Où en sont les grands ensembles régionaux africains ? Où en sont les grands ensembles régionaux africains ?
En janvier 2017, l’Union Africaine (UA) acceptait la nouvelle adhésion du Maroc. L’Union Africaine est désormais composée de l’ensemble des pays du continent africain,... Où en sont les grands ensembles régionaux africains ?

En janvier 2017, l’Union Africaine (UA) acceptait la nouvelle adhésion du Maroc. L’Union Africaine est désormais composée de l’ensemble des pays du continent africain, ce qui représente un pas important dans la construction d’une véritable unité africaine. Pourtant, l’UA, ainsi que tous les autres ensembles régionaux africains, reste inefficace dans l’instauration d’une stabilité sur le continent africain.

 

Construction des grands ensembles régionaux africains

Les ensembles régionaux africains naissent à la fin des périodes de colonisation. Les premiers rapprochements s’appuient sur certains éléments culturels ou économiques communs, qui facilitent l’entente entre les états, comme la langue, ou la monnaie de l’ancien colonisateur. Ainsi, le franc CFA, et la langue française ont facilité des rapprochements entre pays africains : c’est le cas de l’UMOA (Union Monétaire Ouest Africaine) créée en 1959, et qui réunit tous les anciens membres de l’AOF (Afrique Occidentale Française). De même, du côté des anciennes colonies anglaises, est créée l’EAC (East African Community) en 1967, qui regroupait alors le Kenya, l’Ouganda, la Tanzanie. Ces derniers seront rejoints en 2007 par le Rwanda, le Burundi puis en 2016 par le Soudan du Sud.

La situation géographique est également un facteur de rapprochement : certaines régions dépassent les différences linguistiques et culturelles pour former de vastes ensembles économiques, comme la CEDEAO (Communauté Economique des Etats d’Afrique de l’Ouest) fondée en 1975, et qui regroupe des pays à la fois francophones et anglophones. Il est à noter qu’à la différence de l’Asie, il n’y a pas de pays, hormis l’Afrique du Sud, qui soit le « moteur » de l’intégration au sein de sa région. En effet, si la SACU (Southern African Customs Union, fondée en 1969) a bien pour principal moteur l’Afrique du Sud, pays qui polarise les principaux flux arrivant en Afrique Australe, il est bien difficile de désigner le ou les vecteurs d’intégration au sein de l’UMOA par exemple.

Nous avons donc vu que s’il existe de multiples ensembles régionaux africains, il n’existe en revanche qu’un seul ensemble regroupant la totalité des pays africains : c’est l’UA. Fondée en 2002 sur les bases de l’OUA (Organisation de l’Unité Africaine), celle-ci s’est dotée d’un droit d’ingérence en cas de crimes de guerre, et vise à « promouvoir la paix, la sécurité et la stabilité du continent ».

Freins à l’intégration régionale africaine

Comme en Amérique du Sud, l’intégration africaine est confrontée à de nombreux défis. Tout d’abord, le trop grand nombre d’ensembles régionaux freine leur avancée et leur approfondissement. À cette multiplicité et à cet enchevêtrement des organisations régionales s’ajoute une instabilité presque permanente dans certaines régions de l’Afrique, qui fragilise les coopérations interétatiques. Cette instabilité est liée notamment à la faiblesse des Etats Africains.

Ils sont tout d’abord fragilisés par des facteurs endogènes : les Etats n’ont qu’une unité culturelle assez faible voire inexistante. Les frontières ayant été dessinées par les empires coloniaux, sans tenir compte des populations présentes, certains états doivent faire cohabiter des populations différentes. C’est le cas du Mali mais aussi du Nigéria, où vivent des pasteurs Peuls musulmans au nord, alors qu’au Sud vivent des ethnies chrétiennes, principalement des cultivateurs. La cohabitation peut parfois s’avérer difficile, et être source de violence, voire même de volonté d’indépendance (les Touaregs maliens du Nord ont ainsi formé le MNLA, le Mouvement National de Libération de l’AZAWAD -territoire quasi désertique situé dans le nord du Mali-, et exigent leur indépendance vis-à-vis du Sud-Mali).

À ces facteurs culturels et religieux endogènes s’ajoutent des facteurs liés à la fragilité du fonctionnement du système politique dans la plupart des pays africains. La corruption, omniprésente (ainsi le président sud-africain Jacob Zuma, a été forcé de démissionner en 2018 pour corruption pour ne citer que le dernier exemple en date) et l’impossibilité d’un véritable dialogue démocratique entre le gouvernement et l’opposition, ne font qu’attiser les envies de vengeance et la violence. La faiblesse de certains états est telle qu’elle permet l’apparition de groupes armés, comme AQMI (Al-Qaïda au Maghreb Islamique), ou les Shebabs en Somalie. Elle conduit même parfois à la disparition de l’Etat : c’est le cas des failed states (ou états défaillants), états qui n’ont plus qu’un contrôle réduit sur leur territoire. La Libye (le pays est actuellement tiraillé entre le gouvernement de Tripoli, celui de Benghazi, les Touaregs au Sud, et l’Etat Islamique), ou encore la Somalie, en sont de bons exemples. De tels états déstabilisent les pays voisins et fragilisent les ensembles régionaux africains.

Cette faiblesse du système politique s’accompagne également de fragilités économiques : l’instabilité permanente ne permet pas d’attirer des investissements extérieurs constants et réguliers, si ce n’est pour s’accaparer les richesses du sous-sol africain, fortement doté de matières premières. Les ensembles régionaux, de par la faiblesse économique de leurs états membres, ne peuvent faire le poids dans les négociations économiques. Le PIB de l’EAC en 2013 représentait ainsi moins de 120 milliards de dollars. Les pays africains, et les ensembles régionaux demeurent alors beaucoup plus un enjeu qu’un acteur pour les grandes puissances (Etats-Unis, Chine, Union Européenne). La faiblesse économique des états membres poussent les ensembles régionaux africains à chercher des sources de financement à l’étranger, ce qui fragilise irrémédiablement leur volonté d’autonomie et d’indépendance vis-à-vis des grandes puissances. Par exemple, la CEDEAO vient de recevoir en 2018 une subvention de 31,6 millions de dollars de la part de la Chine pour financer la construction de son nouveau siège.

Les ensembles régionaux africains dépendent dès lors financièrement de pays extérieurs comme la Chine, qui vise toujours à s’implanter en Afrique pour acquérir ses matières premières. Les faiblesses étatiques, qu’elles soient politiques ou économiques, déteignent sur les ensembles régionaux africains et décrédibilisent leur projet. L’Afrique semble donc être un continent « dans l’enfance », qui n’est pas encore arrivé à maturité économiquement et politiquement.

Nicolas PREVOSTO

Etudiant en première année à l'ESSEC et ancien préparationnaire à l'Institution des Chartreux (Lyon). Rédacteur d'articles de géopolitique

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