Rapport de jury – Géopo ESSEC 2019 Rapport de jury – Géopo ESSEC 2019
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Tu peux retrouver le sujet de l’épreuve ici : Géopo ESSEC 2019 – Sujet

Et l’analyse là : Géopo ESSEC 2019 – Analyse du sujet

 

Les statistiques

3 245 candidats, 10,45 de moyenne (3,63 d’écart-type).

 

Le rapport

Le sujet

2019 : La puissance chinoise en Asie orientale

 

Barème, attentes du jury

En choisissant comme question « la puissance chinoise en Asie orientale », le jury invite les candidats à effectuer une analyse synthétique et à mobiliser un ensemble large de connaissances sur les grandes mutations géopolitiques provoquées par la Chine en Asie orientale. Il appelle aussi à se réapproprier les concepts fondamentaux de la géopolitique. Par définition, celle-ci se définit comme l’étude des rivalités de pouvoirs entre des acteurs sur un territoire.

La dimension spatiale et territoriale doit donc être entendue comme un élément essentiel du traitement du sujet en évitant de l’aborder uniquement sous l’angle des relations internationales. La pluralité des approches de la géopolitique est aussi mise en évidence : politique, militaire, économique, sociale et culturelle. Le terme de puissance chinoise est précisé dans l’introduction en rappelant que le concept de puissance renvoie, de manière générale, à la capacité de commandement et de rayonnement d’un acteur (étatique dans le sujet) sur un ensemble d’espaces (au niveau régional). La zone géographique est aussi considérée comme un sous-ensemble de l’Asie qui s’étend du détroit de Malacca à la mer du Japon. Elle s’entend par ailleurs comme une représentation fonctionnelle qui correspond aux Etats littoraux de la façade asiatique du Pacifique. La temporalité du sujet est laissée à la liberté du candidat. Le raisonnement géopolitique suppose de maîtriser les principales dynamiques dans un passé proche (les années 2010), mais la compréhension de leur évolution est aussi à comprendre à partir du XIXe siècle comme le laisse supposer le document 1.

Le jury attend que le candidat maîtrise parfaitement les éléments méthodologiques de la dissertation. L’introduction doit être structurée (amorce, définition des termes, problématique, annonce de plan). Elle prépare la rédaction d’une démonstration dans le développement qui comprend deux ou trois parties. La dissertation doit donner un sens et ne pas être une récitation des connaissances. Toute l’argumentation doit aboutir à un raisonnement clair et argumenté d’exemples. Ce développement est ensuite suivi d’une conclusion synthétique qui peut amener à une ouverture vers une autre question.

L’approche géopolitique doit être un élément central de la dissertation. En d’autres termes, il s’agit de mettre en évidence les stratégies d’acteurs révélant des rivalités de pouvoirs ainsi que les échelles géographiques de ces oppositions. Le raisonnement géopolitique doit s’appuyer sur des exemples concrets et territorialisés. Des références scientifiques sont valorisées sur ce sujet (citations, références bibliographiques).

Remarques de correction

Les membres du jury relèvent de très bonnes copies dont les qualités reposent généralement sur la bonne compréhension du sujet, la pertinence de la réflexion et de la démonstration, la précision de l’argumentation, la structure du plan, la clarté de l’expression. Ces copies ont questionné avec précision et pertinence la place de la Chine en Asie orientale, les outils de sa puissance, les espaces où elle s’exerce, les limites en rédigeant un raisonnement clair, étayé par des données précises et bien présentées. Malgré une formulation simple et limpide, le sujet pose un certain nombre de difficultés à une majorité de candidats. Il ne présente aucune difficulté de compréhension et d’interprétation du libellé. Il est donc souhaité de sélectionner avec rigueur quelques axes de réflexion pour construire un plan démonstratif. Les différents documents proposent aux candidats de bien saisir toutes les approches essentielles du sujet.

