Le Chili : un modèle libéral à bout de souffle ? Le Chili : un modèle libéral à bout de souffle ?
À l’approche des concours, Major-Prépa te propose un article volontairement synthétique dans le but de retracer, depuis l’après-Seconde Guerre mondiale, les passages clés de... Le Chili : un modèle libéral à bout de souffle ?

À l’approche des concours, Major-Prépa te propose un article volontairement synthétique dans le but de retracer, depuis l’après-Seconde Guerre mondiale, les passages clés de l’histoire chilienne. À travers cette fresque historique sur l’économie et la politique au Chili, l’objectif est de comprendre en quoi les problèmes actuels résultent en réalité des décisions passées.

 

I – (1946-1989) : l’espoir Allende enterré par la dictature de Pinochet

A – (1946-1970) : front commun contre les socialistes et les communistes

Le communisme réprimé

Dès l’après-Seconde Guerre mondiale, le Chili, comme une majorité des pays d’Amérique latine, se retrouve confronté à l’influence croissante du parti communiste. Face à ce constat, les États-Unis vont, parallèlement à la création de l’Organisation des États américains (OEA), adopter une résolution considérant le communisme comme incompatible avec la démocratie. Cette action aura des conséquences importantes dans les pays latino-américains, qui vont commencer à interdire ce parti alors même qu’il représente une part importante de la population. Le président chilien de l’époque ne fait alors pas exception à la règle et applique, en 1947, cette mesure lui permettant de se défaire de ses collaborateurs communistes.

 

Une situation de fortes tensions économiques et sociales

La promulgation de cette loi, dite « maudite », plonge alors le pays dans une situation de profonde instabilité (grèves), qui, très vite, s’accompagne d’une dégradation de la conjoncture économique (séismes violents, inflation galopante, etc.). Souhaitant éviter l’arrivée de Salvador Allende au pouvoir (socialiste), l’opposition décide de faire front commun et soutient la candidature de l’indépendant de droite, Jorge Alessandri, qui devient président en 1958. Bien qu’impopulaires, ses mesures restrictives améliorent la situation économique du pays mais rompent, de fait, avec la doctrine dominante de l’époque, le desarollisme (État planificateur facilitant l’industrialisation).

 

B – (1970-1973) : l’élection du socialiste Salvador Allende

Le retour en force du socialisme

L’élection du timide réformateur Eduardo Frei en 1965 ne permet toutefois pas d’endiguer la croissance des idées socialistes dans le pays. Dès 1969, l’Unité populaire est créée, regroupant le Parti socialiste, le Parti communiste (réautorisé depuis 1958), le Parti social-démocrate et le mouvement d’action populaire unitaire. Cette grande coalition de gauche choisit alors de se regrouper autour d’un candidat, Salvador Allende, et se donne comme objectif d’effectuer une transition démocratique et non violente vers le socialisme. Pourtant présenté comme perdant lors des sondages, celui-ci obtient, en 1970, près de 36,6 % des voix et devient le premier président socialiste du pays à avoir été élu démocratiquement.

Cette victoire retentit alors comme un bouleversement majeur tant pour le Chili, alors soumis aux alignements de la guerre froide, que pour l’ensemble du continent. Avec cette élection, le Chili exprime non seulement sa volonté de défendre l’autodétermination des peuples indigènes (les Mapuches), mais souligne également l’importance de la non-intervention dans les affaires intérieures des États. Par ailleurs, cette victoire a de symbolique le fait qu’elle inflige, une « pseudo défaite » aux États-Unis (du moins pour un temps…), dans la mesure où l’issue du scrutin illustre les limites de l’impérialisme américain. Washington a en effet échoué à parer l’accession au pouvoir de Salvador Allende, et ce, malgré les différentes stratégies mises en place par l’administration Nixon (financement indirect de l’opposant, promotion de coups d’État via les plans Track One et Track Two).

 

Un programme politique ambitieux

À peine élu, ce gouvernement multipartite choisit, conformément à son programme de campagne, de créer un nouvel impôt sur les bénéfices, de nationaliser de nombreuses entreprises nationales (banques et mines de cuivre) et tente de mener une réforme agraire. Naturellement, les salaires, tout comme la protection sociale, sont revus à la hausse, permettant de doper l’économie, et ce, dès la première année où le PIB progresse de 9 %. Cette réussite contraste alors avec les années précédentes où le chômage demeurait relativement élevé et où l’inflation avoisinait les 35 %. Malgré ces réussites initiales, cette politique keynésienne semble pourtant bien dépourvue face aux blocages orchestrés par l’opposition et par les États-Unis. Cette volonté de « faire crier l’économie chilienne » (R. Nixon) se manifeste également sur la scène internationale où les organisations financières (alors dirigées par l’ex-secrétaire de la Défense des États-Unis) empêchent l’octroi de prêt au pays. L’ensemble de ces mesures contribuent à faire rentrer l’économie chilienne en récession (explosion de l’inflation et du déficit public), à peine deux ans après l’élection du leader socialiste.

