Vue du Machu Picchu au Pérou, symbole du tourisme international et du patrimoine mondial.

Le tourisme international joue en 2025 un rôle géopolitique et économique majeur, en dépit des tensions mondiales et des crises récentes. Découvrez comment ce secteur représentant 10 % du PIB mondial (WTTC, début 2025) s’impose comme un enjeu central de la mondialisation contemporaine. Selon l’OMT (organisation mondiale du tourisme), les arrivées de touristes ont grimpé de 5 % au premier trimestre, avec plus de 300 millions de voyageurs. Cette démonstration de force du secteur touristique prouve que le Covid-19 est loin d’avoir stoppé les déplacements des populations. Le secteur génère des recettes record (2,1 trillions de dollars en 2025) et soutient 371 millions d’emplois dans le monde. Le tourisme international est donc devenu une industrie économique non seulement puissante mais aussi et surtout essentielle.

Le tourisme international : une définition

Ce phénomène se définit par le déplacement de personnes vers des lieux situés en dehors de leur environnement à des fins récréatives. La durée du séjour est variable mais elle est toujours comprise entre une nuit et trois mois (au-delà on parle de migration).

Le mot tourisme vient de l’expression tirée de l’anglais « le Grand Tour » qu’effectuaient les jeunes bourgeois britanniques en Europe à titre initiatique. Le tourisme qualifiait donc une activité réservée à une élite. Cette activité s’est depuis démocratisée.

Le tourisme international, un secteur en pleine expansion

Le secteur touristique : vecteur de croissance et d’emplois

La crise du coronavirus a été un réel frein au tourisme international. En 2020, le tourisme a chuté à 400 millions. Néanmoins, depuis que la situation s’est apaisée, la croissance du tourisme reprend un rythme classique de 4 %. Le bilan de 2021 se chiffrait déjà à 415 millions de touristes. La reprise après Covid a donc été presque immédiate.

Le tourisme représente 10,3 % du PIB mondial, 7 % du commerce international et 30 % des exportations de services, selon l’OMT. Un emploi sur 11 dans le monde provient du tourisme, si l’on tient compte des emplois directs, indirects et induits : 371 millions de personnes étaient employées par le secteur en 2025, et ce chiffre devrait s’élever à 420 millions d’ici 2030. Le tourisme contribue grandement à la création d’emplois, en particulier pour les femmes, les jeunes et les travailleurs migrants, les communautés rurales et les populations autochtones, et a de nombreux liens avec d’autres secteurs (transport, bâtiment, télécommunications…).

Par conséquent, le tourisme international peut participer à la réduction de la pauvreté et à la promotion du développement socioéconomique. A titre d’exemple, le Cap Vert est sorti de la liste des pays les moins avancés (PMA) en 2007 grâce à la croissance de son secteur touristique.

Le tourisme est un moyen économique de se développer et de s’intégrer à la mondialisation. Ainsi, de nombreux États mettent en place des politiques pour s’approprier la manne touristique.

Le tourisme international est dominé par des pôles émetteurs majeurs

L’extension de l’espace touristique, symbolisée par l’ouverture de territoires longtemps retranchés comme la Chine continentale, la péninsule indochinoise ou encore l’Afrique australe, ne signifie pas pour autant un bouleversement de la hiérarchie mondiale.

Certes, on observe une progression du tourisme international dans certains pays en développement (Chine, Turquie, Russie, Arabie Saoudite etc.) qui ont les plus forts taux de croissance. Mais cela ne signifie pas que les pays développés voient leur nombre de touristes en valeur absolue diminuer.

Néanmoins, de nouvelles destinations touristiques émergent

Les destinations se diversifient. Ainsi, les cinq premiers pays qui accueillent le plus de touristes faisaient 70 % du tourisme mondial en 1950 et 28 % en 2024. Pourquoi ? Il faut prendre en compte les avantages comparatifs en termes de coûts des pays en développement. Par exemple : les services moins chers, les cadres naturels et culturels intéressants, la richesse du patrimoine (exemple : les pyramides de Gizeh), le dépaysement, les manifestations festives (carnaval de Rio, Jeux Olympiques avec la Chine en 2008 et le Brésil en 2016, Coupe du monde de football en Afrique du Sud et au Brésil), les activités spécifiques (randonnées dans le désert, pèlerinage à la Mecque).

