Habitants assis devant leurs logements dans un quartier de bidonvilles urbains

Conséquence de la pauvreté rurale et de la croissance incontrôlée des populations, les bidonvilles constituent un enjeu majeur pour la majorité des pays en voie de développement : conditions de vie malsaines, activités illégales, étalement urbain anarchique, encadrement impossible… Incontrôlables, les bidonvilles sont aussi une mauvaise publicité pour l’appareil administratif et le développement économique d’un pays.

Comment se définissent les bidonvilles ?

Malgré la diversité des situations d’extrême pauvreté urbaine, il est possible de définir un bidonville selon certaines caractéristiques : surpeuplement, conditions insalubres, insécurité, manque d’hygiène (dont manque d’infrastructures, de services de santé et accès insuffisant à l’eau potable)… Chaque bidonville présente aussi ses propres enjeux au vue du pays, de la ville, de ses logements formels ou informels, de ses activités économiques, des autorités en charge de leur gestion et de la dynamique socio-économique autour de leur zone. Malgré l’ambitieux objectif 7 de la Déclaration du Millénaire des Nations Unies, qui voulait « améliorer la situation d’au moins 100 millions d’habitants de bidonvilles d’ici 2020 », il reste encore beaucoup à faire car les moyens restent encore insuffisants et car l’échelle du problème est avant tout nationale plus qu’internationale.

L’évolution globale des bidonvilles

Selon la Banque Mondiale, près d’un citadin sur 4 vivrait dans un bidonville. Ce chiffre est en constante diminution depuis près de trois décennies (1 sur trois en 2016).

Malgré l’évolution encourageante de cette proportion,  le nombre de personnes qui vivent dans l’extrême pauvreté urbaine continue quant à lui d’augmenter. La croissance urbaine marquée lors de la seconde moitié du XXème siècle a été peu encadrée et n’a pas été suivie d’une véritable amélioration des conditions de vie.

Même s’il est possible d’être pauvre sans vivre dans un bidonville (vivre dans des logements pas chers réservés aux populations défavorisées par exemple, comme en Chine, pays qui comporte beaucoup de logements précaires mais aucun bidonville), ces deux derniers faits se recoupent généralement. C’est notamment le cas dans les pays en développement où les classes moyennes sont bien moins importantes que dans les pays développés. Ces derniers ont éradiqué la très grande majorité de leurs bidonvilles (le dernier officiel en France a fermé dans les années 1970). S’ils en présentent, cela est souvent dû à une conjoncture politique ou sociale spéciale, comme la jungle de Calais, fruit de l’immigration méditerranéenne.

L’exode rural et l’attrait des villes expliquent en partie cette croissance urbaine des pays en développement. Mais la plupart des nouveaux habitants urbains doivent s’installer dans des logements insalubres, en périphérie, à l’écart des centres-villes dynamiques.

Le bidonville de Mexico, l’un des plus grands au monde

Le bidonville de Mexico est le plus important du monde en terme de nombre de “slumdogs“. Près de 2.5 millions d’habitants s’entassent dans le quartier périphérique de Neza-Chalco-Itza. Les autorités mexicaines ont longtemps négligé le secteur agricole mexicain.  L’ouverture de ce marché agricole aux producteurs américains a davantage compliqué la donne. Cela a incité de nombreux paysans, dans les années 1990, à rejoindre l’agglomération qui attire par son dynamisme économique. Ainsi, près de 30 000 personnes rejoignent annuellement la métropole. Mais beaucoup n’ont d’autre choix que de rejoindre ce bidonville très éloigné du centre-ville (deux heures d’autobus).

La pollution est enfin le problème majeur de la ville et du bidonville. Mexico se situe depuis sa construction dans une cuvette qui fait s’accumuler les nuages de pollution. La municipalité n’a pas énormément développé les transports en commun. L’État a fait percer de nombreuses avenues, ce qui n’a pas remis en cause l’hégémonie de la voiture, hautement polluante. Dans le cadre de la Coupe du Monde 2026, la ville de Mexico entreprend toutefois des travaux pour faire face à ce défi.