 

Le tournant de 1973

L’année 1973 marque une rupture dans l’histoire du Chili. Après avoir essuyé une tentative de coup d’État en juillet de la même année, Salvador Allende voit son palais (La Moneda) être assiégé par l’armée le 11 septembre. Plutôt que de se rendre, il choisit, face aux bombardements, de se donner la mort d’une balle dans le menton. Ce coup d’État (soutenu par les Américains) signe alors l’arrivée de plusieurs années de dictature.

« C’est peut-être la dernière possibilité que j’ai de m’adresser à vous. Les forces armées aériennes ont bombardé les antennes de Radio Portales et Radio Corporación. Mes paroles n’expriment pas l’amertume mais la déception, et ces paroles seront le châtiment de ceux qui ont trahi le serment qu’ils firent. […] Ils ont la force, ils pourront nous asservir mais nul ne retient les avancées sociales avec le crime et la force. L’Histoire est à nous, c’est le peuple qui la construit. »

Dernier discours de S. Allende

 

C – (1973-1989) : la dictature d’Augusto Pinochet et la promotion du néolibéralisme

Le régime répressif de Pinochet

En sa qualité de chef de la junte, le dictateur Augusto Pinochet s’octroie les pleins pouvoirs, devenant même « chef suprême de la Nation » dès 1974. Naturellement, son régime autoritaire affecte des dizaines de milliers de personnes (notamment les anciens partisans d’Unité populaire, le parti de Salvador Allende), qui seront tuées ou torturées (Colonia Dignidad). Au total, on dénombre près de 3 000 morts, 35 000 torturés et plus de 300 000 détenus. Assez logiquement, ces exactions deviennent la source de critiques, notamment de la part des organisations internationales, qui soulignent des violations systématiques des droits de l’homme.

 

Une politique économique très libérale

Au-delà de cette politique autoritaire assumée (cf. Plan Condor), la junte militaire expérimente « une politique de choc » afin de résorber la crise économique à laquelle est confronté le pays (forte inflation). Les Chicago Boys (économistes formés à l’École de Chicago), alors fortement influencés par la pensée de Milton Friedman, mettent en place un ensemble de mesures ayant vocation à créer des marchés concurrentiels. C’est à cet effet que les marchandises et les prix sont libéralisés, que l’on constate une réduction substantielle de la taille du secteur public et que différentes réformes sont mises en place afin de réduire les impôts et d’instaurer un système de retraite par capitalisation. Malgré des taux de croissance positifs à partir de 1977, le « miracle chilien » (M. Friedman) n’en est absolument pas un puisque cette politique économique s’est révélée être un échec dans presque tous les domaines.

 

Les effets dévastateurs des mesures entreprises

En effet, si l’on s’intéresse à l’impact macroéconomique des politiques appliquées entre 1973 et 1982, on remarque que ces dernières ont été dévastatrices pour l’économie du Chili. Hector Guillén Romo souligne à quel point cela a engendré une société aux inégalités croissantes avec « une prédominance pour l’économie financiarisée ». Selon lui, ces mesures d’inspiration monétariste ont considérablement réduit la production et l’investissement, alors même que le chômage a lui augmenté de « façon dramatique ». Par ailleurs, il note que durant la décennie 1980, les « Chicago Boys ont été contraints de transgresser les préceptes libéraux » afin de corriger les travers de leur politique (libéralisme corrigé). L’État a dû, à plusieurs reprises, intervenir dans l’économie en prenant en charge la gestion des banques, respectant ainsi le fameux credo cherchant à privatiser les profits et à collectiviser les pertes. En somme, le système bancaire est resté privé en surface, alors qu’il a en réalité été piloté par le gouvernement (forme de nationalisation à demi-mots).

Couplée aux pressions internationales (critiques vis-à-vis de la violation des droits de l’homme), cette incapacité à gérer l’économie pousse toutefois le régime dictatorial à organiser, malgré lui, un référendum en 1988, où le « non » l’emporte (56 % des voix). Ce refus manifeste de la population à ce que Pinochet demeure au pouvoir amorce alors un processus lent de démocratisation qui aboutira sur l’élection, en 1989, de Patricio Aylwin, grâce à une coalition (la Concertation) regroupant différents partis de centre-gauche.