Sur le fond, il est recommandé de traiter les stratégies de domination, l’analyse du rôle de la Chine dans les situations de rivalités de pouvoirs (la péninsule coréenne, Taïwan, le Vietnam, la Mer de Chine méridionale, le rapport de force avec les Etats-Unis et ses alliés), les stratégies économiques et financières. Les copies qui posent des questions pertinentes sur la montée en puissance régionale de la Chine et qui savent mettre en perspective les connaissances liées directement au sujet avec une approche spatialisée sont valorisés.

Dans l’introduction, il pouvait être rappelé que la Chine est considérée comme une grande puissance sur le plan économique en Asie orientale. Or la notion de puissance suppose des capacités établies dans tous les domaines étatiques, y compris sur le plan militaire ou sur celui du géo spatial par exemple. Quelle stratégie de domination et de contrôle territorial est mise en œuvre par la Chine en Asie orientale ?

L’articulation du plan pouvait mettre en évidence :

1) Les fondements de la puissance chinoise en Asie orientale (le retour annoncé de la puissance chinoise, ses bases économiques, les autres fondements en construction comme la modernisation de l’appareil militaire et les capacités croissantes d’influence au sens stratégique, politique et socio-culturel du terme).

2) Le rayonnement de la Chine en Asie orientale (un acteur diplomatique incontournable, les relations complexes avec les États-Unis et le partenariat stratégique sino-russe, la stratégie de conquête territoriale par l’occupation de zones maritimes et le déni d’accès (Spratleys et Paracels) comme la défense d’une vision du monde multipolaire face aux Etats-Unis.

3) Les limites de la puissance chinoise (les faiblesses internes, les risques liés à la sécurité régionale, l’image de la Chine éloignée de la « politique de bon voisinage » et de la « diplomatie harmonieuse » prônée par l’Etat chinois).

Un autre type de plan attendu par le jury pouvait mettre en évidence :

1) Une tentative hégémonique qui se mesure selon son rôle et ses initiatives économiques, sa volonté d’apparaître comme un acteur stratégique, sa politique de stabilisation.

2) la puissance chinoise en Asie orientale selon la mise en œuvre d’un système sino-centré spécifique, la défense des intérêts vitaux (Taiwan, sphère d’influence, etc.), la mise en œuvre d’une Pax sinica.

3) l’accentuation des rivalités de pouvoirs conduisant à des situations conflictuelles selon la course à l’armement, les zones de frictions, les limites de l’ambition hégémonique chinoise.

Les membres du jury ont apprécié les copies proposant de varier les points de vue dans les échelles de temps comme d’espaces, la place et le poids de l’histoire comme de la géographie dans les stratégies de puissance de la Chine. Il a tenu compte d’arguments permettant de répondre au sujet : la place de la Chine dans le processus de régionalisation de la zone, le rôle de sa diaspora et de ses entreprises, son influence dans l’éclatement des chaînes de valeur, l’ajustement de sa croissance et ses conséquences en Asie orientale, le circuit intégré asiatique, les rivalités de pouvoirs comme le statut de Taïwan et l’évolution de la Corée du Nord, les dynamiques récentes comme le rapprochement avec la Russie ou les incertitudes de la « guerre commerciales » en cours entre la Chine et les Etats-Unis.

Un certain nombre de déficiences sont apparues dans les copies. Les observations des correcteurs soulignent des introductions maladroites, avec des accroches inappropriées (destitution d’Akihito), un délayage sur la puissance en général, l’oubli fréquent de qualifier l’Asie orientale. La problématique est souvent trop étroite, inadaptée, fondée sur des a priori inexacts, traduisant une mauvaise compréhension du sujet, notamment sur la notion de puissance : « quels sont les rapports entre la Chine et les pays d’Asie orientale ? En quoi la Chine déstabilise-t-elle la zone ? En quoi la Chine favorise-t-elle l’intégration de l’Asie orientale dans la mondialisation ? La puissance chinoise en Asie Orientale est-elle bienveillante ou malveillante ? »

