Descartes, La mémoire passionnelle Descartes, La mémoire passionnelle
Merci à Yann Amadieu pour cette excellente illustration, digne des plus grands memes du web. Quelques mots sur l’auteur et son ouvrage   Nous... Descartes, La mémoire passionnelle

Merci à Yann Amadieu pour cette excellente illustration, digne des plus grands memes du web.

Quelques mots sur l’auteur et son ouvrage

 

  • Nous allons nous intéresser à un texte de René DESCARTES, philosophe du XVIIème siècle et fondateur de la philosophie moderne.
  • Nous nous sommes appuyés sur un fameux extrait de La lettre à Chanut (6 juin 1647) où Descartes, après avoir exposé sa théorie, en donne un exemple et tire une leçon morale de tout cela.
  • L’extrait commence à : “Lorsque j’étais enfant, j’aimais une fille de mon âge, qui était un peu louche” jusqu’à “ce qui n’arrive pas souvent aux autres.”
  • Vous pouvez facilement trouvez les textes en question sur Internet ou sur Wikisource.

 

Le thème de ce texte

  • Ce texte aborde plusieurs thèmes : celui de l’amour, de la mémoire, d’autrui, de la conscience
  • Le thème qui va nous intéresser, et vous vous en doutez, c’est celui de la mémoire et plus particulièrement celui de la mémoire passionnelle. 

 

La question philosophique posée dans ce texte

  • René DESCARTES pose les questions suivantes : Pourquoi aimons-nous davantage une personne qu’une autre ? Quelle est le rôle de la mémoire corporelle dans ce processus passionnel ?

 

La thèse défendue par R. Descartes

  • D’après lui, le souvenir de la première passion amoureuse détermine nos choix amoureux futurs.
  • Cette mémoire passionnelle associe la passion amoureuse à une impression physique : c’est pourquoi nous choisirons davantage un partenaire amoureux qui possède cet attribut physique qu’un autre.

 

Le plan du texte

1) La mémoire passionnelle influence nos choix amoureux

2) De la nécessité de se méfier de la mémoire passionnelle

 

Le développement

1) La mémoire passionnelle influence nos choix amoureux

  • Descartes souhaite expliquer pourquoi nous tombons amoureux d’une personne en particulier et non d’une autre. D’après lui, il existe deux causes à ce phénomène : l’une relève de l’esprit et l’autre du corps. La première n’est pas l’objet de ce texte, car d’après lui elle est bien trop complexe.

Je passe maintenant à votre question, touchant les causes qui nous incitent souvent à aimer une personne plutôt qu’une autre, avant que nous en connaissions le mérite ; et j’en remarque deux, qui sont, l’une dans l’esprit, et l’autre dans le corps. Mais pour celle qui n’est que dans l’esprit, elle présuppose tant de choses touchant la nature de nos âmes, que je n’oserais entreprendre de les déduire dans une lettre. Je parlerai seulement de celle du corps.

  • Par contre, il s’attarde à expliquer la seconde : pour des raisons neurologiques, nous sommes parfois portés à aimer davantage un individu au détriment d’un autre. Notre cerveau ayant conservé la mémoire d’un défaut en même temps qu’ayant ressenti une passion pour un individu, va associer l’amour à ce défaut. Descartes parle de pli que notre cerveau réalise entre le sentiment amoureux et l’impression physique : c’est la mémoire passionnelle. 

Elle consiste dans la disposition des parties de notre cerveau, soit que cette disposition ait été mise en lui par les objets des sens, soit par quelque autre cause. Car les objets qui touchent nos sens meuvent par l’entremise des nerfs quelques parties de notre cerveau, et y font comme certains plis.

Le cerveau a associé une impression physique à la passion amoureuse, et l’a gardé en mémoire

  • La mémoire passionnelle est le résultat de l’impression physiologique qui se produit sur un individu par une qualité physique connectée par un sentiment amoureux. En clair, la première fois que nous sommes tombés amoureux d’une personne, le sentiment que nous lui avons porté s’est accompagné en même temps d’une impression physiologique en vertu d’une qualité physique qu’elle détenait. Là en l’occurrence, Descartes explique qu’il est tombé amoureux d’une fille de son âge et, qu’en tombant amoureux, une impression physiologique dans son cerveau s’est produite simultanément : celle du défaut de vision de la petite fille.

