Fiche de cours – L’innovation et le progrès technique Fiche de cours – L’innovation et le progrès technique
En ces temps de révisions si particuliers, Major-Prépa t’a concocté une fiche sympa de révision. Tu trouveras plein de théories et d’exemples, l’idéal pour... Fiche de cours – L’innovation et le progrès technique

En ces temps de révisions si particuliers, Major-Prépa t’a concocté une fiche sympa de révision. Tu trouveras plein de théories et d’exemples, l’idéal pour des révisions sereines. Non exhaustif, cet article sert de récapitulatif et d’approfondissement. Bonne lecture !

 

Définitions

L’innovation est une application réussie d’une invention, d’une découverte ou d’une idée nouvelle dans le domaine économique et commercial. Deux types d’innovations peuvent être distingués : les innovations majeures et les innovations mineures/incrémentales. Les innovations majeures bouleversent l’ordre économique et créent un long cycle de croissance (la machine à vapeur, le train, la voiture…). Au cours de ce cycle, les innovations mineures améliorent de manière mineure les innovations majeures, avec peu d’effet sur la croissance.

Une invention n’est pas une innovation. L’invention est une découverte scientifique, souvent faite dans un laboratoire ou autres expériences, quand l’innovation en est l’application industrielle.

Le progrès technique concerne les innovations de procédés et de produits dans un sens large.

 

Théories

Schumpeter

Commençons par l’économiste autrichien Joseph Aloïs Schumpeter. Dans Théorie de l’évolution économique (1911), il apporte une grande pierre aux théories de l’innovation et de l’entrepreneur. Selon lui, l’innovation est le moteur de l’économie.

Il distingue cinq types d’innovations : l’innovation de produit, de procédé de production, de mode de production, de matière première et de débouchés.

Il nomme l’entrepreneur et le banquier comme les héros du capitalisme. Le premier car, par les risques qu’il prend et son esprit d’aventure, est source d’innovation, et le second, car il finance ces innovations et évalue le risque. Les deux héros du capitalisme sont donc étroitement liés à l’innovation : l’innovation est le moteur du capitalisme.

Dans Business Cycles (1939), Schumpeter fait la synthèse de la pensée des cycles économiques. Il montre l’existence de « grappes d’innovations » qui expliquent les cycles et les crises : l’apparition d’une ou plusieurs innovations de rupture et leurs applications à l’économie créent une période d’expansion, puis au fur et à mesure, l’expansion s’essouffle et la crise apparaît jusqu’à ce qu’une nouvelle grappe d’innovation réapparaisse et relance un cycle de croissance.

Voilà une belle citation peu connue : Ajoutez autant de diligences que vous voudrez, vous n’obtiendrez jamais un chemin de fer par ce moyen. (Development, 1932).

 

Robert Solow

Dans les modèles de croissance et fonctions de production des néoclassiques, le progrès technique est impensé. En témoigne la fonction de production Cobb-Douglas, où la production résulte du capital et du travail et de leur combinaison productive. Le progrès technique et la productivité globale des facteurs en sont absents. (Y=L^(1-a)*K^a).

Les rendements factoriels étant décroissants, à long terme, la croissance devrait être nulle et l’état stationnaire serait alors atteint. Toutefois, il constate que ce n’est pas le cas, que les taux de croissance restent positifs, voire élevés pour des pays. Il en conclut qu’il existe un troisième facteur de croissance qui est le progrès technique, et qu’à long terme, c’est du PT que provient la croissance. Toutefois, le prix Nobel n’indique pas d’où vient ce PT, il est exogène, c’est-à-dire qu’« il tombe du ciel ». C’est un résidu, et on retrouve dans cette vision l’expression d’Abramovitz en 1956, pour qui le PT exogène est « la mesure de notre ignorance». D’où la fonction de production suivante : Y=C*L^(a)*K^b, avec C comme PT/Résidu.

Il théorise aussi le paradoxe de Solow en 1982, où il démontre que le PT lié à la troisième révolution industrielle a eu beaucoup moins d’effets qu’espéré : « les ordinateurs sont de partout, sauf dans les statistiques de la productivité ».