Foule de pèlerins autour de la Kaaba dans la Grande Mosquée de La Mecque durant la nuit.
Pèlerins réunis autour de la Kaaba, au cœur de la Grande Mosquée de La Mecque.

Mais, à l’exception de la percée chinoise et plus largement de la progression des marchés asiatiques, les grands équilibres demeurent. Les pays les plus anciennement touristiques restent au cœur de la dynamique. Ils sont les principaux pays récepteurs et naturellement les principales puissances émettrices. Ainsi, en 2024, l’Europe reste la région du monde la plus visitée. L’Europe a accueilli 747 millions de touristes internationaux, soit +1 % par rapport à 2019 et +5 % par rapport à 2023.

En 2024, la France a accueilli 100 millions de visiteurs internationaux, affirmant sa place de première destination mondiale. Ce succès repose sur son patrimoine historique (effet de levier lié aux JO), culturel et artistique exceptionnel.

Top 5 des villes les plus visitées en 2024 :

Ville Pays Nombre de visiteurs en 2024
Bangkok Thaïlande 32,4 M
Istanbul Turquie 23 M
Londres Royaume Uni 21,7 M
Hong Kong Chine 20,5 M
La Mecque Arabie Saoudite 19,3 M

Géopolitique du tourisme français

 

Les nouvelles dynamiques du tourisme dans le monde : le tourisme « domestique »

Le tourisme domestique est le tourisme intérieur. L’Inde, le Vietnam, l’Indonésie, ou surtout la Chine abritent des millions de touristes intérieurs dont le nombre est largement supérieur à celui des touristes internationaux dans chacun de ces pays. La métamorphose économique de la Chine notamment, son rang nouveau dans la mondialisation, place ce pays sous les regards d’observateurs qui ne peuvent maintenant manquer de constater l’importance du tourisme intérieur chinois.

On pourrait aussi inclure dans cette catégorie le tourisme post-migratoire (migrant qui retourne dans son pays pour les vacances) ou celui des diasporas : il s’agit là d’un « tourisme de racine ». L’Européen aussi aime faire du tourisme chez lui. En France, les touristes sont originaires en priorité de l’Europe, ensuite viennent les États-Unis puis les pays asiatiques et la Russie.

Le tourisme international, reflet des transformations de notre monde

La démocratisation du tourisme

De 1950 à 1980, le tourisme connaît une forte croissance et se démocratise progressivement dans les économies développées. Le phénomène illustre le fameux « ruissellement le long de la pyramide sociale » décrit par M. Boyer. L’augmentation des revenus s’accompagne de nouvelles dispositions sociales favorisant le repos des travailleurs et le droit aux vacances, comme les 35 heures en France.

Le tourisme est également le premier bénéficiaire de la « moyennisation » du monde. En 2025, les classes moyennes représentent environ un tiers de la population mondiale. En une génération, 3 milliards de personnes sont sorties de la pauvreté. Les classes moyennes chinoises ont même dépassé celles des États-Unis depuis 2015. L’accès aux transports low cost, avec des compagnies comme EasyJet ou Ryanair, a accéléré ce mouvement. Le tourisme international est ainsi passé d’une activité élitiste à une pratique largement démocratisée et mondialisée.

Les principaux types de tourisme

Un aperçu des formes de tourisme et de leurs spécificités.

Type Caractéristiques Exemples
Tourisme international Voyages entre pays, loisirs ou affaires. France, Espagne, Thaïlande
Tourisme domestique Déplacements à l’intérieur du même pays. Chine, États-Unis, Inde
Écotourisme Nature, faible impact, sensibilisation. Costa Rica, Galápagos
Tourisme de masse Forte concentration de visiteurs. Venise, Cancún
Tourisme expérientiel Immersion et participation locale. Woofing, séjours communautaires

 

Le tourisme est facilité par la mondialisation

La mondialisation a donné les moyens au tourisme de se développer :

  • Ouverture des frontières donc plus de facilité pour voyager.
  • Développement des moyens transports comme la voiture, le train, et surtout l’avion (grands aéroports internationaux). Le transport aérien représente un vecteur majeur de l’accessibilité mondiale.
  • Développement des moyens de communication à l’image d’internet (sites de réservation comme Booking, ou de location comme Airbnb).