Le sujet n’a pas été traité correctement par une majorité de candidats qui tente de dissimuler la faiblesse de leurs connaissances sur la notion de puissance, sur l’Asie orientale, parfois sur la Chine. La puissance chinoise en Asie orientale est trop souvent entendue comme la puissance chinoise en Asie ou à l’échelle mondiale. Certaines copies accordent trop d’importance au Japon, à la construction d’un impérialisme chinois de l’Antiquité à 1976 (en deux pages), parfois à des zones périphériques et plus lointaines (Tibet, Inde, Afrique). Dans l’ensemble, les étudiants ont tous des connaissances générales sur la puissance chinoise, beaucoup moins sur les stratégies de puissance de la Chine en Asie orientale. Les conclusions sont rarement des synthèses répondant à la problématique. 

Les membres du jury relèvent l’utilisation parfois abusive de notions vues en classe (Hard Power et Soft Power de J. Nye, vol d’oies sauvages de Kaname Akamatsu), de concepts ou d’explications mal maîtrisés (DIPP, NDIT, logiques d’agglomération d’activités de Paul Krugman dont l’intérêt pour la compréhension du sujet est discutable par exemple). La nature des plans proposés soulève aussi plusieurs critiques. Le plan thématique (politique, militaire, économique) est apparu peu démonstratif. Le plan thèse (la puissance chinoise), antithèse (les limites), synthèse (la montée en puissance dans la région), qui est souvent employé, se révèle difficile avec une argumentation déséquilibrée. Le plan chronologique (trois périodes) conduit également à un traitement peu géopolitique, voire à un hors-sujet.

Certains devoirs accordent trop d’importance à la dimension historique dans une première partie, présentant parfois des contresens comme « Mao et Deng étaient isolationnistes ». Il est souhaitable de dégager quelques dates clés qui donnent de la profondeur à l’expression de la puissance chinoise aujourd’hui, notamment les traités inégaux du XIXe siècle, la présence japonaise dans les années 1930, la guerre de Corée, la crise de 1997 qui a favorisé l’ancrage de la Chine dans la régionalisation de la zone. La compréhension des rivalités de pouvoirs est apparue incomplète, se limitant à l’opposition entre les Etats-Unis et la Chine ou entre la Chine et le Japon. L’analyse des enjeux géopolitiques en mer de Chine méridionale introduit des considérations réductrices comme la mention de la représentation géopolitique chinoise dite de la « langue de bœuf » sans évoquer les stratégies de déni d’accès des zones maritimes par la flotte chinoise tout en passant sous silence la mer de Chine orientale.

Des contresens ou des raccourcis malheureux sont souvent apparus comme la mise en place par Xi Jinping de la stratégie du « collier de perles » pour réaliser la nouvelle route de la Soie, la mise en œuvre de la « langue de buffle » (au lieu de la « langue de bœuf »), l’annexion de la Mandchourie et du Mandchoukouo par la Chine au Japon, l’état de siège de la Chine par les Etats-Unis, la Chine devenue l’empire du soleil levant, etc.

Sur le plan méthodologique, les aspects fondamentaux ne sont pas suffisamment assimilés : une problématique claire en introduction, un plan équilibré, un sens démonstratif de l’argumentation. Certaines introductions ne définissent pas les termes du sujet ni la zone géographique ou n’ont pas de problématique à suggérer. Le jury relève la faible qualité de certaines copies concernant l’orthographe, la ponctuation et la syntaxe.

Conseils aux futurs candidats

Les correcteurs du jury renouvellent les conseils donnés les années passées aux futurs candidats. Il est recommandé de s’exercer aux techniques méthodologiques avec régularité. Il convient aussi de maîtriser les connaissances sur l’ensemble des modules et de ne pas faire l’impasse sur certaines questions importantes du programme. Les sujets à dimension géopolitique s’appuient sur une profondeur historique dont les fondements apparaissent traités au cours des deux années de la classe préparatoire.