Lagos, une ville parsemée de bidonvilles

Bidonvilles de Lagos avec maisons en bois sur pilotis dans la lagune
À Lagos, certains bidonvilles se développent directement sur la lagune avec des habitations construites sur pilotis.

Lagos est de loin la ville la plus peuplée d’Afrique avec près de 18 millions d’habitants. Capitale économique du Nigeria, Lagos est aussi le poumon économique de la région et veut encore accélérer son expansion engagée depuis quelques années avec d’ambitieux projets immobiliers et commerciaux. Lagos dispose d’un port commercial très développé au cœur de l’activité pétrolière nigériane qui représente 20% du PIB du pays. Mais près de 12 millions de Lagotiens vivent dans des milieux précaires principalement situés en zone humide.

Ces bidonvilles sur lagune sont peu sécurisés, difficiles d’accès et extrêmement étendus. Pour preuve, il y a eu très peu de projets sociaux d’envergure et seules quelques initiatives locales permettent d’améliorer la vie des citadins. Ces larges bidonvilles incommodent donc la municipalité qui elle est soucieuse de préserver l’image d’une Lagos dynamique, riche et prospère. Le principal bidonville de la ville est Makoko, qui réunirait jusqu’à 100 000 personnes. Il n’est pour autant pas le seul bidonville de la région.

Bogota face au défi de l’informel

Bogota est la métropole colombienne incontestée : la convergence des capitaux vers cette ville de 8 millions d’habitants et la diversité de ses activités en font une plaque tournante du commerce latino-américain. Mais l’essor démographique que le pays a connu depuis les années 1960 ainsi que la violence (FARC) ont provoqué une urbanisation anarchique de la ville les décennies qui suivirent, que les autorités n’ont pas réussi à encadrer. Aujourd’hui, près de 2 millions de personnes vivent dans des quartiers informels, ou formels dans de pauvres conditions. Malgré le bon classement de la ville en terme de niveau de vie (coût de la vie faible, bonnes infrastructures,…), Bogota n’arrive pas à établir des projets sur le long terme susceptibles de sortir ces personnes de la misère.


Les smart cities dans le monde arabe

 

L’obstacle des relogements/réhabilitations au Caire

Les Printemps Arabes n’ont pas amélioré la situation du logement en Égypte. Déjà, dans les années 60, la politique d’Abdel Nasser était d’offrir des logements pour tous à bas prix. Mais la vague libérale des années 80 a entrainé une crise du logement. Celle-ci, combinée aux troubles politiques de 2011, n’a pas amélioré la situation de ces logements improvisés. Aujourd’hui, les bidonvilles cairotes accueillent près de un million de personnes, mais il n’y a aucun projet à long terme pour l’accueil ou l’amélioration des conditions. Au contraire, les autorités policières, peu inquiétées de quelconque retombée du fait du régime militaire actuel, utilisent la force et détruisent régulièrement ces logements improvisés sans entrainer pourtant de départ des populations qui n’ont nulle part où aller.

Mumbai : un exemple d’insalubrité

Le bidonville de Dharavi est l’un des plus grands d’Inde (près d’un million d’habitants) et l’un des plus importants concernant ses enjeux et son devenir. Il se situe en plein cœur d’une ville en pleine croissance économique du fait de l’essor de l’Inde et de l’ouverture de Mumbai sur l’Océan Indien, le Moyen-Orient et l’Occident. Le bidonville se situe entre l’aéroport de la ville au Nord, le quartier d’affaires plus au Sud, et le nouveau CBD à l’Ouest. Il est la proie des promoteurs immobiliers qui veulent profiter de l’incroyable position de ces terres pour développer de nouveaux projets, mais l’illégalité et l’anarchie qui entourent le bidonville empêchent toute évolution. Les habitants ont rejeté les projets de « bidonvilles verticaux » en 2007. Le bidonville a même été mis en vente pour y faire un quartier chic, mais aucune suite pour le moment.