 

Le tourisme joue ainsi un puissant rôle d’intégration des lieux et des espaces touristiques dans le système monde.

Différentes sortes de tourisme international

Le tourisme de luxe

Avec des vacanciers qui recherchent des expériences uniques et exclusives. On peut évoquer un parallèle avec les « gated communities » où seuls se regroupent des individus très aisés financièrement.

Le tourisme vert ou tourisme durable

La Charte du Tourisme Durable définit ce tourisme comme écologiquement supportable et économiquement viable, avec un cadre éthique et social. Il doit respecter les équilibres naturels, considérer ses effets induits et promouvoir la solidarité et le respect mutuel. Les bénéfices doivent améliorer la qualité de vie des populations locales, enrichir le patrimoine culturel et être partagés équitablement.

Il existe pour cela 2 possibilités :

  • L’écotourisme qui, selon l’UICN, se définit comme : « voyage responsable sur le plan environnemental et visite de milieux naturels relativement peu perturbés dans le but d’apprécier la nature – ainsi que toute manifestation culturelle passée ou présente observable depuis ces milieux ». Le Costa Rica a fait, dans les années 1980, de l’écotourisme une stratégie de développement. Le pays est devenu un succès économique, social et environnemental dans le domaine du tourisme : 30% du territoire est préservé (parcs naturels, réserves).  Le tourisme est le premier poste économique du pays, 40% des revenus du tourisme vont à des entreprises locales. On peut également mentionner l’existence d’un système de labellisation avec le label « Costa Rica, no artificial ingredients ».

 

  • Le tourisme équitable et solidaire  qui se définit comme « les formes de tourisme qui mettent au centre du voyage l’homme et la rencontre ». Pour illustrer cela, on peut mentionner le slum tourisme qui consiste à visiter des bidonvilles pour découvrir la  réalité sociale des pays pauvres. De même de plus en plus de vacanciers profitent de leur temps libre pour pratiquer le woofing : en échange de services maraîcher, ils peuvent bénéficier de gîte et couverts. C’est l’occasion de découvrir plus en détail la vie quotidienne des agriculteurs et éleveurs du pays visité.

 

 

Le tourisme international reste fragilisé par de nombreux aléas

Le tourisme mondial soumis à de multiples risques

  • Craintes liées à la sécurité : attaques terroristes, problèmes géopolitiques, mouvements sociaux

Les illusions et les désillusions d’un espace touristique mondial sans frontières, des événements dramatiques (attentats visant spécifiquement des touristes à Bali ou à Charm el-Cheikh, accidents aériens, etc.) ont rappelé aux touristes toute la complexité d’un monde où les guerres n’ont jamais cessé. Le touriste, autrefois considéré « neutre », devient une cible potentielle et vulnérable.

La France, notamment à Paris, le tourisme a chuté après les attentats de 2015 et 2016. Quelques nouvelles destinations qui semblent réunir les conditions de sécurité nécessaires pour un bon séjour touristique s’agrègent au marché mondial. Il convient de noter que les voyageurs tiennent de plus en plus compte des recommandations des ambassades avant de choisir leur destination. C’est ainsi que d’autres destinations, plus incertaines, attirent de moins en moins (par exemple l’Afrique du Nord).

 


Le tourisme mondial en berne

 

  • Risques sanitaires et les aléas naturels

Sanitaires : Par exemple, le virus « Zika » qui sévit sur le continent américain depuis 2015, notamment au Brésil ou « Ebola » qui, la même année, s’est largement répandu dans l’Ouest de l’Afrique.

Naturels : Le nombre de touristes en Indonésie a plongé au second semestre 2018 sous l’effet cumulé des séismes de Lombok, d’un séisme suivi d’un tsunami meurtrier aux Célèbes et du crash d’un vol de Lion Air entre Jakarta et Pangkal Pingang qui a fait 189 morts.

 

  • Fluctuation des monnaies

En 2016, recul de 2 % du tourisme en Suisse, à cause du renforcement du franc suisse par rapport à l’euro. Les touristes de la zone euro se sont alors reportés sur des pays aux monnaies plus faibles que la leur et l’Islande a tiré profit de cette situation.

