Les retombées économiques du Covid-19 Les retombées économiques du Covid-19
Le 28 février dernier, la menace du coronavirus a été portée au niveau « très élevé » par l’OMS. Avec plus de 79 000 personnes contaminées... Les retombées économiques du Covid-19

Le 28 février dernier, la menace du coronavirus a été portée au niveau « très élevé » par l’OMS. Avec plus de 79 000 personnes contaminées en Chine (dont 2 800 décès) et des foyers se multipliant sur tous les continents, une chose est sûre : le coronavirus fait parler de lui dans tous les médias et suscite une peur grandissante au sein des populations.

Ce dont on parle moins, c’est de son impact économique. L’exemple peut faire sourire, mais on évoque souvent la baisse des ventes de la bière Corona comme exemple absurde de la perte de confiance moutonnière des consommateurs.

En effet, alors même qu’il n’y a eu aucun scandale quant à la façon dont elle est produite ou distribuée, un élément exogène, ici le nom du virus dont tout le monde parle négativement, vient perturber les ventes de ce produit. C’est la définition même d’un choc exogène.

 

1. Qu’est-ce qu’un choc exogène ?

On définit un choc exogène comme un choc en général imprévisible dont l’origine est extérieure au marché. Il va venir modifier les comportements des acheteurs ou des producteurs. L’équilibre du marché est alors perturbé, si l’on se place dans une optique classique.

On part d’une situation de départ où la courbe d’offre croise la courbe de demande en un point d’équilibre, définissant une quantité et un prix d’équilibre.

Ici, avec la bière Corona, les agents font un lien conscient ou inconscient entre le nom de la boisson et la menace virale diffusée dans les médias. Les consommateurs tendent donc à acheter une quantité moindre de bière Corona, alors même que le prix n’a pas changé. Face à un choc de demande négatif exogène, la courbe de demande se déplace vers la gauche : on remarque que pour un même prix, la quantité demandée par les agents est moindre. Autrement dit, les prix et quantités s’équilibrent à un niveau plus bas que précédemment.

Au-delà de ce cas assez anecdotique, qui nous a permis de revenir sur les bases de la microéconomie, de nombreux économistes craignent un impact négatif du coronavirus sur la croissance mondiale. Ainsi, le 22 février, le FMI a revu à la baisse ses prévisions de la croissance mondiale pour 2020. « Le virus, une urgence sanitaire mondiale, a perturbé l’activité économique en Chine et pourrait mettre en péril la reprise », a déclaré Kristalina Georgieva, directrice générale du FMI, lors de la réunion des ministres des Finances du G20 à Riyad. L’impact sur la croissance est chiffré à 0,1 point de croissance dans le monde.

Néanmoins, ce scénario se veut optimiste et prend pour hypothèse un retour à la normale en Chine au deuxième trimestre 2020. Il ne table donc pas sur une diffusion plus importante du virus, cas possible au vu de la multiplication du nombre de malades.

 

2. L’économie chinoise est mise à mal

C’est pour le moment en Chine que les retombées sont les plus graves. En effet, par mesure de précaution sanitaire, le gouvernement a mis en quarantaine des villes entières. On peut prendre l’exemple de Yichang, une ville de quatre millions d’habitants mise en quarantaine depuis le 24 janvier. C’est l’une des seize agglomérations mises en quarantaine en Chine. Cette ville est très industrielle et abrite l’usine L’Oréal, où les 300 employés produisent 210 millions d’unités par an. Wuhan, également en quarantaine, abrite, elle, plusieurs usines automobiles. De Dongfeng (deuxième constructeur national) à PSA ou Renault, 1,7 million de véhicules sont sortis de ces usines en 2018.

Dans le cas de ces deux villes, la production et l’exportation risquent d’être compliquées par la mise en quarantaine de la population.

D’autre part, le risque de contagion encourage les habitants des grandes villes chinoises à se tenir à l’écart des lieux cosmopolites et fréquentés : les centres commerciaux, les événements culturels, les parcs d’attractions, etc. On observe alors une baisse de la consommation de la part des ménages chinois dans une période de Nouvel An lunaire plutôt propice aux achats. D’autant plus que le rappel de l’épidémie est constant : odeur de produits désinfectants dans les lieux publics, obligation de port du masque, vérification de la température corporelle des habitants, etc. Des mesures de sécurité certes nécessaires, mais qui activent d’autant plus le sentiment de paranoïa.

Les médias, friands de ces images d’épidémie et de villes désertes, alimentent la psychose autour du coronavirus à l’étranger. Les clients internationaux se méfient d’autant plus des produits « made in china » et hésitent à commander en ligne des produits possiblement infectés. C’est un coup dur pour la Chine qui réalise la majorité de son PIB grâce à l’exportation de biens. Sans parler bien sûr du tourisme qui s’effondre dans la capitale.

 

3. Les retombées économiques en France : l’exemple du tourisme parisien

Face à l’épidémie, la Chine a recommandé à ses ressortissants de reporter leurs voyages à l’étranger. Or, les touristes chinois représentent deux millions de personnes chaque année et génèrent 7 % de la recette touristique (quatre milliards d’euros). Autant dire que leur absence va se faire sentir en France et notamment durant le Nouvel An chinois. En effet, les Chinois disposent pendant cette période de deux semaines de vacances, ces dernières ayant coïncidé avec la propagation de l’épidémie. De plus, ils représentent une clientèle de luxe en générant près d’un tiers des ventes du secteur du luxe aujourd’hui : on pense aux palaces et aux boutiques de luxe de vêtements ou de maroquinerie parisiennes.

Le secteur touristique est donc inquiet, d’autant plus que les mises en quarantaine se multiplient (en Italie par exemple). CAC 40 en panique (baisse de 12 % la dernière semaine de février), effondrement du tourisme et des exportations… mais cette situation n’arrange-t-elle pas certaines personnes ?

 

4. L’effet de pénurie : à qui profite l’épidémie ?

On l’a vu, le prix des biens évolue en fonction de l’offre et de la demande. Si les populations ne s’inquiétaient pas tant de l’épidémie de grippe de cet hiver, l’arrivée de ce « nouveau virus » ainsi que les rappels de prévention largement diffusés ont poussé à la consommation de masques et de gels hydroalcooliques. On appelle cela un effet de pénurie : ces biens indispensables pour se protéger contre l’épidémie deviennent très rares et donc très chers !

On observe déjà des reventes sur internet de la part de personnes en ayant acheté en grande quantité, anticipant la hausse des prix.

Ainsi, ces produits sont souvent en rupture de stock ou vendus plus cher : le prix des gels désinfectants a fortement augmenté en France en quelques jours chez certains revendeurs. Le gouvernement prévoit donc d’instaurer un prix plafond (3 € le flacon de 100 ml). 

De quoi nous faire revenir sur de nombreuses notions de microéconomie !

L’épidémie profite donc bien à certains, mais aussi curieusement à… l’environnement. La NASA a ainsi observé une forte baisse de la pollution (au dioxyde d’azote) à la fois en Chine et en Italie, deux pays industriels, où la production a été fortement ralentie, voire arrêtée. Les mesures de confinement chinoises « auraient provoqué une diminution de 25 % des émissions de CO2 entre le 25 janvier et le 8 février 2020 » selon France TV.

 

 

En attendant, lavez-vous bien les mains et protégez-vous, ça va bien se passer !

Samantha Marolleau

Je viens de la sympathique prépa ECE de Marcelin Berthelot à Saint-Maur. Après 2 ans là-bas, j’ai déménagé vers la mythique ville de Jouy-en-Josas, sur le campus d’HEC !