 

II – (1989-2010) : transition démocratique et retour des gauches au pouvoir

A – (1989-2000) : une transition démocratique qui ne rompt pas totalement avec la politique économique mise en place sous la dictature

Une continuité libérale

Bien que nécessairement cruciale pour le pays, l’élection de Patricio Aylwin n’est pas une rupture à part entière avec le gouvernement dictatorial d’Augusto Pinochet. En effet, même s’il n’est plus question de dérives autoritaires, on remarque que les nouvelles réformes économiques s’inscrivent, malgré le virage politique, dans la continuité de celles prises par la junte militaire. Comme le résume l’économiste Ricardo Ffrench-Davis, Patricio Aylwin va chercher à perfectionner le modèle de marché, avec comme objectif d’introduire « pragmatisme et progressivité ». Dans le même temps, il promeut le dialogue entre les organisations syndicales, mais procède à différentes privatisations afin d’approfondir la logique libérale. Cette combinaison entre composante sociale (quelques programmes sociaux) et orthodoxie monétaire et financière est souvent qualifiée de « croissance équitable », en opposition avec le « libéralisme corrigé » mis en place pendant la dictature.

 

Un système économique très fragile

À l’orée des années 1990, la situation économique du pays est donc particulièrement fragile. Sans poser les bases d’une réelle stratégie de développement, le Chili tire toute sa croissance des exportations de produits miniers et agricoles. Bien que positif au premier abord (taux de croissance avoisinant les 8 % en moyenne), cet équilibre demeure en réalité particulièrement précaire au vu des fortes inégalités auxquelles est confronté le pays. Le système de retraite par capitalisation est au bord de la faillite et le système d’éducation est lui complètement rudimentaire, dans la mesure où les frais de scolarité sont exorbitants (comparable au système américain). Par ailleurs, les limites du « miracle chilien » apparaissent au grand jour avec la crise économique asiatique qui frappe les pays latino-américains à partir de 1997. La contraction de la demande mondiale fait diminuer brusquement le PNB chilien de 0,2 %, augmentant ainsi le taux de chômage qui commence, lui, à dépasser les 12 %.

 

De vives tensions politiques

En plus de la mauvaise conjoncture économique, la deuxième moitié des années 1990 est marquée par plusieurs crises politiques liées à l’incarcération au Royaume-Uni de Pinochet (devenu sénateur à vie). Bien que la position officielle du gouvernement d’Eduardo Frei (également membre de la coalition de centre-gauche) soit de demander son extradition, on remarque que toute une frange de la droite conservatrice continue de le défendre. Cette difficulté pour le Chili à juger les crimes de l’ancien dictateur illustre la fragilité particulière du processus de démocratisation, en partie liée au fait que l’armée continue à jouer un rôle majeur dans la vie politique. Cela rend nécessairement très difficile, voire impossible, d’enquêter sur les cas de violation des droits de l’homme. Pour finir, rajoutons également que la lenteur de ce processus est également due à la constitution héritée de la dictature, qui empêche toute avancée qui ne s’inscrirait pas dans le cadre dicté par l’ancienne junte militaire. La formule « la démocratie dans le cadre du possible » n’a alors jamais autant fait sens que dans le cas chilien.

 

B – (2000-2005) : troisième concertation et retour d’un candidat ouvertement socialiste

Profitant des méandres dans lesquels les partis de droite sont empêtrés, Ricardo Lagos, candidat du centre-gauche, parvient à accéder à la présidence en 2000. Comme ses prédécesseurs (membres de la même coalition que lui), il doit faire face à la mauvaise conjoncture en partie héritée de la crise asiatique et du « miracle chilien » qui, comme nous l’avions souligné, a fortement accentué la dépendance du pays à l’égard de ses exportations. Afin de corriger la situation, il poursuit la même politique que ses prédécesseurs (« croissance équitable »), associant ainsi libéralisme et progressisme. Les résultats de sa politique sont immédiats (4,5 % de croissance en 2001), permettant au gouvernement de la troisième concertation d’acquérir une forte popularité.

