO2 par tête.

Avec la théorie de Lawrence Summers (1991), les délocalisations des émissions polluantes sont justifiées. Cette mise en pratique ne fait qu’accroître la dette écologique des pays développés envers les PED. Selon lui, il est justifié que les pays développés délocalisent leurs activités polluantes au sein des PED. Son raisonnement controversé et utilitariste permet de justifier des havres de pollution. Les pertes de bien être des individus dans les PED sont bien inférieures à celles des pays développés lors de la production d’activités polluantes. En effet, selon ses mots, les individus des PED ont une espérance de vie plus faible, donc s’ils doivent développer un cancer à cause de la pollution, ils n’en sentiront pas les effets car ils seront déjà morts. Donc la perte d’utilité qu’engendre la pollution est inférieure chez les PED que chez les pays développés (s’ils ont un cancer, ils vivront assez longtemps pour en souffrir). Parallèlement, on suppose que l’activité polluante augmente l’utilité des pays développés, de telle sorte qu’elle compense les pertes d’utilité des PED. Donc, conformément à ce calcul utilitariste, on constate une augmentation du bien être global, d’où un intérêt à délocaliser les activités polluantes vers les PED.

       Les solutions

  • Lors des négociations à l’OMC, les pays développés ont proposé l’adoption de la taxe carbone à leur frontière pour obliger les PED à opter pour des modes de production moins polluants. Nombreux sont les PED qui dénoncent une forme de protectionnisme de la part des pays développés, ces derniers multipliant les réglementations et les normes environnementales — parfois injustifiées à bien des égards — afin de limiter leurs importations auprès des PED.
  • Lors de la COP21 : un fond vert de 100 milliards de dollars a été mis en place pour faciliter la transition énergétique des PED afin d’enrayer le réchauffement climatique. Ce serait un moyen de permettre aux pays développés de rembourser leur dette écologique vis-à-vis des PED.

Pour les plus curieux d’entre vous, on vous renvoie à cet excellent article qui traite de cette question là !

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Assia H

ESSEC - ENS Ulm (sciences sociales). Interrogatrice orale en ESH pour ECE2 (Lycée Montaigne Paris VI). Chef rédac' en CG et prépa litté'.