Platon (2) – Le corps, un signe du beau, un moyen de la vérité Platon (2) – Le corps, un signe du beau, un moyen de la vérité
Introduction à la série de trois articles sur Platon  Quel est le but de la philosophie pour Platon ? Selon lui, elle sert à... Platon (2) – Le corps, un signe du beau, un moyen de la vérité

Introduction à la série de trois articles sur Platon 

  • Quel est le but de la philosophie pour Platon ? Selon lui, elle sert à atteindre le bien, et doit nous permettre de nous détacher de notre corps (c’est-à-dire d’accepter la mort, voire de la désirer). Pourquoi se détacher de notre corps ? Notre corps empêche l’âme d’entretenir une relation avec les Idées éternelles, condition nécessaire pour atteindre le Bien. C’est le sens de cette célèbre formule, préconisée par Platon, où il affirme qu’il ne faut « s’occup[er] de rien d’autre que de mourir et d’être mort » [Phédon, 64a (trad. M. Dixsaut, Paris, Flammarion, 1991)]
  • A partir de cette définition de la philosophie, on pourrait aisément conclure que Platon est un ennemi mortel du corps, qu’il le condamne fermement.
  • Détrompez-vous ! La position de Platon à l’égard du corps est plus subtile qu’une pure et simple condamnation. Si dans le Cratyle, il définit le corps comme le « tombeau de l’âme », à d’autres passages il le désigne comme le « signe » et le « garde » de l’âme.  Dans le Timée, célèbre ouvrage de cosmogonie (c’est-à-dire qu’il retrace l’origine du monde), il explique que le démiurge qui a créé le corps l’a fait à partir d’une matière anomique (sans loi) et impure mais qu’il a été créé pour l’âme et en fonction d’elle. Il est donc difficile de conclure que Platon condamne le corps en lui-même ; toutefois, nous verrons que c’est un certain usage du corps qui est condamné et que Platon valorise un rapport au corps qui permet de remplir ses fonctions initiales.

 

I) Un intermédiaire nécessaire entre sensible et intelligible

  • Comme nous l’avons vu dans le précédent article, Platon condamne le corps car celui-ci empêche l’âme d’atteindre les Idées, le savoir. Or, il serait réducteur de dire que Platon se borne à condamner le corps : en effet, dans le Cratyle, selon lui, le corps est « le signe de l’âme » et dans le Banquet, il explique que l’amour des beaux corps est un préalable à l’amour des Idées.
  • L’idée phare de Platon est que le corps peut inviter l’âme à la réflexion. Dans le Livre VII de la Republique, Platon explique que les perceptions sensibles peuvent être contradictoires. C’est pourquoi il faut réfléchir et rechercher la vérité, ce qui nous dirige vers les Idées.
  • Pour illustrer cette thèse, Platon prend l’exemple des illusions d’optique, où le grand et le petit peuvent être « comme quelque chose qui est confondu« , ce qui rend l’âme « perplexe ». Puisque la vue pose une difficulté, c’est-à-dire que le sensible peut nous tromper, l’âme doit résoudre ce problème par l’intelligible pour déceler l’essence des choses : l’essence du « petit » et l’essence du « grand ».

 

II) Les expériences sensibles, une occasion de penser

  • Le sensible est la première étape vers l’intelligible : sans stimulation matérielle, l’âme n’a aucune raison de penser des problèmes philosophiques. C’est depuis le monde sensible, le lieu où nous nous trouvons, que l’âme peut penser : la pensée ex nihilo n’est pas possible selon Platon. Le corps est condition de la pensée, il nous permet non seulement de vivre dans le monde matériel, mais également de penser et ainsi de nous approcher du monde intelligible. Ceci n’est pas contradictoire avec le fait que le corps constitue une limite pour l’âme : afin de saisir cette occasion pour penser, il faut entraîner l’âme à réfléchir à partir du matériel. Si notre corps empêche l’âme de s’élever vers le monde des Idées, il est la condition pour atteindre cet Idéal : le beau, le vrai et le bien.

 

III) L’amour du corps, une initiation à la contemplation des Idées

  • Dans son ouvrage, intitulé Phèdre, Platon raconte le mythe de Phèdre. Il y explique que la contemplation de la beauté, dans notre monde sensible, entraîne phénomène de réminiscence : l’âme se souvient de l’Idée de Beauté qu’elle contemplait dans le monde intelligible. Dans le monde des Idées, l’idée de beauté était celle qui se manifestait « avec le plus d’éclat » et qui suscitait le plus d’amour. Il s’agit donc de l’Idée la plus ancrée dans l’âme : ainsi la contemplation de la Beauté permet aisément de ressurgir l’Idée de Beau.

« Elle resplendissait au milieu de ces apparations ; et c’est elle encore que, après être revenus ici-bas, nous saisissons avec celui de nos sens qui fournit les représentations les plus claires, brillant elle-même de la plus intense clarté. » [Phèdre, 250d (trad. L. Brisson, Paris, Flammarion, 2004]

 

La perception visuelle est celle qui nous permet le plus de nous faire parvenir à la connaissance des Idées d’après Platon. Elle est « la plus aigue des perceptions qui nous viennent par l’intermédiaire du corps » [Ibid]. Dans Le Banquet, l’amour de la beauté du corps est l’étape préalable à la contemplation de l’Idée du Beau. On y recommande même de rechercher de beaux corps dans sa jeunesse pour atteindre ce but et ainsi, réussir sa vie. C’est pourquoi le corps permet d’atteindre les Idées, il est le signe de l’âme.

Ainsi, comment le corps peut-il être à la fois condition nécessaire pour atteindre les Idées mais également une barrière dans la quête de la vérité ? Réponse dans le prochain article 🙂 

 

Assia Hadj-Ahmed

Étudiante à l'ESSEC en deuxième année, anciennement élève au lycée Montaigne (75) en ECE, je suis référente au pôle CG/Philo du site.

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