Proposition de corrigé : Les flux internationaux de capitaux contribuent-ils au développement économique ? Proposition de corrigé : Les flux internationaux de capitaux contribuent-ils au développement économique ?
Nous te proposons aujourd’hui un corrigé avec pour thème les flux internationaux et leur contribution au développement économique. Bonne lecture !   Analyse du... Proposition de corrigé : Les flux internationaux de capitaux contribuent-ils au développement économique ?

Nous te proposons aujourd’hui un corrigé avec pour thème les flux internationaux et leur contribution au développement économique. Bonne lecture !

 

Analyse du sujet

Pour attaquer ce sujet, il est important de bien définir les termes :

Flux de capitaux : ensemble des capitaux échangés (investissements…). Autrement, cela correspond au mouvement de tous les capitaux ou sommes d’argent circulant sur une période donnée. On parle ici essentiellement de capital financier. Ce terme peut regrouper à la fois les capitaux à court terme (investissement de portefeuille, flux de devises, de produits dérivés, sur les matières premières par exemple), mais aussi les IDE.

Développement économique : on peut mettre en avant deux définitions.

Selon F. Perroux, le développement est la combinaison des changements mentaux et sociaux d’une population qui la rendent apte à faire croître cumulativement et durablement son produit réel global.

Selon A. Sen, le développement est la hausse des libertés substantielles ou des « capabilities », c’est-à-dire pouvoir faire des choix dans sa vie. Cela suppose des moyens monétaires, un niveau de connaissance suffisant et l’espoir de vivre longtemps (espérance de vie).

On peut aussi, suite à cela, se demander comment on mesure le développement : avec le PIB/habitant, le RNB/habitant, avec l’IDH, avec des indicateurs plus précis et plus nombreux comme ceux définis dans les Objectifs du millénaire pour le développement ?

Ensuite, il convient de se demander sur quelle période traiter le sujet. Ici, on semble pouvoir couvrir toute la période de l’histoire depuis les débuts de la mondialisation des capitaux sans risquer un hors sujet.

Enfin, le sujet ne pose pas de limite géographique, on pourra donc choisir des exemples pertinents au sein des pays développés et des pays en développement.

 

– À partir d’ici, je te laisse formuler un plan de ton côté, voyons ensuite comment je propose de traiter le sujet –

 

Éléments d’introduction

1) Une accroche

Importance des mouvements de capitaux aujourd’hui : 5 100 milliards de dollars par jour en 2016.

 

2) Définitions et lien avec le sujet

Je te laisse te référer aux définitions données plus haut.

De nombreuses mesures ont été prises pour développer les marchés de capitaux, car on en attendait une amélioration de la satisfaction des besoins fondamentaux des humains (éducation, longue vie et bonne santé). Mais qu’en est-il, alors que l’on a eu une multiplication des crises financières, facilitées par ces importants flux de capitaux ? N’a-t-on pas eu une hausse des inégalités (territoriales et économiques) ?

 

Développement

I. On attend des flux internationaux de capitaux qu’ils améliorent le développement économique

A. Les pays ont besoin de capitaux pour se développer

1) Un manque d’épargne dans les PED

R. Nurkse a souligné un manque actuel d’épargne dans les PED, qui maintient les pays dans un cercle vicieux de pauvreté. Celui-ci ne peut être surmonté que par l’appel à des capitaux extérieurs : des flux d’IDE ou des aides comme l’APD, par exemple. L’Aide publique au développement s’élevait à 149 milliards de dollars en 2018.

2) La reconstruction d’après-guerre en Europe

Les pays européens, meurtris par la Seconde Guerre mondiale ont pu se reconstruire grâce aux capitaux fournis par l’aide Marshall venant des États-Unis. Cette reconstruction a été d’autant plus rapide grâce à cette aide.

3) L’envoi de capitaux dans le cadre des colonies

Au XIXe siècle, l’Angleterre exportait des capitaux vers son empire colonial, et c’est ainsi que des pays comme les États-Unis et la Nouvelle-Zélande ont pu se développer. En 1914, 70 % des capitaux exportés par la Grande-Bretagne allaient vers ses colonies. La France a moins investi que l’Angleterre dans ses colonies, mais plus en Turquie ou en Russie. Elle a ainsi aidé au développement des transports et des chemins de fer dans ce dernier pays.