 

Frederick Taylor

Passons à Frederick Taylor, The Principles of Scientific Management (1911). Il théorise l’organisation scientifique du travail ou appelée autrement le taylorisme. Travaillant depuis 1878 à la Midvale Steel Company, il devient ingénieur en chef rapidement. Il constate alors la « flânerie systématique » des ouvriers, de nombreux doublons dans les postes et un travail improductif de ceux-ci. Il décide d’intervenir et crée une nouvelle organisation du travail.

Ainsi, une double division s’opère : une verticale (l’ingénieur conçoit et pense les tâches et leur manière d’être effectuées plus efficacement, l’ouvrier exécute simplement) et horizontale (division des tâches entre les ouvriers pour qu’ils soient plus productifs). Le travail est rationalisé, avec une recherche constante d’un rendement supérieur, au prix d’un travail plus abrutissant, répétitif (que C. Chaplin critique dans Les Temps Modernes). Des salaires un peu plus élevés, mais des conditions de travail exécrables : c’est ce dont a accouché le taylorisme, et donc le progrès technique.

 

Christopher Freeman

Dans The Economics of Hope en 1992, il démontre l’existence de systèmes technologiques qui expliquent les cycles économiques longs. Chaque cycle économique correspond alors à un système technologique donné. Dès lors, il identifie quatre systèmes technologiques entre 1790 et 1992 :

  • 1790-1851 : repose sur le facteur travail et le coton
  • 1849-1891 : repose sur le charbon et les machines à vapeur
  • 1896-1945 : repose sur l’acier
  • 1945-1992 : repose sur le pétrole

 

Alfred Sauvy

L’auteur de La machine et le chômage (1980) est le père du déversement. Selon cette théorie, lorsque d’importants gains de productivité (grâce au progrès technique) apparaissent dans un secteur de l’économie, des emplois tendent à disparaître dans ce secteur. Le prix des biens de ce secteur baisse (et/ou les rémunérations dans ce secteur augmentent), ce qui crée une augmentation de la demande pour d’autres biens (conformément à la loi d’Engel), créant des emplois dans ce secteur. Donc il y a un déversement.

Ainsi, selon l’Insee, en 1962, les agriculteurs représentaient environ 16 % de la société, les ouvriers 40 %. En 2010, les agriculteurs ne représentent plus que 2 % de la population active et les ouvriers environ 20 %. Enfin, les employés, professions intermédiaires et cadres englobent plus de 2/3 de la population active française.

Ainsi, « la machine a jusqu’ici créé, directement ou indirectement, beaucoup plus d’emplois qu’elle n’en a supprimés », Mythologie de notre temps (1965).

 

Cahuc et Zylberberg

Dans Les ennemis de l’emploi (2015), les auteurs reviennent sur le processus de destruction créatrice de l’emploi. Ils démontrent que malgré les nombreuses suppressions d’emplois, il ne faut pas oublier non plus le nombre d’emplois créés. Enfin, ils insistent sur le caractère inéluctable du chômage : « le chômage est un rouage indispensable du processus de destruction créatrice et de la croissance ».

Notamment, ils montrent que chaque jour, 10 000 emplois disparaissent (soit 2,4 millions par an et sept par minute). Toutefois, plus de 10 000 emplois sont aussi créés chaque jour. Les auteurs mettent alors en évidence la loi des 15 : « À l’échelle d’une nation, chaque année environ, 15 % des emplois disparaissent et chaque année environ, 15 % d’emplois nouveaux apparaissent ».

Enfin, Cahuc et Zylberberg revoient la théorie du déversement de Sauvy et démontrent que « la plus grande part des mouvements croisés de destructions et de créations d’emplois n’ont pas lieu entre des secteurs différents mais entre des établissements appartenant à un même secteur ». Ainsi, ils citent une étude de S. Davis et J. Haltiwanger (Gross Job Flows, 1999), qui, découpant le système productif français en 600 secteurs, montre que les mouvements d’emplois entre secteurs ne concernent que 20 % des mouvements d’emplois totaux.

 

Michael Kremer

Dans Population Growth and Technological Change (1993), il met au jour la théorie du Mozart. Plus une population est forte, plus la probabilité qu’il y ait un Mozart dans cette population, c’est-à-dire un génie ou un entrepreneur schumpétérien, augmente. Et donc, plus les potentiels de croissance et de développement seront forts. L’innovation peut donc résulter de la croissance démographique.