Par exemple, lorsque j’étais enfant, j’aimais une fille de mon âge, qui était un peu louche ; au moyen de quoi, l’impression qui se faisait par la vue en mon cerveau, quand je regardais ses yeux égarés, se joignait tellement à celle qui s’y faisait aussi pour émouvoir en moi la passion de l’amour

 

2) De la nécessité de se méfier de la mémoire passionnelle

  • A l’âge adulte, lorsque nous devons choisir l’élu(e) de notre coeur, c’est notre mémoire passionnelle qui nous guide dans nos choix amoureux. Ainsi, Descartes explique que de manière inconsciente il éprouvait une passion amoureuse seulement pour les femmes qui possédaient ce défaut physique, celui de loucher, plutôt que pour celles qui ne possédaient pas ce défaut.

Longtemps après, en voyant des personnes louches, je me sentais plus enclin à les aimer qu’à en aimer d’autres, pour cela seul qu’elles avaient ce défaut ; et je ne savais pas néanmoins que ce fût pour celà.

 

Descartes adulte préfère une femme louche à une autre car son cerveau associe la passion amoureuse au fait de loucher.

  • Le problème est que, d’après Descartes, une fois adulte nous ne connaissons pas les causes qui nous conditionnent à aimer davantage une personne qu’une autre. Le risque est que ces causes peuvent être mauvaises, comme dans le cas d’un défaut, et ainsi nous pousser à faire de mauvais choix : comme celui de préférer une personne qui a un défaut, et moins de raisons d’être estimée par ailleurs, à une autre.
  • Ainsi, avant de tomber amoureux de la première fille qui louche, il faudra évaluer ses mérites et ensuite, si celle-ci dispose des mérites qu’il faut, laisser sa passion amoureuse s’exprimer.

Toutefois, à cause que ce peut être quelquefois un défaut, comme en l’exemple que j’ai apporté, un homme sage ne se doit pas laisser entièrement à cette passion, avant que d’avoir considéré le mérite de la personne pour laquelle nous nous sentons émus. 

  • Descartes est un peu moins sévère à l’égard de ces “inclinations secrètes“, c’est-à-dire de ces causes inconscientes qui conditionnent notre amour,  si nous en avons conscience et que nous préféront une personne qui possède cet atribut physique par rapport à une autre, qui toutes choses égales par ailleurs, possède les mêmes mérites.

Mais, à cause que nous ne pouvons pas aimer également tous ceux en qui nous remarquons des mérites égaux, je crois que nous sommes seulement obligés de les estimer également ; et que, le principal bien de la vie étant d’avoir de l’amitié pour quelques-uns, nous avons raison de préférer ceux à qui nos inclinations secrètes nous joignent, pourvu que nous remarquions aussi en eux du mérite.

  • Si les causes qui nous conditionnent sont spirituelles, il n’est pas nécessaire que nous nous en méfions. Par contre, si ces causes sont corporelles,  il faut les connaître et s’en méfier. 

Outre que, lorsque ces inclinations secrètes ont leur cause en l’esprit, et non dans le corps, je crois qu’elles doivent toujours être suivies

 

Pour résumer :

1) Dans la première partie du texte, Descartes explique ce qui conditionne nos choix amoureux : la mémoire passionnelle. Durant nos premières passions, notre mémoire passionnelle s’est constituée : un pli s’est formé dans notre cerveau, qui a associé la passion amoureuse à une impression physique (que ce soit une qualité ou un défaut physique). Cette  mémoire passionnelle va conditionner nos futurs choix amoureux de manière inconsciente : la passion amoureuse sera davantage suscitée par une personne qui possède cette qualité ou ce défaut physique de nos premiers émois.

2) Dans la seconde partie du texte, Descartes affirme qu’il faut se méfier de la mémoire passionnelle qui associe un attribut corporel à la passion amoureuse. En effet, dans le cas où un individu préfererait une personne qui possède un défaut physique à une autre qui ne possède pas ce défaut et qui a plus de mérites, cette mémoire passionnelle nous induirait en erreur. C’est pourquoi il faut reconnaître les causes qui nous conditionne à aimer une personne, et évaluer si celui que notre coeur a choisi possède des mérites qui le rende digne d’être aimé.

 

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Assia Hadj-Ahmed

Etudiante à l'ENS Ulm en Sciences sociales et à l'ESSEC en M2, je suis rédactrice en chef en CG/Philo et je gère l'équipe de rédaction A/L et B/L du site.