 

B. Les capitaux ont des effets positifs pour les pays receveurs et émetteurs

1) Les pays receveurs d’IDE ont la possibilité de développer des activités industrielles

Cela signifie plus d’emplois, de revenus et de consommation de la part des ménages. Ils pourront en particulier mieux satisfaire leurs besoins de santé, d’éducation, ce qui permet une hausse de la productivité. Ces nouvelles activités vont entraîner des effets d’apprentissage et ainsi une hausse du niveau de qualification de la main-d’œuvre. Enfin, ils pourront opérer une remontée de filière et produire des biens à plus forte valeur ajoutée. On assiste alors à un cercle vertueux d’amélioration des salaires et des niveaux de vie. On peut utiliser ici l’exemple de la Corée du Sud.

2) L’arrivée des capitaux améliore les institutions

Pour Rogoff, il est nécessaire d’avoir de bonnes institutions afin de recevoir des capitaux : respect des droits de propriété, lutte contre la corruption, places financières. Par ailleurs, l’amélioration des institutions fait partie des changements mentaux nécessaires à une croissance durable.

3) Les capitaux ont des effets positifs aussi pour les pays émetteurs

En effet, les épargnants reçoivent une rémunération pour leur capital investi. Cela augmente leur revenu, donc leur permet de mieux satisfaire leurs besoins (et d’investir plus). Les pays émetteurs peuvent aussi importer des biens industriels bon marché des pays receveurs, améliorant ainsi leur niveau de vie et celui des producteurs par un transfert de revenus.

 

C. Ces attentes ont mené à la libéralisation des capitaux

1) La première globalisation

Une première globalisation a eu lieu à la fin du XIXe siècle. Les capitaux circulent alors librement et cette libre circulation est facilitée par l’étalon-or qui garantit la stabilité des monnaies et la valeur des placements.

2) La seconde globalisation

Les États mettent en place la seconde globalisation dès les années 1980. Les fameux 3D favorisent le financement direct sur le marché, intégré à l’échelle mondiale. Le coût de l’investissement baisse, donc son volume augmente.

Entre 1913 et 1990, les IDE ont été multipliés par sept à dix, ils représentaient 2 % du PIB mondial en 1913 (selon Bairoch). Entre le début des années 1980 et la crise des subprimes, le stock d’IDE a été multiplié par cinq.

3) Ces mesures ont été prises sous l’impulsion d’économistes libéraux

On peut citer la théorie des marchés efficients d’E. Fama avec les notions d’efficience informationnelle et allocationnelle des marchés financiers. Les bons projets d’investissement trouveront toujours les financements nécessaires. Des effets positifs sont donc attendus sur la croissance et le développement.

 

II. Mais ces attentes ne sont pas toujours réalisées, car les marchés financiers ne sont pas efficients

A. Il n’y a pas d’allocation optimale des ressources

1) Lucas a observé que les capitaux ne vont pas là où le capital est le plus rare, mais le plus souvent vers les pays développés : des flux Nord-Nord, Sud-Nord. Cela pour deux raisons : des pays endettés remboursent encore une partie de leur dette et les pays émergents réalisent beaucoup d’investissements à l’étranger (Tata au Royaume-Uni, investissement de la Chine ou du Moyen-Orient en Europe et aux États-Unis). 

La plupart des PMA et des PED restent à l’écart des principaux flux de capitaux.

2) Comment expliquer ce paradoxe ?

Les pays à l’écart n’ont pas développé de places financières : les attentes de Rogoff ne sont pas automatiques. De plus, les placements sont risqués (pas forcément de retour sur investissement, la main-d’œuvre n’est pas assez qualifiée). On n’assiste donc pas au développement d’activités qui nécessitent plus de K humain.

3) L’arrivée des capitaux n’est pas toujours propice au développement

Ainsi, tout dépend de la spécialisation des pays. Au XIXe siècle, les investissements étrangers ont souvent impulsé la spécialisation dans des produits primaires et donc pas d’effet d’entraînement sur les autres secteurs, pas de croissance cumulative et durable. Bhagwati a aussi souligné que cette spécialisation peut entraîner une perte des termes de l’échange. Dans ce cas-là, une croissance appauvrissante. Tout dépend aussi des stratégies des firmes multinationales. Si elles veulent une main-d’œuvre bon marché (pas de protection sociale ou réglementations plus souples), les pays peuvent ne pas se développer : on appelle cela la course au moins-disant social.

Enfin, les aides d’État à État pour favoriser le développement n’ont pas toujours des effets positifs : elles peuvent être accaparées par certains, ou liées à des projets qui intéressent le pays donateur.