 

Jeremy Rifkin

Avec La nouvelle société du coût marginal zéro publié en 2014, Rifkin met en évidence un capitalisme « en lutte contre lui-même ». Selon lui, « la quête d’innovations technologiques pour accroître la productivité et réduire les prix met le système en guerre contre lui-même ». Évoquant un économiste du début du XXe siècle, Oskar Lange, il met en garde contre une « course sans trêve » et alerte. En effet, « la productivité ne cesse de faire baisser les coûts et les prix, donc les marges de profits ». Sans profits, plus d’investissements possibles, donc plus d’innovations.

 

Philippe Aghion

Il a écrit avec Alexandra Roulet : Repenser l’État : pour une social-démocratie de l’innovation (2011). Les auteurs font la promotion d’un État innovateur, indispensable pour garder son avantage dans la mondialisation. L’éclosion des idées et les institutions/dispositifs mis en place pour l’opérer sont primordiaux dans cette quête. « La mondialisation nous met directement en concurrence avec d’autres pays imitateurs, mais qui disposent d’une main-d’œuvre moins coûteuse. La seule façon de survivre à cette concurrence est d’être parmi ceux qui inventent les nouveaux procédés ou produits, autrement dit ceux qui innovent à la frontière technologique » (on retrouve dans une certaine mesure les thèses de l’écart technologique de Posner puis Krugman). Pour eux, l’État doit favoriser « l’éclosion des idées ».

Dans d’autres travaux, Aghion théorise une courbe de l’innovation. L’intensité de l’innovation suit alors une courbe en U inversé en fonction de l’intensité de la concurrence. Lorsque la concurrence est faible, il y a peu d’innovations. Au fur et à mesure que l’innovation augmente, l’intensité de l’innovation est plus forte. Mais à un certain point, l’augmentation de la concurrence fait baisser l’intensité de l’innovation. Il faut donc pour les autorités régulatrices sans cesse ajuster le degré de concurrence.

 

Baumol, Panzar et Willig

Ils proposent la théorie des marchés contestables dans Contestable Markets and the Theory of Industry Structure (1982). Les entreprises en situation de monopole ou d’oligopole sur un marché peuvent être moins incitées à innover, ce qui défavorise l’innovation et donc la croissance. Mais, pour eux, ce qui compte, ce n’est pas la concurrence réelle mais la concurrence potentielle. La possibilité que des entreprises puissent rentrer sur le marché et concurrencer incite les entreprises déjà présentes à innover et empêche les prix de trop augmenter. Sinon, cela inciterait des entreprises à rentrer sur le marché pour mettre des prix plus bas et se retirer une fois les profits accaparés.

Toutefois, comme le montraient les travaux de Cohen (Richesse du monde, pauvreté des nations, 1997), la 3e révolution industrielle présente une structure des coûts atypiques (tels les logiciels). Ce qui coûte le plus, ce n’est plus tant la fabrication, mais les coûts de R&D. Les prix s’ajustent donc pour que ces dépenses de plus en plus onéreuses en R&D soient amorties par les ventes. Ces coûts de R&D sont une barrière à l’entrée pour de nombreuses entreprises, invalidant partiellement la théorie des marchés contestables, en plus du fait que trop d’entreprises sur un tel marché rognerait les profits des entreprises et freinerait les investissements.

 

Robert Frank et Philip Cook

Ils sont à l’origine de l’expression The Winner-Take-All Society (1995). Ils mettent en évidence un phénomène d’autant plus fort actuellement : la société du winner-take-all, que les NTIC ont permis. En effet, les marchés économiques sont de plus en plus éloignés de la CPP. Par effet d’imitation, de prestige et de diffusion des produits, certains produits sur certains marchés raflent la mise et deviennent vedettes, alors qu’il n’existe souvent que peu de différences avec les autres produits.

Les cas des applications smartphone et de l’industrie du cinéma ou du livre illustrent parfaitement cette tendance. Pour les auteurs, les conséquences sont assez néfastes ; cela conduit à une explosion des inégalités et peut décourager parfois l’innovation : « dans une économie qui investit déjà trop peu dans l’avenir, [ces marchés du winner-takes-all] ont favorisé des modèles d’investissements et de consommation gaspilleurs ».

