Fleuves 1# L’Amazone, un potentiel inexploité ? Fleuves 1# L’Amazone, un potentiel inexploité ?
L’Amazone est le fleuve de tous les superlatifs : c’est le second des plus longs fleuves de la planète et le plus puissant. Il possède... Fleuves 1# L’Amazone, un potentiel inexploité ?

L’Amazone est le fleuve de tous les superlatifs : c’est le second des plus longs fleuves de la planète et le plus puissant. Il possède le bassin hydrographique le plus grand de tous les systèmes fluviaux au monde. Ses débits moyens sont trois fois supérieurs à celui de la Loire en France. Il prend sa source dans les Andes et traverse trois pays : Le Pérou, la Colombie et le Brésil avant de se jeter dans l’Océan Pacifique au niveau de l’équateur. Son réseau hydrographique couvre plus de 1000 cours d’eau. Il est à lui seul à l’origine de 18% du volume d’eau douce déversée dans les océans du monde. Sa démesure s’apprécie aussi en constatant qu’aucun pont ni barrage ne le franchit sur des milliers de kilomètres.
Dans quelle mesure l’Amazone est-il sous-exploité par les hommes malgré son formidable potentiel et ainsi sujet ainsi une certaine tension ?
Nous étudierons un fleuve que l’homme a apprivoisé depuis longtemps et qui constitue une ressource majeure pour les pays traversés. En ce sens, il est le sujet de tensions et conflits quant à l’usage de ses eaux.

1. Un fleuve apprivoisé depuis longtemps

Bien que les Amérindiens aient laissé de nombreuses traces de leur vie antérieure à la colonisation le long du fleuve, ce fut en 1500 que pour la première fois un européen explora le fleuve. Il s’agit de Vincente Pinzón aux commandes d’une expédition espagnole qui remarquant de l’eau douce en pleine mer à son embouchure, décida de s’y aventurer.

On doit la première descente européenne depuis les Andes jusqu’à la mer à Francisco Orellana en 1541-1542. Envoyé à la recherche de vivres, il dut naviguer pendant neuf jours pour en trouver et ne pouvant repartir en arrière en raison du courant, il décida de continuer jusqu’à l’Atlantique. Le nom Amazone provient d’une bataille qui eu lieu contre la tribu des Tapuyas durant laquelle les femmes de la tribu se battaient aux côtés des hommes. Selon le récit détaillé de l’expédition, ces femmes avaient leur propre royaume et vivaient séparées des hommes à la façon des Amazones d’Asie et d’Afrique de la mythologie, décrites par Hérodote et Diodore.

Réciproquement la première remontée complète du fleuve par un Européen est due au Portugais Pedro Teixeira en 1638. Il le redescend un an plus tard avec des pères jésuites délégués par la vice-royauté du Pérou pour l’accompagner.

Plus récemment, certains hommes se sont distinguées pour avoir dompté ses eaux. En 1997 par exemple, l’explorateur Mike Horn descend l’Amazone en hydrospeed, un flotteur d’eau vive que l’on dirige à l’aide de palmes, le tout sans assistance.En 2007, le nageur Slovène Martin Strel parcourt le fleuve à la nage en le descendant sur une distance de 5 265 kilomètres en 66 jours.

A l’heure actuelle, le fleuve est le seul lien direct reliant deux grandes métropoles s’étant construites le long de son cours : Manaus et Belém. Il est en effet navigable sur plus de 4000 kilomètres mais en dépit de ses énormes potentialités, ce n’est pas encore un grand axe commercial. Toutefois, son rôle est primordial pour un grand nombre d’acteurs.

2. L’amazone: une ressource majeure de la région

L’Amazone est une ressource fondamentale à toutes les échelles et notamment au niveau mondial. En effet, la forêt Tropicale Amazonienne est issue du climat extrêmement humide du bassin amazonien. L’Amazone et ses affluents s’y écoulent lentement, les rives forestières étant à peine hors de l’eau et régulièrement inondées. Il joue donc un rôle très particulier dans l’existence de ce qui constitue une richesse écologique majeure à l’échelle de la planète.