 

B. L’efficience informationnelle n’est pas non plus vérifiée

1) Les prix ne contiennent pas toute l’information disponible, car elle est inconnue : Pierre-Noël Giraud.

Compte tenu de l’information imparfaite, pour Keynes, la formation des prix résulte de comportements mimétiques comme dans un concours de beauté. Cela peut amener à la formation de bulles spéculatives. Pour Shiller et Akerlof, ce sont les esprits animaux qui guident les investissements et les prix ne reflètent alors pas les fondamentaux. 

2) Les marchés financiers ne sont pas des marchés comme les autres

Selon A. Orléan, les comportements des agents économiques sont très différents sur les marchés financiers : la demande est croissante du prix. La hausse des cours n’est alors que le reflet de l’espoir de réaliser des plus-values.

 

C. Les crises financières

1) Les crises financières existaient déjà au moment de la première globalisation et sont revenues avec la réouverture des économies

Exemple : le krach boursier de mai 1873 à Vienne et à Berlin.

Elles sont très nombreuses : en 1998, par exemple, sur un échantillon de cinquante pays développés et en développement, le FMI estimait à 158 le nombre de crises de change et à 54 le nombre de crises bancaires sur la période 1975-1997.

2) Elles sont liées à des investissements à très court terme et au développement de nouveaux produits financiers

De nouveaux produits ont été créés afin de prémunir les agents contre les risques. Ces nouveaux produits ont en fait augmenté les risques : quand les investisseurs perdent confiance ou changent d’avis, les capitaux fuient en masse une place financière (comportements « moutonniers »).

3) Les crises financières sont un frein au développement

Elles peuvent en effet se propager à l’économie réelle. Si les entreprises ne trouvent plus de moyen de financement, elles font faillite, ce qui entraîne une hausse du chômage et une baisse de la demande.

Cette situation s’est renforcée quand le FMI a accordé des prêts aux pays en difficulté : en échange de prêts, les pays ont dû mettre en place des plans d’ajustement structurel. Ils ont eu des effets désastreux dans certains pays : recul de l’espérance de vie et de la qualité de l’éducation. Par exemple, la Grèce s’est appauvrie, son IDH passant de 0,867 en 2010 à 0,865 en 2014. 

 

III. Quelles conditions pour que ces mouvements de capitaux favorisent le développement économique ? Une régulation à plusieurs niveaux

A. Réguler la finance internationale

1) Ralentissement des flux internationaux de capitaux, taxe comme celle proposée par Tobin, taxer moins les IDE et plus les investissements de portefeuille. On peut ici citer les avancées récentes dans la régulation de la finance.

2) Réduire les risques sur les produits financiers : limiter ou interdire certaines pratiques (comme celles qui ont mené à la crise de 2008).

3) Réguler les institutions financières et en particulier celles qui exercent une activité d’intermédiation financière – le shadow banking. D’après le FMI en 2013, le shadow banking représentait 75 000 milliards de dollars, soit 3 000 milliards de plus que le PIB mondial. Ces institutions font peser des risques en cas de crise.

 

B. Les pays doivent aussi réguler les entrées de capitaux

1) L’exemple de la Corée qui a imposé des joint ventures et un transfert de technologies. Cela permet d’investir dans les secteurs que l’État choisit de développer. 

2) Le Chili, dès 1991, a imposé aux investisseurs étrangers de faire un dépôt non rémunéré à la Banque centrale chilienne de 1/3 de l’investissement réalisé. Ce dépôt est restitué après un an. Cela freine les capitaux spéculatifs et attire des opérations intéressantes à long terme.

 

C. Il conviendrait de modifier la gestion des entreprises

1) Le développement du capitalisme financier a modifié la gestion des entreprises

Elles sont moins gérées dans un objectif de long terme et plutôt dans l’intérêt des actionnaires : dividendes au profit des investissements.

2) Revenir à une gestion pérenne ?

Plus de stock-options, parachutes dorés, des entreprises davantage tournées vers l’innovation et la satisfaction des besoins des populations.

 

Conclusion

Le développement est évidemment impossible sans financement, mais la libre circulation fait peser des risques sur les économies et les populations. Il semble alors nécessaire de réguler les flux de capitaux mondiaux afin qu’ils servent effectivement au développement économique. 

Ouverture : comment réguler la finance dans un monde où les intérêts sont très divergents ?

Samantha Marolleau

Je viens de la sympathique prépa ECE de Marcelin Berthelot à Saint-Maur. Après 2 ans là-bas, j’ai déménagé vers la mythique ville de Jouy-en-Josas, sur le campus d’HEC !