Les guerres de l’opium ont marqué le début d’une humiliation. Le clivage entre la Chine et l’Occident est central pour comprendre les dynamiques géopolitiques actuelles. Cette opposition, très ancienne, reste au cœur de la narrative du PCC, qui parle du « siècle de la honte ». Les guerres de l’opium en sont l’origine. Leur étude offre donc une perspective essentielle pour saisir ce clivage et les actions qui en découlent. Par ailleurs, l’évocation d’une « nouvelle guerre de l’opium » comme revanche de la Chine sur l’Occident renforce encore l’importance géopolitique de ces événements.
Les 2 guerres de l’opium : dates clés
Pour situer rapidement : voici les dates clés des guerres de l’opium, de leurs débuts à leurs conséquences diplomatiques.
| Dates guerre de l’opium | Événement | Conséquences |
|---|---|---|
| 1839 | Début de la première guerre de l’opium | Conflit entre Chine des Qing et Royaume-Uni. |
| 1842 | Traité de Nankin | Cession de Hong Kong et ouverture de ports. |
| 1856 | Début de la seconde guerre de l’opium | Alliance Royaume-Uni/France contre la Chine. |
| 1860 | Traité de Pékin | Renforcement de la présence étrangère en Chine. |
| 1898 | Nouvelle expansion coloniale | Baux étrangers sur des territoires chinois. |
| 1911 | Chute de la dynastie Qing | Affaiblissement durable lié aux guerres de l’opium. |
La guerre de l’opium, toujours d’actualité après 250 ans ?
Jean-Yves Le Drian souligne que cette période est « essentielle pour comprendre la dynamique qui porte aujourd’hui la Chine, dont la puissance et le rayonnement irriguent l’agenda international et, a fortiori, l’action extérieure de la France ». Cette déclaration rappelle la forte charge symbolique de ces guerres dans les rivalités sino-occidentales.
Le PCC veut effacer ce « siècle de la honte », entamé avec le Traité de Nankin (1842) à la fin de la première guerre de l’opium. L’étude de cet épisode permet donc une lecture plus fine des récits chinois et occidentaux. En parallèle, la situation des États-Unis face aux overdoses de fentanyl, drogue importée de Chine, ravive ces souvenirs. Beaucoup y voient une « nouvelle guerre de l’opium » où les rôles s’inversent.
Cet article détaille donc les deux guerres de l’opium, leurs effets sur les rivalités géopolitiques et sur la crise des overdoses aux États-Unis. L’exemple est facilement mobilisable en copie et montre une compréhension solide de la narrative chinoise et de l’agenda du PCC.
Le contexte géoéconomique et géopolitique du XIXe siècle
Jean-Yves Le Drian souligne que cette période est « essentielle pour comprendre la dynamique qui porte aujourd’hui la Chine, dont la puissance et le rayonnement irriguent l’agenda international et, a fortiori, l’action extérieure de la France ». Cette déclaration rappelle la forte charge symbolique de ces guerres dans les rivalités sino-occidentales.
Le PCC veut effacer ce « siècle de la honte », entamé avec le Traité de Nankin (1842) à la fin de la première guerre de l’opium. L’étude de cet épisode permet donc une lecture plus fine des récits chinois et occidentaux. En parallèle, la situation des États-Unis face aux overdoses de fentanyl, drogue donc importée de Chine, ravive ces souvenirs. Beaucoup y voient une « nouvelle guerre de l’opium » où les rôles s’inversent.
La première guerre de l’opium
Entre 1836 et le 3 novembre 1839, après de multiples embargos chinois face aux vagues d’addictions, des négociations sous tensions et des légères escalades, le désaccord est trop grand. Charles Elliot, surintendant principal du commerce à Canton, lance alors une bataille navale après l’interdiction d’import d’opium sur le territoire chinois. L’armée britannique rentre alors dans l’embouchure de la rivière des Perles. Cette guerre est rapide, l’armée chinoise est mal entraînée et mal équipée face à l’Empire britannique, sa marine puissante et son artillerie lourde.
Les 4 000 fusiliers marins britanniques et les navires à vapeur de l’Army ont rapidement permis aux Anglais d’occuper quatre ports (Zhoushan, Xiamen, Ningbo et Shanghai) et l’île de Hong Kong. Finalement, la guerre s’arrête quand l’amiral de l’Army britannique occupe Nankin. Le fameux traité de Nankin, marquant le début du « siècle de la honte », est signé le 29 août 1842. La défaite est lourde pour la Chine :
- ouverture des 5 ports, dont celui de Shanghai ;
- désintermédiation des Cohong dans les relations commerciales ;
- 21 millions de dollars d’indemnités ;
- tarifs douaniers plafonnés à 5 % ;
- cession de Hong Kong.
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La conséquence la plus grave n’était pas stipulée dans le traité, mais pour ce qui était de l’opium, son commerce était désormais autorisé de fait.

Deuxième guerre de l’opium et traités inégaux
En 1856, après la perquisition d’un bateau à Canton, le Royaume-Uni bombarde le port puis l’occupe. La guerre dure quatre ans. Dès 1858, la France et les États-Unis s’engagent aussi. Une expédition de dizaines de navires à vapeur, avec 10 500 soldats anglais, 2 500 mercenaires cantonais et 6 300 soldats français, remonte vers le nord et atteint Pékin en 1860.
