Panorama de la violence en Amérique du Sud : une plaie qui date et qui dure Panorama de la violence en Amérique du Sud : une plaie qui date et qui dure
Dans le classement 2013 des 50 villes les plus criminogènes au monde établi par l’UNODC arrivent en tête, avec un taux d’homicide de respectivement 90,4... Panorama de la violence en Amérique du Sud : une plaie qui date et qui dure

Dans le classement 2013 des 50 villes les plus criminogènes au monde établi par l’UNODC arrivent en tête, avec un taux d’homicide de respectivement 90,4 et 69,2  pour 100.000 habitants, la ville de San Pedro (Honduras) suivie par celle du Salvador (El Salvador). À titre de comparaison, le taux d’homicide pour 100.000 habitants de Paris était de 1 et celui des États-Unis était de 4,2. 

L’Amérique Latine n’est pas seulement la région du monde la plus violente, c’est aussi la plus inégalitaire. Ce sont justement ces inégalités mêlées à un narcotrafic méticuleusement organisé qui alimentent la violence et conduisent de plus en plus de Sud-Américains à émigrer dans les pays voisins ou à tenter leur chance plus au nord comme l’illustre la caravane de migrants honduriens en route pour les Etats-Unis.

 

Pourquoi le continent latino-américain est-il en proie à la violence ?

La violence en Amérique latine s’explique par son histoire, sa position géographique et par l’impunité qui caractérise le phénomène. 

L’histoire post-coloniale de l’Amérique latine semble vouée aux coups d’Etats, aux dictatures militaires ou communistes ou à d’autres formes de régimes autoritaires ; rien qui n’évoque un état de droit où les règles de la société civile l’emportent sur la loi du plus fort. Aujourd’hui encore, le Venezuela, Cuba, la Bolivie et le Brésil connaissent une dictature ou un régime autoritaire.

A côté ou en raison de cette situation, depuis le milieu du XXe siècle, des groupes armés se sont constitués en Amérique latine pour imposer leurs idéologies politiques de manière brutale et meurtrière. Nous pouvons citer les FARC en Colombie, (responsables de la mort de plus de 260 000 personnes durant les 52 années de conflit et aussi connus pour l’enlèvement d’Ingrid Betancourt en 2002), l’EPP au Paraguay ou encore le groupe armé Sentier Lumineux au Pérou. Si ces groupes ont su attirer l’attention des grands médias autant pour leurs actions violentes que pour leur démantèlement (En 2016, les autorités colombiennes ont signé un accord de paix avec les FARC), le cœur de la violence en Amérique Latine est aujourd’hui le fait de groupuscules spécialisés dans le trafic de drogues, d’armes et même d’humains.

En effet, de par sa position géographique, l’Amérique latine participe activement à l’acheminement de cocaïne aux Etats-Unis (80% de la cocaïne arrivant aux Etats-Unis transite par l’Amérique Centrale). Ce business lucratif et facile a conduit à la formation de milliers de groupuscules d’hommes violents à travers le continent (les maras, les cartels mexicains, les mafias brésiliennes…) qui ont recours à tous les crimes possibles pour s’imposer face à leurs concurrents (enlèvements, séquestrations, meurtres, corruption…). Face à ces gangs, les forces de l’ordre et les hommes politiques sont souvent impuissants et beaucoup font partie de la dérive en acceptant les pots-de-vin (Enrique Peña Nieto, au Mexique).

 

Quelles sont les conséquences de cette violence ?

L’Amérique Latine est aussi le théâtre de violences conjugales ou sexuelles faites aux femmes depuis leur plus jeune âge. A force de se diffuser dans la rue, la violence touche en plus le cercle conjugal. Dans cette société patriarcale, la femme a du mal à trouver sa place et est contrainte d’accepter d’être la victime de son époux. Selon l’Observatoire des féminicides, en 2016, une femme était tuée par son mari toutes les 30 heures.