Si sa mandature ne semble pas rompre avec les politiques économiques menées jusqu’ici, la manière dont il a géré sa politique étrangère a, elle, marqué une véritable césure diplomatique. Durant ces cinq ans de mandats, il s’est efforcé de réinsérer le Chili au sein de la communauté internationale qui lui avait tourné le dos depuis le coup d’État de 1973. C’est ce qu’il fit en renforçant les liens qu’entretenait son pays avec les États-Unis et avec les autres États d’Amérique latine. Ricardo Lagos a également fait le pari de renforcer la position du gouvernement vis-à-vis de l’héritage dictatorial, puisqu’il était, selon lui, absolument nécessaire qu’Augusto Pinochet réponde de ses crimes devant la justice chilienne. Cette action renforça inévitablement la crédibilité du petit pays andin sur la scène internationale.

 

C – (2005-2010) : la lutte contre les inégalités afin de contrecarrer le malaise de la société chilienne

Certes robuste, l’économie chilienne demeure toutefois particulièrement inégalitaire. En 2005, un rapport du PNUD allait dans ce sens et classait le Chili à la 110e place des pays les plus inégalitaires du monde (sur 124). Ce constat, auquel est rapidement confrontée la nouvelle présidente socialiste, Michelle Bachelet, sera l’un de ses thèmes forts de campagne et deviendra l’une de ses priorités. Comprenant qu’une « simple » réduction de la pauvreté ne suffit plus (des progrès significatifs ayant été réalisés dans ce domaine lors des 20 dernières années), elle procède, durant son mandat, à d’importantes mesures afin d’améliorer la protection sociale des travailleurs et des retraités. Elle met ainsi en place une réforme du système de retraite par capitalisation (institué en 1980), permettant à toute personne ne gagnant pas suffisamment de recevoir un complément de 120 €. Bien que ces décisions s’inscrivent dans le cadre d’une conjoncture favorable (en raison de la bonanza du prix des matières premières), on constate toutefois que les résultats strictement économiques sont bien en deçà de ce qu’avait connu le Chili lors de ces dernières années. À titre d’exemple, sous son mandat, le taux de croissance par an est en moyenne de 3,3 %, contre 5 % pendant les vingt dernières années. Le taux de chômage avoisine, lui, les 8,4 % en 2006 et atteint 9 % en 2010.

À ce bilan économique mitigé, s’ajoutent également des problématiques sociales encore non résolues, à l’instar de celles concernant le coût des études (système d’éducation privé). Il s’agit pourtant là d’une question fondamentale, d’autant qu’un mouvement étudiant de grande ampleur avait secoué le Chili en 2006.

 

III – (2010-2020) : de la dégradation de la conjoncture jusqu’à la crise sociale d’octobre 2020

A – (2010-2014) : rupture politique avec le retour de la droite au pouvoir

Ne pouvant briguer de deuxième mandat (interdiction liée à la constitution), Michelle Bachelet ne se représente pas, permettant ainsi à Sebastian Piñera, son principal opposant, de briguer la présidence. Son élection en 2010, met alors fin à près de vingt ans de pouvoir du centre-gauche. Au-delà du virage politique majeur, sa victoire est particulièrement symbolique puisque cet homme d’affaires – dont la richesse s’est construite sous la dictature – appartenait à un ancien parti ayant, par le passé, entretenu des liens très étroits avec Pinochet.

Libéral convaincu, il cherche à redynamiser le Chili en facilitant la création d’emplois afin d’améliorer la compétitivité de l’économie. Il poursuit ainsi une politique libérale favorable aux entrepreneurs (loi sur la création d’entreprise en un jour), mais cherche tout de même à bénéficier de l’appui des classes les plus pauvres et met en place une commission chargée de faire des propositions sur la sécurité des travailleurs. Sa politique, moins axée « sociale » que celle de Michelle Bachelet, permet au Chili de connaître un taux de croissance moyen supérieur à celui de sa rivale socialiste (5,3 % en moyenne), mais ne résout en rien les problèmes de fond liés aux inégalités chroniques. Le soulèvement de la part des étudiants en 2011 en est l’exemple parfait. Alors même que les étudiants universitaires en grève réclamaient une meilleure instruction à moindre coût, ce dernier a réaffirmé son opposition à la gratuité de l’éducation, considérant qu’il serait plus avantageux de créer un système de crédit administré par l’État. Particulièrement clivant, ce sujet devrait pourtant être traité comme l’une des priorités par les gouvernements.