Irak : les bidonvilles causés par le terrorisme

Les bidonvilles de Bagdad ne sont pas les plus grands en terme de nombre ou de superficie, mais leur croissance a été exponentielle depuis le début du conflit avec les miliciens de l’État Islamique. Beaucoup de réfugiés ont fui le Nord des conflits pour le Sud et la périphérie de Bagdad. Mais le problème est le même que dans les autres régions du monde. Les personnes pauvres se voient reléguées aux périphéries sans assistance.

L’assistance de l’État irakien est d’autant plus faible qu’il a du mal à se remettre d’un conflit qui a été extrêmement onéreux. Cette guerre ainsi que la chute des prix du pétrole aura un coût que le gouvernement irakien prévoit de combler en stoppant le financement à de projets sociaux (santé, infrastructures,…). L’impact concerne l’ensemble de la population du Sud du pays, et le taux de pauvreté y est passé de 19% en 2013 à près de 23% aujourd’hui.

Tableau récapitulatif 

Bidonvilles en 2026 : repères clés, facteurs et réponses urbaines
Bidonvilles (2026) : repère Ce que l’on observe Causes fréquentes Risques majeurs Réponses publiques courantes Indicateurs utiles
Habitat Logements auto-construits; matériaux précaires; forte densité Offre de logement insuffisante; hausse des loyers Incendies; effondrements; insalubrité Régularisation foncière; amélioration sur place Densité; part d’habitat informel
Accès à l’eau Raccordement limité; points d’eau partagés Infrastructures sous-dimensionnées Maladies hydriques; coût élevé de l’eau Bornes-fontaines; réseaux secondaires % ménages avec eau potable
Assainissement Égouts absents; latrines; drainage faible Investissements publics insuffisants Épidémies; pollution locale Toilettes collectives; micro-assainissement % ménages avec assainissement
Économie Emplois informels; micro-activités; instabilité Chômage; faible qualification; migration Revenus irréguliers; exploitation Formalisation progressive; soutien aux micro-entreprises Part d’emplois informels
Foncier Occupation sans titre; expulsions possibles Spéculation; absence de cadastre Conflits; évictions Attribution de titres; zonage % ménages avec titre d’occupation
Énergie Branchements informels; coupures; risques Coût; réseau incomplet Incendies; électrocutions Raccordement sécurisé; compteurs prépayés % accès à l’électricité
Vulnérabilité climatique Zones inondables; pentes; littoral; chaleur Implantation contrainte; manque de terrain Inondations; glissements; stress thermique Relocalisation ciblée; protections; drainage Exposition aux aléas; pertes récurrentes
Politiques urbaines Entre éviction, relogement et amélioration Pression politique; budgets; gouvernance Déplacements forcés; fragmentation urbaine Upgrading; logement social; planification Budget logement; unités livrées/an
Santé et éducation Accès inégal; services saturés Sous-équipement; éloignement Décrochage; mortalité évitable Centres de proximité; écoles; prévention Temps d’accès; taux de scolarisation
Données et cartographie Recensement incomplet; zones “invisibles” Informalité; mobilité; manque de moyens Mauvais ciblage des politiques Cartographie participative; données satellitaires Mises à jour; couverture des données

 Conclusion

Les bidonvilles constituent aujourd’hui l’une des manifestations les plus visibles des inégalités urbaines à l’échelle mondiale. Leur développement s’explique par la combinaison de plusieurs dynamiques puissantes : croissance démographique rapide, exode rural massif, insuffisance de logements abordables et incapacité de certaines villes à absorber l’arrivée de nouveaux habitants.

Cependant, il ne faut pas percevoir les bidonvilles uniquement comme des espaces de précarité. Ils sont aussi des lieux de vie, d’activités économiques informelles et de solidarités locales qui permettent à des millions de personnes de s’intégrer progressivement à la ville.

L’enjeu pour les pouvoirs publics n’est donc pas seulement de faire disparaître les bidonvilles, mais surtout de transformer ces quartiers et d’améliorer les conditions de vie de leurs habitants grâce à des politiques d’aménagement urbain, d’accès aux services essentiels et de développement du logement. Dans un contexte d’urbanisation accélérée, la question des bidonvilles restera ainsi un défi majeur pour les métropoles du XXIᵉ siècle.


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