Les traités de Tianjin (1858) et de Pékin (1860) s’ajoutent à une longue liste de « traités inégaux ». À chaque fois, la Chine cède des ports et des concessions, réduit ses taxes et accepte l’import d’opium, au détriment de la santé publique.
Quelques chiffres parlent d’eux-mêmes. En 1819, la Chine importe 4 000 caisses d’opium. En 1880, elle en importe 80 000, soit 39 % des importations. Après 1905, environ 10 % des hommes adultes sont opiomanes.
Ainsi, l’opium devient un fléau durable. La douleur de cette humiliation reste vive et nourrit encore aujourd’hui la volonté du PCC de « prendre sa revanche » sur l’Occident.
Une douleur aujourd’hui instrumentalisée et ravivée
Selon le Dr Kadir Temiz, « les expériences historiques façonnent l’identité des États ». Depuis Deng Xiaoping, la légitimité du pouvoir reposait sur la croissance. Désormais, la baisse du rythme oblige le PCC à activer un autre levier : le récit historique. Le récit victimaire des guerres de l’opium devient alors un outil pour rallier la population.
Quand l’histoire s’inverse : la nouvelle guerre del’opium
Après ces guerres, la Chine produit elle-même de l’opium pour limiter les importations et répondre à la demande. Puis, en 1949, le pays devient communiste. Mao lance donc une guerre totale à la drogue, vue comme un poison colonial. Aujourd’hui, 97 % de la production mondiale d’opium vient d’Asie, mais hors de Chine : Croissant d’or (Pakistan, Iran, Afghanistan) et Triangle d’or (Laos, Birmanie, Thaïlande).
Cet opium sert à fabriquer de l’héroïne, exportée vers l’Occident depuis les années 1970. Cependant, un changement majeur survient : l’essor du fentanyl. Ce produit de synthèse, appelé « China White », est 50 à 100 fois plus puissant que la morphine. D’abord médical, il devient vite une drogue très addictive.
La majorité des précurseurs est fabriquée en Chine. Les exportations visent surtout les États-Unis. Dans le climat actuel de guerre froide, Washington accuse Pékin de laxisme et de faibles contrôles douaniers. Pékin y trouve, peut-être, un intérêt géopolitique.
Zoom : Le fentanyl comme une alternative thérapeutique ?
Au départ, Le fentanyl est prescrit comme antidouleur peu coûteux. Il soulage les douleurs articulaires, postopératoires ou chroniques. La mondialisation permet une production à bas coût en Chine. Toutefois, ces opiacés, même faiblement dosés, créent une forte dépendance. L’affaire de l’Oxycontin l’a montré. La crise devient alors un problème de santé publique avant même d’avoir des effets géopolitiques.

Pendant ce temps, le marché noir s’organise. Le fentanyl en devient donc la vedette. En avril 2024, on dénombre plus de 500 000 morts liées à cette drogue. En 2023, on compte une mort toutes les sept minutes. La consommation ravage l’ensemble du territoire, avec des foyers majeurs à Portland ou Philadelphie.
Aujourd’hui, 80% des opiacés de synthèse sont donc consommés aux États-Unis, et l’essentiel provient de Chine. En outre, la Chine est en guerre commerciale ouverte avec Donald Trump. Finalement, elle n’a visiblement pas freiné ses exportations.
Au XIXe siècle, les Britanniques voulaient forcer la Chine à importer l’opium. Le pays a mis plus d’un siècle à sortir de l’addiction. Aujourd’hui, la Chine exporte des précurseurs de fentanyl, à l’origine de millions d’addictions et de dizaines de milliers d’overdoses. Ainsi, les États-Unis accusent le PCC de subventionner des laboratoires. Pékin nie ces accusations.
Difficile, après un siècle d’humiliation, d’écarter tout désir de revanche.
Les États-Unis face à une menace ?
Sous Trump, la crise prend une dimension géopolitique. En 2019, il ordonne aux transporteurs américains (FedEx, Amazon, UPS) de fouiller et donc de renvoyer les colis venant de Chine contenant du fentanyl. Selon lui, Pékin n’a pas tenu ses engagements.
Aujourd’hui, la DEA (Drug Enforcement Administration) essaye de combattre cette crise à toutes les étapes :
- Mise sur liste noire des entreprises pharmaceutiques chinoises productrices.
- Combat contre les triades, mafias chinoises qui acheminent le principe actif jusqu’au Mexique.
- Démantèlement des laboratoires clandestins au Mexique avec l’aide du gouvernement mexicain.
- Renforcement des contrôles douaniers aux frontières.
- Mise en place de centres de secours dans les zones les plus exposées aux overdoses.
Ainsi, sans coopération chinoise, Washington peine à contenir la diffusion de la drogue. En juin 2024, l’ambassadeur chinois à Washington déclare que cette crise « n’est pas le problème de la Chine et la Chine n’en est pas la cause ».
Guerre de l’opium : conclusion
Les guerres de l’opium structurent donc la narrative chinoise. Ainsi, avec une croissance plus faible, l’invocation de l’humiliation et de sa symbolique légitime de plus en plus la politique du PCC. En début de dissertation, ces épisodes offrent donc un cadre historique clair et donnent de la profondeur au clivage sino-occidental.
De fait, la crise du fentanyl aux États-Unis illustre un nouveau terrain d’affrontement indirect entre Pékin et Washington.
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