Pour mettre en évidence les inégalités croissantes, ils montrent qu’entre 1979 et 1989 aux États-Unis, les revenus en termes réels des 1 % les plus riches ont plus que doublé, le salaire médian est resté stable, et les salaires des 20 % les plus pauvres ont diminué de 10 % !

 

L’esprit d’innovation

Max Weber, dans L’éthique protestante et l’esprit du capitalisme (1905), montre que le capitalisme a pu éclore car les sociétés n’étaient plus « fatalisées ». Un esprit d’entrepreneuriat s’est développé, la recherche du gain, favorisant l’innovation. De plus, il y a eu une rationalisation du monde et des phénomènes.

Pour Nurkse, Problems of Capital Formation in Underdeveloped Countries (1953), « un pays est pauvre parce qu’il est pauvre ». Il montre que la pauvreté forme un cercle vicieux. La phase de take-off pensée par Rostow est impossible pour de nombreux pays. Elle suppose en effet une accumulation de capitaux et de nombreux investissements, donc une épargne conséquente. Or, pour une population pauvre, l’épargne comme l’investissement (détour de production) paraissent impossibles car les revenus sont trop faibles : il ne peut y avoir d’anticipation sur le long terme ni d’innovations. L’éthique du capitalisme est impossible en raison de la lutte pour la survie.

De plus, la malnutrition est le problème principal de ces pays, car leur productivité en est affaiblie. Ce manque de productivité enferme dans la routine, générant un cercle vicieux du sous-développement. La pauvreté est un frein à l’innovation et ce manque d’innovation empêche le développement et la croissance.

 

Rapide aperçu de la croissance endogène

La croissance est selon eux un phénomène durable et autoentretenu, grâce au PT, endogène à la croissance. La croissance crée du PT, qui crée de la croissance. Paul Romer (la théorie de la croissance endogène en 1986) a été l’un des premiers à montrer que le PT est endogène à la croissance. Les entreprises qui investissent dans la R&D produisent des innovations qui sont source d’externalités positives pour d’autres entreprises.

Enfin, les théoriciens du capital humain (Thomas Schultz, Gary Becker) montrent qu’investir dans ce capital favorise la croissance et l’innovation. L’éducation est très importante pour innover et s’adapter aux innovations et aux changements provoqués. « Les gens investissent en eux et ces investissements sont très importants », affirme Theodore Schultz (Investment in Human Capital, 1961).

 

Gregory Verdugo

Le titre de son livre est évocateur : Les nouvelles inégalités du travail (2017). Il débute ainsi : « L’époque où l’on rêvait d’un meilleur emploi pour tous apparaît aujourd’hui révolue ». Verdugo décrit alors l’effondrement de l’emploi intermédiaire et la polarisation croissante des emplois. La structure de l’économie actuelle crée de nombreuses inégalités de travail.

Ainsi, entre 1993 et 2010, en France, l’emploi intermédiaire a reculé de 8 points, l’emploi peu qualifié a augmenté de 4 points et l’emploi très qualifié de 4,5 points. Au Royaume-Uni, l’emploi peu qualifié a augmenté de 4 points, l’emploi très qualifié de 6-7 points et l’emploi intermédiaire a chuté de 11 points. Il y a donc une polarisation de l’emploi, qui se traduit par une montée des inégalités.

« L’inégalité est le résultat de la compétition entre technologies et éducation », selon Jan Tinbergen.

Daniel Cohen partage cet avis dans Trois leçons sur la société post-industrielle (2006) : « Les nouvelles technologies tendent à rendre plus productifs les travailleurs qualifiés et dévalorisent le travail des moins qualifiés ».

 

Pierre Veltz

Dans La société hyper-industrielle (2017), Veltz explore la nouvelle économie qui émerge.

Il montre que la société immatérielle sans emploi que l’on craint, due aux innovations et à l’automatisation, n’arrivera pas. La société est en fait hyper-industrielle et les nouvelles activités s’appuient sur les objets. De plus, il montre que les robots et algorithmes ne pourront remplacer complètement l’homme, mais polariseront l’emploi. Il met en évidence le bouleversement de la géographie par les NTIC. En effet, « le monde devient à la fois plus homogène et plus divisé. On passe d’un monde en strates à un monde en pôles et réseaux ».

