ECONAT’ – Les espoirs de l’Argentine ECONAT’ – Les espoirs de l’Argentine
Pays phare d’Amérique Latine, riche de ses ressources et de son histoire économique et politique mouvementée, l’Argentine est une mine d’exemples à utiliser en... ECONAT’ – Les espoirs de l’Argentine

Pays phare d’Amérique Latine, riche de ses ressources et de son histoire économique et politique mouvementée, l’Argentine est une mine d’exemples à utiliser en ESH (et en espagnol) pour tous les chapitres concernant le développement, la croissance, mais aussi la dette, la politique monétaire, l’inflation, la gouvernance mondiale etc.

 

Quelques chiffres pour commencer…

PIB : 545,9 milliards de dollars US (2016)

PIB/habitant : 12 450 dollars US (2016)

Population : 43,4 millions

Taux de chômage : 9.1% (2018)

Taux d’inflation : 25% (2018)

Indice de Gini : 0.424

Taux de pauvreté : 25.7 % (2017)

Dette publique : 55% du PIB

Après une récession en 2016, l’économie a cru au taux de 2.8% en 2017.

 

 

Le modèle agro-exportateur argentin

Une des caractéristiques de l’Argentine est l’importance du secteur agricole et minier, notamment dans ses exportations. Fin XIXème et début XXème, l’Argentine oriente son économie vers l’exportation de céréales et de viandes vers les pays européens qui sont, eux, en pleine révolution industrielle. Le pays s’axe alors sur la mise en valeur des terres de la pampa et sur la transformation de produits primaires (mise en place d’abattoirs par exemple, ou de tanneries). C’est un exemple d’avantage comparatif que l’on peut donner ici à travers l’Argentine, avantage qui a pu se révéler lors de la première mondialisation puisqu’elle s’est accompagnée d’une baisse des coûts de transport terrestres et maritimes. 

La révolution agricole dans la pampa argentine

Cette révolution agricole peut illustrer une partie sur les moyens du développement d’un pays, ainsi qu’une partie sur la mondialisation, l’Argentine s’orientant alors vers un modèle agro-exportateur. 

Cette révolution agricole débute dans les années 1950 mais s’accélère à partir des années 1960. Combinée à l’extension des terres cultivées, la motomécanisation permet une hausse des rendements dans le blé, le maïs, le soja, le tournesol, dont témoigne la baisse progressive des effectifs agricoles. Rattrapant son retard par rapport aux autres économies développées, l’Argentine commence à utiliser des semences améliorées, comme le maïs hybride, et la fertilisation grâce à des produits de synthèse. Enfin, les méthodes modernes s’intègrent aux techniques de production argentines (désherbants chimiques, introduction des OGM, engrais minéraux) la rendant très productive et compétitive sur le marché international.  

Un pays qui exporte beaucoup mais qui doit donc faire face aux variations des prix mondiaux

L’Argentine exporte plus qu’elle n’importe, et notamment des produits agricoles (maïs et soja) et bovins. En 2016, elle a exporté pour 59 milliards de dollars, ce qui place le pays à la 44ème place dans le classement des pays exportateurs. Mais pour chaque produit, le pays performe : 3ème producteur mondial de soja, 5ème producteur mondial de maïs et 3ème producteur mondial de boeuf. 

Néanmoins, au niveau interne, l’agriculture ne représente que 8.3% du PIB en 2014, contre 28.8% pour l’industrie et 62.9% pour les services. Ainsi, depuis les années 1980, c’est le secteur des services qui contribue pour la plus grande part au PIB. Par exemple, le tourisme génère chaque année près de 2.6 milliards de dollars (2014). 

 

 

La crise de 1998-2001

Cet épisode de l’histoire de l’Argentine est très intéressant pour des sujets sur les crises, la croissance, les différents systèmes de change mais aussi la lutte contre l’inflation. 

 

Contexte : comment l’Argentine a lutté contre l’hyperinflation

On se replace dans le contexte des années 1980 : le général Videla a pris le pouvoir par un coup d’état en 1976 et une Junte militaire dirige le pays. Le pays accumule une lourde dette externe, en particulier au moment où la junte est au pouvoir, c’est-à-dire de 1976 à 1983. On parle alors de « décennie perdue » en Argentine comme dans de nombreux autres pays d’Amérique Latine. L’Argentine subit alors une hyperinflation : en 1989, à la démission de Raul Alfonsin, l’inflation atteignait les 3000%.

Le nouveau gouvernement décide, en janvier 1992 d’ancrer le peso argentin sur le dollar dans le cadre d’un currency board avec pour objectif la baisse de l’inflation et la fin de la méfiance vis-à-vis de cette monnaie. Le currency board est un système particulier d’émission de la monnaie nationale. On ne crée de la monnaie nationale qu’à mesure que la monnaie de référence (ici le dollar, souvent une monnaie de confiance) entre dans le pays. Ce système avait seulement été utilisé par le passé par les empires français et britanniques au XIXème pour leurs colonies. Le pays abandonne alors sa souveraineté en matière de politique monétaire. 