 

Le tourisme mondial marqué par une dualité d’effets

D’une part, il est créateur d’emplois et de richesses et contribue au bien-être et à la cohésion sociale, mais d’autre part, s’il est mal maîtrisé, il peut menacer les équilibres socio-économiques et environnementaux. La mondialisation est susceptible de favoriser ces effets négatifs.

  • L’OIT appuie la promotion d’un tourisme international plus durable et plus socialement responsable et le travail décent. Si le tourisme ne respecte pas les cultures locales, s’il n’est pas contrôlé, viable, ni responsable sur le plan social, il peut avoir un impact négatif sur les populations locales. Ainsi, Jean Mistler, un écrivain français, définissait cruellement le tourisme comme « une industrie qui consiste à transporter des gens qui seraient mieux chez eux dans des endroits qui seraient mieux sans eux »? Le tourisme peut provoquer des altérations culturelles et des chocs déstabilisants. Par exemple, aux Émirats arabes unis, certaines tenues légères sont critiquées. On observe aussi une marchandisation des cultures locales, ce que Sylvie Brunel appelle la « planète disneylandisée ». Le patrimoine peut aussi souffrir : surfréquentation, déchets sur les sites naturels… On peut citer Cancun au Mexique ou La Grande Motte dans le sud de la France.
  • Des choix parfois délicats : Certains pays, de peur de voir les touristes fuir pour d’autres pays choisissent d’investir massivement dans les infrastructures hôtelières. En effet, souvent au détriment des autres secteurs. Notamment en cas de pénurie d’eau, les gouvernements doivent choisir entre privilégier le tourisme ou l’agriculture.
  • Émergence d’une concurrence pour les terres (ostréiculteurs menacés par l’augmentation du bétonnage), des dérives aussi (graffitis sur les temples d’Angkor au Cambodge, déplacement de 14 millions d’Africains au XXème siècle pour créer des parcs naturels).

 

L’évolution des destinations du tourisme international

N’importe quel lieu ne peut pas être touristique. Par exemple la Corée du Nord qui pourtant vante ses plages, ne peut être attractive sur le plan touristique, comme l’ensemble des pays dirigés par des régimes dictatoriaux.

Les flux touristiques s’adaptent continuellement au gré des crises et se redéploient lorsque les conditions deviennent propices. Dans les années 1990, les côtes dalmates étaient infréquentables et la cité de Dubrovnik perdue pour le tourisme international. Depuis les années 2008-2009, c’est le jeune État du Monténégro qui entend s’installer dans le paysage méditerranéen.

À cause des aléas, les destinations touristiques restent fragiles. Par exemple, Djerba (Tunisie), dédiée au tourisme, voit ses hôtels désertés. Sur le Nil, certains paquebots de croisière diminuent leurs escales…

Si d’une manière générale le tourisme est en constante évolution, il est « volatile » c’est-à-dire que les destinations changent en fonction des événements.

Ainsi, les populations locales au gré des circonstances (terrorisme, tsunamis…) qui ont tout misé sur le tourisme se retrouvent du jour au lendemain démunies. Le tourisme, initialement perçu comme un moteur de réduction de la pauvreté, peut alors inverser la tendance. En effet, un évènement peut brusquement aggraver la précarité.

Conclusion

Selon Taleb Rifai, le Secrétaire général de l’OMT entre 2010 et 2017 :

Le tourisme a fait preuve d’une force et d’une résilience extraordinaires ces dernières années malgré les nombreux défis auxquels il a été confronté, notamment en matière de protection et de sécurité. Le tourisme international continue de se déployer vigoureusement et de contribuer à la création d’emplois mais aussi au bien-être des communautés dans le monde entier.

Ainsi si la mondialisation marque le pas dans bien des domaines, le tourisme fait en effet exception tant il est florissant. Cette mondialisation pacifique serait-elle le dernier lieu de la mondialisation heureuse ? Le monde se restreint avec l’insécurité et le terrorisme ? Le tourisme, lui, montre le contraire. Il prouve que la planète forme un tout et qu’il est possible de se déplacer librement. On part pour revenir, découvrir des lieux inconnus, simplement pour le plaisir.

 

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