La violence a aussi de graves conséquences médicales. Dans les villes les plus assiégées par la violence, les gouvernements préfèrent allouer les ressources à la sécurité plutôt qu’à la santé. Ce choix cause de fréquentes ruptures de stock de fournitures médicales et de médicaments, en particulier au niveau des soins de santé primaires. Dès lors, de nombreuses personnes ne vont plus dans les cliniques locales pour une consultation mais se retrouvent aux urgences des hôpitaux publics, déjà surchargés.

Enfin, la violence et la misère poussent les locaux à quitter leurs terres en quête d’une vie meilleure. Tout d’abord, les flux migratoires intercontinentaux se sont accrus depuis la crise au Venezuela : la Colombie et le Brésil doivent gérer l’arrivée de familles entières qui cherchent à fuir la pauvreté en plus de la violence. Ces arrivées en masse exacerbent les conflits entre locaux et migrants. Début septembre, le Brésil a dû appeler 800 militaires en renfort à la frontière avec le Venezuela.

Si les flux intercontinentaux sont conséquents, beaucoup de familles rêvent encore d’entrer aux Etats-Unis. Début octobre, une caravane a embarqué plus de 7000 Honduriens qui cherchent à s’établir à la frontière sud des Etats-Unis pour fuir la violence au Honduras. Obligés de transiter par le Mexique, Enrique Peña Nieto a lancé un plan d’accueil et d’aide pour ces migrants à condition qu’ils s’installent dans les Etats du Chiapas et de l’Oaxaca. Ce plan fut refusé et la caravane continue son chemin malgré le refus catégorique de Trump. 

 

Quelles actions concrètes ont-elles été réalisées ?

Si de nombreuses actions citoyennes ont vu le jour, les hommes politiques peinent encore à trouver une solution à ce problème endémique. En réponse, les citoyens préfèrent élire des dirigeants ouvertement xénophobes et anti-immigration. Pour dénoncer la violence faite aux femmes, les candidates au concours Miss Pérou 2018 ont dévoilé au monde entier des chiffres illustrant ces violences plutôt que leurs mensurations au moment de se présenter. En 2018, un hashtag #NiUnaMenos (Pas une de moins) a ressurgi sur les réseaux sociaux. Créé en 2015 en Argentine, il avait pour but de dénoncer les violences machistes. 

En politique, le nouveau président élu Andrès Manuel Lopez Obrador dont le mandat débute en décembre a lancé un dialogue national le 7 août 2018 au Mexique pour débattre avec les habitants de ses propositions de lutte contre le narcotrafic : la légalisation des drogues et l’amnistie pour les petits narcotrafiquants. Au Brésil, les citoyens excédés par la corruption et l’insécurité viennent de porter au pouvoir ce 28 octobre 2018 Jair Bolsorano, un candidat d’extrême droite surnommé le “Trump topical” nostalgique de la dictature militaire qui a gouverné le pays de 1964 à 1985. 

Chiffres à retenir : 

  • Taux d’homicides pour 100 000 habitants en 2013 :

Au Honduras : 90,4

Au Salvador : 69,2

Aux Etats-Unis : 4,2 

  • Nombre de morts à cause des FARC : 260 000.
  • 80% de la cocaïne arrivant aux Etats-Unis transite par l’Amérique Centrale.
  • Selon l’Observatoire des féminicides, en 2016, une femme était tuée par son mari toutes les 30 heures en Amérique Latine.

Vocabulaire : 

  • Le taux d’homicide : la tasa de homicidios
  • Une caravane remplie de migrants se dirige vers la frontière entre le Mexique et les Etats-Unis : una caravana llena de migrantes se dirige hacia la frontera entre Mexico y los Estados Unidos. 
  • Fuir la misère et la violence de leur pays : huir de la misera y de la violencia de su país
  • la xénophobie : la xenofobia 
  • Jair Bolsonaro fut élu président du Brésil dimanche dernier avec un score de 55,1% : Jair Bolsonaro fue elegido presidente de Brazil ese domingo con un 55,1% de los votos. 

Noa Aknin