Le point sur la religion aux États-Unis Le point sur la religion aux États-Unis
Le thème de la religion est au fondement de la société américaine. En dépit d’une stricte séparation de l’Église et de l’État, la spiritualité... Le point sur la religion aux États-Unis

Le thème de la religion est au fondement de la société américaine. En dépit d’une stricte séparation de l’Église et de l’État, la spiritualité occupe une place essentielle dans le pays : on parle de « religion civile ». La liberté religieuse aux États-Unis s’explique par la liberté de religion garantie par la Constitution et par les vagues d’immigration successives (pluralité ethnique et donc religieuse), et ce depuis l’époque coloniale.

L’offre religieuse est très diversifiée aux États-Unis. On y estime aujourd’hui à 70 % la part de chrétiens : il y a une majorité de protestants parmi eux (48 % de la population, 68,5 % des chrétiens), composés par exemple des luthériens, calvinistes ou anglicans et une bonne partie de catholiques (22 % de la population, 31,5 % des chrétiens). Mais d’autres groupes tels que les orthodoxes, bouddhistes, hindous ou musulmans sont également nombreux et représentent 5 % de la population. La part des sans religion est estimée à 23 % de la population.

 

 

Histoire de la religion aux États-Unis

On rappelle que la diversité des mouvements religieux aux États-Unis est le résultat de l’arrivée par vagues successives de différents groupes sociaux, percevant les États-Unis comme une terre de refuge. Dès le XVIIe siècle, les colonies anglaises d’Amérique offrent l’asile à ceux qui fuient l’intolérance religieuse en Europe : baptistes à Rhode Island ou dans le Connecticut, anglicans dans les États esclavagistes du Sud (Virginie, Géorgie) ou quakers dans les colonies du centre du pays (Pennsylvanie, Maryland) peuplent par exemple progressivement le pays.

Cependant, c’est à partir de 1730 qu’un sursaut religieux se fait sentir aux États-Unis, du fait de l’arrivée massive d’immigrants sous l’influence des Lumières européennes. On parle du premier « Grand réveil » (Great awakening, Jonathan Edwards). Piétistes allemands, presbytériens écossais, huguenots français ou méthodistes anglais constituent la genèse de l’évangélisme américain et accompagnent le peuplement vers l’Ouest.

Point sur l’évangélisme de nos jours aux États-Unis : absents de la scène politique durant des décennies, les évangélistes font leur retour, notamment à partir des années 1970, à travers un candidat : Jimmy Carter. Plutôt de tendance démocrate, ils seront pourtant au cœur de l’électorat républicain dans les années 1980, suivant notamment Ronald Reagan. Ils sont à l’aube de la « New Right » et au cœur de la « Reagan Révolution » ainsi que des enjeux religieux au 21e siècle.

Ce premier Grand réveil sera suivi du second Grand réveil (1790-1840), symbole d’une vague protestante, puis du troisième Grand réveil (1850-1910), témoin d’un activisme religieux sans précédent.

À la fin du 18e siècle, suite à la Révolution américaine, le Bill of Rights interdit l’existence d’une religion officielle et instaure une séparation stricte entre l’Église et l’État fédéral (premier et sixième amendements) : « Le Congrès ne fera aucune loi qui touche l’établissement ou interdise le libre exercice d’une religion ».

Aux 19e et 20e siècles, les États-Unis ont été le théâtre de nombreuses vagues d’immigration, diversifiant le paysage religieux du pays :

• Le catholicisme étasunien a été grandement renforcé par les Irlandais fuyant la grande famine en Irlande (plus d’un million entre 1845 et 1855), rejoints au début du 20e siècle par les immigrés italiens d’Europe centrale, puis par les Latino-Américains. L’intégration des catholiques au paysage religieux américain a été très lente. Longtemps marginalisés, car incapables de s’assimiler aux autres, voire persécutés (Ku Klux Klan), ils représentent aujourd’hui une part importante du paysage religieux américain (près de 21 %). L’élection de JFK en 1960 est devenue le symbole de leur véritable intégration.