 

Erik Brynjolfsson et Andrew McAfee

Ils ont écrit Le deuxième âge de la machine (2015). Selon eux, nos économies sont à un « point d’inflexion ». Les NTIC ont certes mis plus longtemps que les autres innovations de rupture pour accoucher de tout leur potentiel. Mais dans les prochaines années, ces innovations vont profondément changer la structure de nos économies et multiplier nos capacités.

De plus, cette 3e révolution industrielle a pour particularité de compléter la faculté créative de l’Homme. Ainsi, « les ordinateurs et les autres avancées digitales sont en train de faire pour notre pouvoir mental (…) ce que la machine à vapeur et ses descendants ont fait pour le pouvoir des muscles ».

 

Jan Vijg

Il est l’auteur de The American Technological Challenge: Stagnation and Decline in the 21st Century (2011). « Tout suggère un affaiblissement de la propension de l’humanité à inventer ». Il montre que les innovations sont de plus en plus rares en raison d’une aversion accrue des sociétés modernes. Ainsi, les ingénieurs et inventeurs/scientifiques sont bridés dans leur esprit d’innovation : « Les sociétés stables comme les nôtres ont tendance à voir du danger dans les nouvelles choses et préfèrent tout contrôler ».

Il dénonce également l’esprit entrepreneurial qui favorise l’enrichissement à court terme par l’amélioration de l’existant. Il déplore aussi le manque d’investissements des États dans la recherche et le développement pour accoucher d’innovations de rupture, comme ils l’avaient fait à partir de la seconde moitié du XXe siècle : « La raison principale était la crainte de conflits internationaux. Les États voulaient être certains de disposer des meilleures technologies possibles ».

Dans un autre ouvrage, il rappelle que les innovations du XXIe siècle ne sont plus des innovations de rupture comme celles du XIX-XXe siècles. « Leur impact économique est bien moindre que celui des innovations d’il y a un siècle : acheter un livre sur Internet plutôt que d’aller dans une librairie n’a rien à voir avec l’invention de l’électricité ! ».

Robert Gordon lui aussi le met en relief : « Les innovations actuelles ont un impact moins important que celles apparues par le passé ».

 

Les brevets : à abolir ?

En 2001, dans l’article La propriété intellectuelle, c’est le vol, Daniel Cohen s’attaque aux brevets et à la propriété intellectuelle en général. Il s’appuie sur le cas des brevets qui protègent les médicaments contre le Sida et empêchent leur diffusion. « Alors que la propriété tout court rend possible l’appropriation d’un objet, le droit de propriété intellectuelle la restreint ». Il rappelle alors que capitalisme/profit et absence de propriété intellectuelle ne sont pas forcément antonymes.

Joseph Stiglitz, dans Un autre monde : contre le fanatisme du marché (2006), s’attaque lui aussi à la propriété intellectuelle, source de monopoles rentiers pour les firmes multinationales. Il montre aussi leurs effets parfois contre-productifs sur l’économie. Il souhaite que la législation sur la propriété intellectuelle soit allégée, surtout pour les transferts technologiques vers les PED. « L’efficacité économique exige le libre accès au savoir, les droits de propriété intellectuelle sont conçus pour en restreindre l’usage ».

 

Exemples et chiffres

Cahuc et Zylberberg (suite)

Ils prennent l’exemple du marché du textile français dans le nord de la France vers Lille. Ils mettent en évidence que la majorité des emplois détruits dans ce secteur ont été remplacés par des emplois dans le secteur du textile du Nord-Pas-de-Calais. Ainsi, depuis les deux-trois dernières décennies, de nombreux emplois industriels dans l’assemblage du textile traditionnel ont été supprimés. Mais parallèlement, l’assemblage textile technique (à partir de fibres synthétiques, utilisées dans le domaine médical, du BTP ou de certains sports) a connu une importante croissance. Ce secteur a créé de nombreux emplois, avec une vallée du textile autour de Lille (plus de 150 sociétés). Il y a bien eu un déversement, mais les emplois déversés sont restés dans le même secteur.