Le système est au départ efficace : l’inflation tombe à moins de 10% et la croissance dépasse les 10% en 1991 et 1992 et se poursuit jusqu’en 1998. On parle alors pour cette période de miracle argentin. 

 

La crise de 1998-2001

Le système ne tient que si le dollar ne s’apprécie pas par rapport à la monnaies locale. Ce n’est plus le cas en 1998 lorsque le dollar remonte brutalement. L’embellie économique en Argentine cachait aussi de nombreuses faiblesses. D’abord, un haut chômage, enregistré à 45% en 1996. Ensuite, une précarité grandissante liée à la baisse des dépenses publiques et à la hausse des dépenses fiscales demandées par le FMI. Enfin, des scandales de corruptions qui secouent le gouvernement du Menem (enrichissement illicite, trafic d’armes, blanchiment d’argent etc.).

Le pays est donc en réalité plus fragile qu’il n’y parait.

La crise se porte sur le système bancaire (un bon exemple de crise bancaire) : les déposants, anticipant un problème de solvabilité des banques, se ruent aux guichets pour demander à retirer en dollars. Comme une prophétie autoréalisatrice, le problème de solvabilité a éclaté et le gouvernement s’est vu contraint de mettre en place un strict contrôle des changes pour protéger la banque centrale et le peso. Le pays a alors connu une récession forte et une hausse de la pauvreté, amplifiée par les mesures d’austérité demandées par le FMI en échange de son aide en dollars. Fin 2001, le gouvernement met fin du currency board et impose le fameux corralito (limitation des retraits bancaires). Ainsi en 2002, le PIB a baissé de 11%.

Cet exemple peut être utilisé pour illustrer les nombreuses théories des crises financières mais aussi les défauts de certains régimes de change trop peu flexibles ou les conséquences désastreuses des plans de réforme du FMI. 

 

 

Le récurrent problème de l’inflation en Argentine jusqu’à aujourd’hui

Pour finir, nous allons parler d’un thème récurrent en Amérique Latine (le populisme), et qui s’est incarné dans la personne de Nestor Kirchner en Argentine. Ce sera l’occasion de parler de la politique économique argentine relativement récente pour faire face à la crise mais aussi de l’influence d’un certain type de gouvernement sur l’économie dont le but premier a souvent été la lutte contre l’inflation. Cette partie, vous pourrez bien-sûr la réutiliser en espagnol : on parle difficilement de l’économie en Argentine ou de l’Amérique Latine sans évoquer le populisme.

 

El kirchnerismo

Kirchner arrive au pouvoir en 2003 dans un contexte de grave crise financière et économique. Le chômage a atteint des taux records et la moitié de la population vit dans la pauvreté. Il est anti-libéral et rejette le consensus de Washington. Il axe sa politique sur le protectionnisme, l’indépendance du FMI (dont les principes avaient des effets dévastateurs sur l’économie argentine), et engage une reprise de la croissance par les exportations, en même temps qu’une campagne en faveur des droits de l’homme avec sa femme pour s’attirer l’adhésion des Argentins.

La politique du gouvernement Kirchner permet une baisse du chômage, de la dette (qui passe de 160% à 40% du PIB en 2012 en seulement 10 ans) ainsi qu’une reprise de la croissance. Néanmoins, le pays ne parvient pas à se débarrasser de l’inflation qui reste aujourd’hui un problème majeur (dans les 40% en 2015). Cristina Kirchner laisse le pays au bord d’une triple faillite : 

– monétaire d’abord, puisque le peso a été déprécié et que les capitaux ont fuit le pays

– financière, car le pays s’est coupé de l’aide internationale et des marchés mondiaux alors qu’elle est encore fortement endettée

– politique, avec une montée de l’insécurité, de la corruption et du clientélisme, et de pénuries liées aux mesures protectionnistes. 

C’est ici un exemple d’un pays qui a voulu se couper des grandes institutions internationales (FMI) avec un bilan mitigé, que l’on peut utiliser dans une copie sur la gouvernance mondiale ou la mondialisation. On peut aussi le citer comme exemple d’une crise multiforme : bien souvent les crises n’ont pas qu’une seule dimension. 

 

La relève de Mauricio Macri

C’est donc, pour conclure, Mauricio Macri qui a été élu pour prendre la relève des Kirchner, avec comme ligne politique un plan d’austérité pour réduire l’inflation et rétablir le statut de l’Argentine sur les marchés internationaux (au détriment du chômage et de la pauvreté). Cela permet de relativiser l’efficacité de toute politique économique : on ne peut pas atteindre tous les objectifs macroéconomiques et ce sont les idéologies, les idées politiques qui tranchent en fin de compte !

Samantha Marolleau

Je viens de la sympathique prépa ECE de Marcelin Berthelot à Saint Maur. Après 2 ans là-bas, j’ai déménagé vers la mythique ville de Jouy en Josas, sur le campus d’HEC !