The myth of British and American exceptionalism The myth of British and American exceptionalism
Peu d’articles d’anglais de Major-Prépa commencent par un titre… en anglais. Cette originalité tient au fait que la traduction littérale de « exceptionalism »... The myth of British and American exceptionalism

Peu d’articles d’anglais de Major-Prépa commencent par un titre… en anglais. Cette originalité tient au fait que la traduction littérale de « exceptionalism » n’aurait en français que peu de sens. En fait, ce qu’il faut comprendre est que cela fait belle lurette qu’Anglais et Américains ont chacun monté un mythe sur le fait qu’ils ne sont pas exactement comme les autres pays, preuves et spécificités à l’appui. Mais qu’en est-il vraiment ?

 

Les USA, un pays pas comme les autres ?

La « manifest destiny » américaine

En ce qui concerne les États-Unis, une seule expression est à retenir pour pouvoir correctement parler de l’American exceptionalism : l’expression Manifest Destiny. Apparue pour la première fois en 1845 dans un article du journaliste new-yorkais John O’Sullivan, paru dans le United States Magazine and Democratic Review, cette expression permettait d’exhorter les États-Unis à annexer la République du Texas. La Manifest Destiny des États-Unis serait de repeupler le continent américain et d’y implanter leurs institutions, parce qu’elles seraient supérieures à celles venues d’Europe. Elle s’accomplit essentiellement durant les années 1840, qui furent une période de croissance territoriale extraordinaire pour les États-Unis. Néanmoins, cette sorte de messianisme marqua profondément la politique américaine et se retrouva à la base des justifications de l’ingérence, voire de l’impérialisme américain, en Amérique latine et dans le Pacifique au XVIIIe siècle et même au-delà. En fait, les USA auraient pour mission de propager liberté et démocratie dans le monde, et ils y tiennent beaucoup !

Ce qui est aussi intéressant, c’est que ce mythe de Manifest Destiny s’est aussi beaucoup construit face à la Grande-Bretagne, l’ancien pays colonisateur, atteinte elle aussi du même syndrome. Nous reviendrons dessus plus tard.

Un auteur intéressant à citer à ce propos pourrait être Tocqueville, qui très tôt avait remarqué que l’idée de nation aux USA était différente car basée non pas sur une histoire commune (les USA ne sont nés qu’en 1776…) mais bien sur des croyances communes (avec en particulier cette Manifest Destiny, dont le caractère religieux est facilement explicable par la place que joue la religion chrétienne dans les coutumes américaines). Ci-dessous, une représentation artistique du concept de Manifest Destiny :

 

Sport et exceptionalism

Pour illustrer cette idée d’exceptionalism rien de mieux que le sport. Alors que le Super Bowl vient de se dérouler, cet évènement, phare de l’autre côté de l’Atlantique mais très méconnu de l’autre, nous rappelle à quel point le football américain est exclusivement suivi et pratiqué aux USA.

Un autre exemple très pertinent est celui du baseball et de son histoire. En effet, il montre à quel point les Américains ont modifié certains faits historiques pour renforcer leur fierté nationale. La légende voudrait que le baseball ait été inventé par Abner Doubleday en 1839. En réalité, cet homme n’aurait jamais parlé de ce sport, qui comporte quelques racines britanniques, et qui a été propulsé dans les villes américaines pour des raisons commerciales, dans le but de remplacer un cricket britannique jugé trop lent par un sport américain et surtout propre au pays.

Mais intéressons-nous maintenant à l’autre myth of exceptionalism contre lequel s’est beaucoup construit ce désir américain d’être unique, à savoir la singularité britannique, ou british otherness.

 

Les Britanniques, jamais comme les autres ?

Quelle est la place du UK aujourd’hui dans le monde, à l’heure du post-Brexit ?

La Grande-Bretagne est finalement bel et bien sortie de l’Union européenne, ce qui signifie que le pays se retrouve à nouveau isolé sur la scène internationale, que ce soit sur le plan diplomatique, commercial (même si l’accord signé garantit encore un lien sur les échanges de biens) ou stratégique. Face à ce constat, la question se pose : quel rôle le UK doit-il jouer au niveau international ? Le fait d’être membre du club européen et les bonnes relations toujours entretenues avec Washington lui prodiguaient un rôle central de lien entre ces deux pôles. Mais maintenant, il est temps de tout remettre en question.

Une première option pourrait déjà être de se recentrer sur les affaires intérieures, alors que seulement 28 % des Britanniques s’opposent au fait que leur pays « devrait arrêter de prétendre qu’il possède un pouvoir important sur le monde ». Ce n’est toutefois pas la ligne choisie par Boris Johnson, qui prône, quant à lui, un plan appelé « Global Britain », qui suggère de ne pas limiter les relations aux seuls pays européens et de s’étendre, notamment vers les anciennes colonies.

Seulement, ce programme est très ambitieux et il semble oublier le fait que la Grande-Bretagne reste une puissance mondiale de premier ordre : membre de l’OTAN, du G7, s’appuyant sur un Commonwealth unique, puissance nucléaire possédant une armée digne de ce nom, membre permanent au Conseil de sécurité de l’ONU… le UK n’est pas à plaindre. Il peut compter également sur un soft power très envié. Son excellence scientifique, confirmée dans la course aux vaccins (avec notamment la production du vaccin Oxford-AstraZeneca), en est un exemple flagrant.

En réalité, le pouvoir extérieur de la Grande-Bretagne va dépendre grandement de ses résultats internes, et notamment économiques, qui ne sont pour le moment pas bons. Le pays devra aussi, pour convaincre, régler ses problèmes de division interne, avec tout particulièrement les dernières aspirations à l’indépendance en Écosse.

 

La singularité britannique et la nostalgie des gloires passées

Si toutes ces questions se posent, c’est qu’il existe bien au sein de la société britannique (en réalité peu dans les nouvelles générations mais dans les autres beaucoup plus) un sentiment de nostalgie par rapport au siècle dernier, où forte de son gigantesque Empire colonial, la Grande-Bretagne rayonnait sur le monde. Mais cet âge d’or est bel et bien révolu, particulièrement depuis l’avènement du géant américain.

Toutefois, il serait pertinent de noter que si le pays se retrouve avec un hard power déclinant, son soft power s’est lui affirmé au fil des années, servant un peu de contrepoids, voire même de refuge, pour ce sentiment nostalgique des gloires passées. De fait, l’industrie du loisir et de la culture (cinéma, littérature, mode, musique…) au UK est impressionnante : les Beatles, James Bond, Harry Potter… les succès sont nombreux pour prouver la florissante créativité britannique, comme si le déclin de l’Empire avait créé une réponse se traduisant en passion pour des œuvres emblématiques de la supériorité du système britannique dans de nombreux domaines.

Cette mentalité comporte tout de même quelques dangers, à tel point que l’expression « I beg to differ », qui résume à merveille cette mentalité britannique, montre bien une certaine obstination dans cette voie parfois dangereuse. La volonté de ne pas faire partie du projet européen, qui ne date pas d’hier (on se souvient du fameux « I want my money back » de Thatcher, essayant de renégocier l’implication du UK dans l’UE), et qui pourrait mener à un isolement problématique pour le pays, en est l’exemple le plus flagrant.

Jean Letellier