Plus localement, le fleuve est un vecteur de vie pour de nombreuses personnes ; En effet, 80% de la population rurale s’abrite le long des berges. La vie est rythmée par le fleuve, la crue et la décrue annuelle. On y trouve par exemple les caboclos. Cette population constituée de métis descendant d’Européens blancs et d’Amérindiens et formant la population la plus importante du bassin amazonien, vit de la pêche et de la polyculture de subsistance. Les petites et moyennes agglomérations suivent à peu près toutes le même schéma d’aménagement avec l’église, le centre en damier et le port avec ses pontons et entrepôts. Elles ne s’animent que lors d’arrivée de gaïolas, une sorte de bateaux transportant des passagers en nombre conséquent ou de pirogues.

Certaines villes ont d’ailleurs basé leur modèle de développement sur le fleuve. Parmi les grandes agglomérations, Manaus et Belém ont tiré leur richesse de l’extraction et de la commercialisation du caoutchouc fin 19ème-début 20ème. Au lendemain d’une période difficile pour l’économie avec la débâcle de la production de latex, les deux villes ont su saisir les bonnes opportunités pour revitaliser l’économie. En revanche, à l’heure actuelle, la vitalité démographique qui caractérise ces deux villes n’est plus le reflet de la vitalité urbaine ;

Le Brésil est le premier pays bénéficiaire des ressources du fleuve. Avec 12% des réserves d’eau douce dans le monde, il l’est l’un des géants de l’eau au niveau mondial. Le fleuve permet à l’agriculture et à l’industrie de se développer. Il représente également un enjeu énergétique considérable. Ainsi en 2004, plus de 200 barrages produisaient 92% de l’énergie produites dans le pays. Etant donné que des milliers d’affluents irriguent la région ce qui rend très difficile le contrôle du débit de l’eau par un état, le risque des conflits armés est quasi nul contrairement aux tensions récurrentes autour des eaux du Nil.

Toutefois, des conflits d’usages peuvent apparaître entre différents acteurs locaux et l’incroyable ressource que constitue le fleuve peut attirer les convoitises d’acteurs étrangers.

3. Un fleuve sujet à tensions à tous les niveaux

Au niveau local, des conflits fréquents opposent les gros exploitants et les micro-propriétaires mais aussi le secteur hydro-électrique et la population. Ces conflits donnent naissance à des mouvements sociaux d’envergure comme le MAB (Movimiento dos Atingidos por Barragens ou le Mouvement des personnes affectés par les barrages) ; Etant donné l’importance de l’énergie hydroélectrique dans le bouquet énergétique Brésilien, le pays est devenu dépendant vis-à-vis de cette ressource alors même que le débit du fleuve a tendance à baisser depuis plusieurs années.

Le fleuve attire également des acteurs privés étrangers. En effet certaines multinationales comme Suez, consciente des profits potentiels tentent de s’implanter sur le marché brésilien ce qui inquiète la population. Elles redoutent une privatisation de la gestion de l’eau à long terme. De plus l’Amazone fait l’objet d’Hydro-piraterie de la part de certains navires pétroliers du Moyen-Orient qui remplissent leurs réservoirs d’eau douce en rentrant dans leurs pays d’origines où elle constitue une denrée rare.

Afin de mettre en place une meilleure gestion du fleuve, huit pays du bassin amazonien ont signé le Traité de coopération Amazonienne (ACT) en 1978. Ils ont par la suite mis en place l’Organisation du traité de coopération amazonienne en 1998. Ses objectifs sont la protection de l’environnement, l’utilisation rationnelle des ressources et la liberté de navigation. Malheureusement cette gestion durable primordiale pour préserver l’Amazonie se heure parfois aux intérêts divergents des états membres de l’organisation.

Conclusion

L’Amazone fut domptée par les européens dès l’arrivée des premiers conquistadores. Son puissant débit et sa longueur en font un fleuve vital pour la survie de l’humanité. En effet, il rend possible l’existence du poumon de la terre : la forêt Amazonienne. Il a également permis l’émergence de métropoles assez puissantes au niveau national comme Manaus et Belém. Logiquement, cette ressource inestimable pour le Brésil est l’objet de nombreuses convoitises entre des acteurs variées. Les tentatives pour instaurer une forme de gouvernance internationale ne semble pas en mesure pour l’instant de répondre à ces défis.

Grégoire Cicile