Quelques notions de corruption Quelques notions de corruption
Nous vivons dans un monde de plus en plus connecté, dans un univers mondialisé. Si la corruption s’arrêtait avant à nos frontières, celles-ci disparaissent... Quelques notions de corruption

Nous vivons dans un monde de plus en plus connecté, dans un univers mondialisé. Si la corruption s’arrêtait avant à nos frontières, celles-ci disparaissent petit à petit avec les organisations internationales (ONU, ONG), et avec les progrès techniques et scientifiques comme Internet. Nous sommes donc confrontés à des nouvelles formes de corruption. Elles semblent toucher des continents entiers, tant au niveau politique que financier. Leurs conséquences peuvent être réparties en quatre catégories : politique, économique, environnemental et social. Au niveau politique, la corruption affecte la démocratie en favorisant des élites établies et fragilisant le processus électoral. Au niveau économique, elle favorise le détournement de l’argent public à des fins personnelles. Au niveau social, elle détériore la confiance des peuples en leur système politique, dans leurs institutions et dans leurs meneurs. Finalement, au niveau environnemental, elle cause bien souvent la destruction de l’environnement en permettant le détournement des lois de protection des espaces protégés.

 

Amérique Latine

La corruption est l’un des fléaux les plus virulents de l’Amérique Latine et peu de pays en sont épargnés comme le monde l’indice de corruption de l’ONG allemande, Transparency International :

Il est assez aisé d’illustrer la corruption en Amérique Latine par un exemple récent : le scandale de l’affaire Petrobras, qui depuis deux ans, a mené à l’inculpation de nombreux députés et à la mise en accusions de la présidente Dilma Rousseff, de Lula et même de Eduardo Cunha, qui avait soutenu le lancement de la procédure de destitution de Mme Rousseff.

Petit retour en arrière : Petrobras est une entreprise d’Etat pétrolière, c’est la plus grande entreprise du pays (capitalisation de 148 milliards de dollars en 2011). Le scandale touche à la fois Petrobras, les entreprises du BTP (Bâtiments et travaux publics) et la coalition de centre gauche. Des pots de vins auraient été versés en échange d’une cartellisation de certains marchés dans le domaine des grands chantiers d’infrastructures. Les malversations auraient finalement servi à financer des campagnes électorales, notamment celles du PT (Parti des Travailleurs).

Ces scandales ont mené les citoyens à prendre conscience de la corruption dans leur pays et permet le début d’une lutte contre ce fléau à travers des procès, des manifestations et la recherche de la vérité.

Mais en matière de corruption, le Brésil n’est pas le seul pays d’Amérique Latine à être fortement touché. Les pays exportateurs de pétrole, comme le Venezuela sont aussi fortement affectés par ce fléau. D’après le rapport de 2013 de Transparency International, le Venezuela se place à la 160 place des pays les plus corrompus sur un total de 170 pays étudiés, devançant Haïti de 3 places. Récemment, des enquêtes lancées par l’opposition au Venezuela ont mis à la lumière 89 cas de corruption présumés. Elles représenteraient à elles seules environ 69 milliards de dollars. Les conséquences paraissent évidentes dans un pays qui souffre aujourd’hui de pénuries et d’une pauvreté conséquente. Le député Freddy Guevara a souligné qu’avec cette argent, Caracas aurait pu financer la nutrition de base de 900 millions de personne.

Pour conclure, la corruption favorise les autres fléaux du continent sud-américain comme le réseau de narcotrafique en Colombie. Il pose aussi le problème d’une perte de confiance du peuple dans la démocratie. Mais conscient de ce problème, Mauricio Macri, le président de l’Argentine a annoncé lors du dernier forum de Davos rassemblant les pays sud-américain sa volonté de lutter plus activement contre la corruption. Affaire à suivre alors.

 

Afrique

La corruption est étroitement liée au continent africain. Nous pouvons notamment l’illustrer avec le livre de Jean-François Bayard, l’Etat en Afrique où il développe la théorie de la politique du ventre. Pour résumer, la politique du ventre est le fait de détourner la politique de façon à satisfaire matériellement une minorité. L’Afrique est un continent riche, notamment en minéraux (80% des réserves de chrome, 80% de celles de phosphate, 70% pour le cobalt, 27% des réserves de diamant au Botswana…). Il est donc au cœur de nombreuses convoitises. A la fin de la décolonisation, certaines grandes puissances étrangères ont maintenu des alliances avec les dirigeants des nouveaux Etats : en échange de leur soutien et de leur défense, elles bénéficient d’un accès privilégié aux ressources du continent africain. Nous pouvons prendre l’exemple du Zaïre (RDC) où la dictature de Mobutu a été favorisée par la protection de la France (intervention de l’OTAN en faveur de Mobutu) et a été mise à l’écart des sanctions économiques.

Nous pouvons aussi illustrer la corruption en Afrique par un exemple récent : celui des élections au Gabon. Le président sortant, Ali Bongo a été réélu mais son adversaire Jean Ping a lancé une procédure contre lui, portant plainte pour corruption. En effet, les doutes portent sur les résultats obtenus dans le fief d’Ali Bongo, où le taux de participation a atteint un niveau record : 99.3% et où 95.46% des personnes auraient votés en faveur d’Ali Bongo, lui permettant de remporter de justesse l’élection. LE taux de participation moyen des autres provinces était de 48%.  Le processus d’élection est trop opaque pour permettre des résultats certains. En bref, la corruption permet la pérennité d’élites dans les pays africains et altèrent la confiance des gens dans la politique. Elle favorise aussi le détournement d’argent, notamment dans les pays rentiers, en faveur d’une minorité. Elle constitue ainsi une entrave au développement. Le dernier rapport de Transparency international au Cameroun, au Ghana et au Zimbabwe met en évidence le rapport étroit entre la corruption et la déforestation des forêts africaines, qui met en danger non seulement l’environnement mais aussi le développement de ces pays.

Pour conclure, il existe une véritable volonté de lutter contre la corruption : le dernier sommet anti-corruption tenu à Londres en septembre a ressemblé 43 pays et plus de 600 participants. A cette occasion-là, une déclaration contre la corruption a été signée par les participants, accompagnée d’engagements spécifiques à chaque pays. Nous en saurons plus sur la tenue de ces objectifs lors de l’assemblée générale de l’ONU en 2017.

 

Léa Bouchu

Ex-classe préparatoire Camille Guérin. Intègre GEM à la rentrée 2016.