• Quant au judaïsme, les premières communautés établies au 18e siècle ont été renforcées par de nombreux Juifs européens fuyant les pogroms, notamment après l’assassinat du tsar Alexandre II en 1881 et bien sûr par ceux fuyant le régime antisémite du IIIe Reich. Aujourd’hui, les Juifs présents aux États-Unis représentent la première communauté juive du monde (près de 6 millions, dont 2 millions à New York), devançant Israël (5,6 millions) et ils sont un peuple de plus en plus américanisé.

 

Religion et société aux États-Unis

La religion est donc le socle de la société américaine. Cependant, elle est également au cœur de la vie politique et sociétale du pays. On peut citer à cet égard plusieurs exemples :

1) La religion au cœur du combat contre le communisme

Dans le combat contre l’Union soviétique, la religion a eu un grand rôle à jouer quant à l’unification des peuples. Par exemple, Billy Graham (pasteur chrétien évangélique américain) oppose clairement l’Amérique chrétienne au « godless communism ». Voici quelques-unes de ses citations :
« Our form of government has no sense unless it is founded in a deeply felt religious faith, and I don’t care what it is. »
« One of the most basic reasons for American progress […] is that we have had a deep and abiding faith in God»

Par la suite, les valeurs portées par Dwight D. Eisenhower confirment cela. Président américain de 1953 à 1961, il a souhaité intégrer la religion à la vie quotidienne des Américains, comme un retour à la normalité en ces temps de guerre. Nombreuses ont été les mesures prises par Eisenhower :
• Il a été le premier Président à réciter une prière lors de son discours d’inauguration, vouée à éloigner les communistes.
• Il a été le premier Président à instaurer les petits déjeuners de prière nationale (National Prayer Breakfasts), qui sont devenus une tradition.
•  « In God we trust » a été appliqué sur toute la monnaie américaine, dès 1956.

 

2) La religion au cœur du « Civil Rights Movement »

Dès les années 1950, les chrétiens Noirs américains étaient certains que la religion les aiderait à pallier la suprématie raciale blanche, qui avait gouverné les États-Unis des siècles durant… La révolution des droits civiques a été indéniablement une révolution religieuse, à l’impact social et spirituel très important et qui a inspiré par la suite de nombreux autres mouvements dans le monde.
De plus, les réunions religieuses étaient le symbole de l’unité des Noirs américains et leurs manifestations prenaient la forme de marches et d’offices religieux, pour la majorité non violents. C’est du moins ce que Martin Luther King cherchait à véhiculer, en déclarant : « Love is one of the pinnacle parts of the Christian faith ».
Le christianisme était en fait un point d’unité entre les Noirs et les Blancs, et respecter les principes de chrétienté pour les Blancs impliquait d’inclure davantage les Noirs à la société américaine. La spiritualité était essentielle pour Martin Luther King, car elle montrait que le Civil Rights Movement était plus qu’une idée politique.

 

 

La religion aux États-Unis de nos jours

Aujourd’hui, on observe aux États-Unis un faible recul du christianisme par rapport à 2005 (-4,8 % de protestants et -3,1 % de catholiques), quand les autres religions ont tendance à croître (+0,5 % de musulmans, +0,3 % d’hindous, +0,2 % de juifs).
Cependant, la principale tendance depuis 2015 est la croissance des sans religion, qui sont estimés à 23 % de la population. Les métaphores du « salad bowl » ou du « melting pot » semblent perdre de plus en plus de leur sens : on assiste à la fin d’un vouloir vivre ensemble. Les débats contemporains questionnent de plus en plus l’importance de la religion dans la société, portant par exemple sur la prière à l’école, l’avortement ou encore sur la doctrine créationniste. Finalement, on assiste à des dérives communautaristes inquiétantes, illustrant le déclin de la religion aux États-Unis. Les revendications identitaires semblent fragmenter la société. On pourra citer par exemple :
• Le combat identitaire des Hispaniques, qui n’ont plus la volonté de s’intégrer, mais de latiniser le pays (50 % de l’immigration, 17 % de la population), comme l’explique Samuel Huntington dans Qui sommes-nous ?
• Le repli communautariste autour de la religion mormone (Utah) ou au sein de la communauté amish (Pennsylvanie, Ohio, Illinois)

 

Pierre Ducasse

Après 2 ans de prépa ECS au Lycée Saint-Vincent Rennes, j’ai intégré ESCP Europe où je suis étudiant en première année.