 

Les réactions populaires contre l’innovation et la machine

Le luddisme est un mouvement ouvrier anglais qui s’est déroulé en 1811-1812, opposant les artisans aux industriels favorables à l’utilisation des machines. Le mouvement tire son nom de Ned Ludd, ouvrier (réel ?) qui aurait détruit deux métiers à tisser en 1780. Le luddisme est donc un mouvement où des travailleurs du textile détruisent leurs outils de travail (métiers à tisser). L’objectif était de protester contre la mécanisation croissante de leur activité, ce qui menaçait leurs emplois, salaires et conditions de travail.

La révolte des canuts représente les insurrections ouvrières à Lyon (en particulier sur les pentes de la Croix-Rousse) en 1831, 1834 et 1848. Ces révoltes résultent du refus des fabricants de soie d’endiguer les baisses de prix, mettant les salaires des canuts sous pression.

 

L’Afrique : un cas emblématique du dividende démographique

Jean-Michel Severino et Jérémy Hajdenberg ont écrit Entreprenante Afrique (2016). Ils mettent en avant l’émergence des entrepreneurs en Afrique, grâce à sa jeunesse qui aspire à la création d’entreprises. Ainsi, 72 % des jeunes Africains sont attirés par l’entrepreneuriat. « L’Afrique a beau être complexe, ses entrepreneurs sont définitivement décomplexés ».

En 2012, au Ghana et en Ouganda, environ 40 % de la population âgée de 18 à 64 ans est occupée à créer ou à gérer une jeune entreprise (informelle ou formelle).

 

Le brevet aurait pu tuer l’industrie automobile dans l’œuf

Pourtant, un brevet aurait pu empêcher le développement de cette industrie au début du XXe siècle.

George Selden est un avocat new-yorkais. Alors que l’industrie automobile n’en est qu’à ses prémices, connaissant la législation sur les brevets, il parvint à déposer un brevet le présentant comme l’inventeur de l’automobile. Il réussit même à faire croire qu’il avait tenté de déposer ce brevet en 1979, c’est-à-dire 16 ans plus tôt. Il s’associa avec l’entreprise Electric Vehicle Company de George Day en 1899 pour attaquer une entreprise pour contrefaçon (procès qu’il gagna, avec la dissolution de l’entreprise). Day et Selden arrivèrent alors à obliger les autres constructeurs à leur verser une royaltie sur chaque voiture vendue. Ils créèrent une association pour gérer la production. Ford y fut refusé.

En 1903, la supercherie fut découverte, mais avec le temps de la procédure, la fin de ce brevet prit fin en 1912, et l’amende de 100 000 $ (de l’époque) imposée à leur association la fit disparaître. L’entreprise de Ford puis d’autres constructeurs purent se développer sans contraintes, et la civilisation de la voiture commença réellement.

 

La valeur ajoutée aujourd’hui

La valeur d’une entreprise réside de moins en moins dans son nombre de travailleurs, au contraire presque. Ainsi, Whatsapp a été rachetée 22 Mrd$ en 2014 par Facebook, alors que l’entreprise ne comptait que 55 salariés. Or, ces 22 Mrd$ représentent plus que Peugeot PSA à la même époque, mais avec 150 000 salariés.

 

L’innovation plus difficile à développer

Dans le secteur des semi-conducteurs, pour amener une nouvelle génération de puce, il faut investir 40 % de plus par rapport à la génération précédente. Dans le secteur pharmaceutique, le nombre de médicaments inventés par milliards de dollars investis est divisé par deux tous les neuf ans. Les innovations sont de plus en plus difficiles à développer.

 

Chiffres sur l’innovation et ses conséquences

L’OCDE estime en 2016 que seuls 9 % des emplois sont menacés par l’automatisation, alors qu’une étude de McKinsey en 2017 confirme que d’ici 2040 près de 45 % risquent d’être menacés par l’automatisation.

Daron Acemoglu et Pascual Restrepo, dans Robots and jobs (2017), étudient l’impact sur l’emploi de l’utilisation des robots dans l’industrie américaine sur une période de 17 ans. Le nombre de robots utilisés dans l’industrie a été multiplié par quatre durant cette période, avec pour conséquence la suppression d’environ 670 000 emplois et une baisse moyenne de 0,75 % des salaires.

Carré, Dubois et Malinvaud, dans La croissance française (1972), estiment qu’au cours des trente glorieuses, le résidu/PT explique la moitié de la croissance économique.

Fabien Mialon