 

B – (2014-2018) : retour des socialistes avec une Michelle Bachelet davantage ancrée à gauche

Après une première présidence teintée de succès et d’échecs (bilan mitigé), Michelle Bachelet arrive pourtant sans mal à se faire réélire en 2014. Cette facilité, qui a trait avant tout à sa forte popularité (78 % d’opinions favorables en 2010), lui permet d’envisager de prendre des mesures plus radicales, notamment dans des domaines liés à la fiscalité et à l’éducation. C’est ce qu’elle fait dès la première année en augmentant le taux d’imposition des plus riches (alors extrêmement faible) et en limitant l’évasion fiscale. Grâce à ses nouvelles recettes, elle réussit, avec le soutien de sa coalition, à rendre gratuits le primaire et le secondaire, et offre même la possibilité pour les familles les plus modestes que l’État subventionne les études supérieures de leurs enfants. Malgré ces réussites indéniables, sa popularité commence à fortement diminuer avec les révélations de scandales liés à des affaires politico-financières (concernant son fils) et à la dégradation substantielle de la conjoncture économique.

Le début de son mandat coïncide en effet avec le début de la chute du cours des matières premières, dont le Chili est malheureusement très dépendant (cuivre). Bien que la situation demeure contrôlable, le pays andin obtient sur la période 2014-2018, des taux de croissance avoisinant les 1,4 %. Ces résultats médiocres conduiront ainsi l’agence Standard & Poor’s à abaisser l’indice du crédit en raison de « la combinación de varios años de bajo crecimiento económico ».

 

C – (2018-2020) : crise économique et sociale majeure sous le mandat de S. Piñera

En 2018, et pour la deuxième fois, Michelle Bachelet cède l’écharpe présidentielle à son principal opposant, Sebastian Piñera, qui promet aux Chiliens d’améliorer la situation économique du pays. Bien que ce soit le cas lors de la première année (4 % de croissance), l’année 2019 se caractérise, elle, par une série de manifestations déclenchées par l’augmentation du prix des services publics (notamment du ticket de métro). Ce ras-le-bol massif exprime avant tout la frustration d’une partie de la population qui ne supporte plus les importantes inégalités sociales que connaît le pays.

Face à l’ampleur des manifestations, le président de droite prend le pari – plutôt que d’écouter les revendications – de déclarer l’état d’urgence, laissant à l’armée le soin de pacifier la crise. Les images des violences policières et militaires (tanks dans la rue) alarment la communauté internationale, qui recense de nombreuses atteintes aux droits de l’homme. Nancy Yañez, directrice du Centre des droits de l’homme à Bogota, déclare ainsi que le « caractère massif de ces violations des droits de l’homme, en à peine trois semaines, montre la gravité de cette situation sans précédent depuis le début de la transition vers la démocratie ».

En quelques semaines, cette « oasis de paix et de tranquillité » (S. Piñera) a volé en éclats, illustrant au grand jour les travers du système économique néolibéral. Au-delà d’une simple crise passagère, ces protestations expriment en réalité le désarroi d’une partie de la population vis-à-vis d’un système économique qui semble aujourd’hui ne plus répondre à ses attentes. Derrière le caractère antisystème de ces révoltes se cache également la volonté d’une partie des Chiliens de changer de constitution, afin qu’une véritable politique sociale (comme celle de Michelle Bachelet) puisse être mise en œuvre. Pour plus de détails sur ces manifestations au Chili, je t’invite à lire les différentes ressources déjà disponibles ici et ici.

 

IV – Conclusion

Pour conclure, il est nécessaire de comprendre que les problèmes dont hérite le Chili aujourd’hui sont en partie liés à la période dictatoriale (1973-1989) qui a imposé un unique cadre de réflexion, celui d’un libéralisme décomplexé. L’échec des gouvernements de la Concertation à réduire significativement les inégalités (de par le carcan imposé) est aujourd’hui l’une des principales explications à cette crise sociale, politique et économique. Reste à savoir comment le petit pays andin réussira à trouver une sortie de crise convenable, sachant que le président actuel, Sebastian Piñera, représente la droite libérale.

Date Description des évènements
1970Élection du socialiste Salvador Allende
1973 - 1990Dictature d'Augusto Pinochet
1990Transition démocrate avec l'élection de Patricio Aylwin
2005 - 2010Premier mandat de la socialiste Michelle Bachelet
2010 - 2014Tournant libéral avec l'élection de Sebastian Piñera
2014 - 2018Retour à la présidence de Michelle Bachelet
2018 Retour au pouvoir du libéral Sebastian Piñera
Octobre 2019Début de la crise sociale chilienne

 

 

À lire également : Vit-on la fin du miracle institutionnel chilien ?

Yanis Bekhti

Après deux années de classes préparatoires au Lycée Gustave Flaubert (Rouen), je décide de privilégier un cursus universitaire et valide ma licence d'economie. Désormais étudiant à l'Institut des Hautes Études de l'Amérique Latine (IHEAL), je tente de vous partager ma passion pour le continent sud-américain.