La qualité de travail du candidat est évaluée à sa capacité à conduire une réflexion sur un sujet donné. Le traitement d’un sujet révèle la maîtrise d’un raisonnement en histoire, géographie et géopolitique, la capacité critique qui apparaît dans l’organisation du plan, la précision de l’argumentation (comme la datation et la localisation des faits cités), la qualité de l’esprit de synthèse qui permet de retenir les connaissances indispensables au traitement du sujet (en évitant de réciter des connaissances acquises en cours en dehors du sujet). Il est recommandé de renforcer les connaissances académiques par des lectures extérieures comme la presse ou certains essais.

Un soin tout particulier doit être apporté à l’organisation de l’introduction. La première partie de l’introduction sert à formuler l’intitulé du sujet et à amener l’attention du lecteur à la problématique de votre devoir. Elle doit démontrer que vous avez compris le sens du sujet.

Elle se compose de plusieurs ensembles qui s’enchaînent graduellement : une présentation très brève du contexte du sujet en délimitant son cadre spatial et temporel ; la définition des termes essentiels du sujet qui s’effectue avec nuance et réflexion car de votre capacité à définir justement les termes clefs dépend la pertinence de votre problématique ; le sens général du sujet de sorte que l’annonce de votre problématique soit préparée par cette première partie de l’introduction. Cette première partie est suivie de la problématique. Problématiser signifie soulever un problème. Il faut susciter un intérêt en posant la vraie question. Elle se présente par une seule interrogation qui constitue le point de départ de votre réflexion. Tout votre plan doit ensuite tendre à y répondre. C’est pourquoi une introduction sans problématique pertinente conduit généralement du moins à un hors-sujet sinon à un devoir où les connaissances sont platement récitées. Votre plan doit donc être démonstratif et construit autour d’un problème. Il doit être dynamique et aller vers une idée claire : disserter, c’est démontrer. Toute introduction se termine par l’annonce du plan. Il s’agit d’exposer le fil directeur de votre plan dont la finalité est de structurer votre pensée. Cette dernière partie de l’introduction constitue la colonne vertébrale de votre devoir. 

Elle doit démontrer que votre argumentation répond rigoureusement à la problématique.

Il est recommandé, enfin, de suivre plusieurs conseils fondamentaux de l’organisation du devoir qui apparaissent trop souvent déficients dans les copies.

Le premier est celui de l’équilibre des parties. Votre dissertation doit représenter un ensemble cohérent et logique. La longueur de votre devoir participe de cet effort visant à présenter un tout harmonieux, agréable à l’esprit. Attention à l’équilibre de vos parties : un plan déséquilibré (début hypertrophié, fin rachitique) est le symptôme d’un mauvais plan, donc d’une mauvaise démarche. Un plan en trois parties se compose généralement de trois sous-parties dans chacune d’entre elles ; un plan en deux parties (chacune en deux sous parties).

Le second renvoie à la gestion de votre temps de travail. La règle d’équilibre de vos parties dépend étroitement de la qualité de vos connaissances et de votre réflexion, mais aussi de votre capacité à vous organiser en temps limité. Il est généralement envisagé de prévoir un premier temps de réflexion (plan détaillé au brouillon) et un temps de rédaction au brouillon de l’introduction. Il convient ensuite d’engager un temps de rédaction du développement effectuée directement sur votre copie. Enfin, vous devez réserver un temps de rédaction de la conclusion et de relecture de votre devoir.

Le troisième porte sur les passages de transition qui sont parfois négligés dans les copies. Chaque partie se termine par un paragraphe de transition de quelques lignes dont l’objet est de vous permettre de constituer le devoir, en douceur. Il n’est en rien un résumé de ce qui précède, mais une manière d’enchaîner le raisonnement avec la partie suivante. Afin de rendre cette rédaction harmonieuse, il convient « d’aérer » votre devoir pour le rendre plus lisible : sauter une ligne entre chaque partie, aller à la ligne entre chaque sous-partie. 

Flore Deghaye