Chine

Dans cet article, nous présenterons les principales modalités de l’influence de la Chine en Amérique latine ainsi que ses conséquences. Nous aborderons également les tensions sino-américaines, étant donné que l’Amérique latine en est devenue un des terrains majeurs. Ce thème a d’ailleurs été donné lors des oraux 2025 à l’ESSEC. Il est donc toujours utile d’en savoir plus pour les khôlles et également en guise d’exemple pour un essai !

Le contexte actuel

Le 13 mai 2025, Pékin a accueilli la quatrième édition du Forum Chine-CELAC (Communauté d’États latino-américains et caraïbes). L’événement, inauguré par le président Xi Jinping, a réuni les représentants des 33 pays membres de l’organisation régionale. Parmi eux, il y avait trois chefs d’État : Gabriel Boric (Chili), Gustavo Petro (Colombie) et Lula (Brésil). Cet événement témoigne de la volonté de renforcer la coopération et le dialogue entre les deux régions.

Depuis les années 2000, la relation entre la Chine et l’Amérique latine, qu’elle soit commerciale, financière, culturelle ou technologique, n’a cessé de s’intensifier et de se diversifier. La rencontre à Pékin lors du Forum Chine-CELAC s’est tenue dans un contexte de tensions liées à la guerre commerciale initiée par Donald Trump. En effet, les répercussions touchent la Chine et l’Amérique latine, en particulier des pays comme le Mexique, la Colombie ou encore le Brésil.

Une stratégie chinoise de conquête multiforme

L’économie comme principal levier d’influence

Tout d’abord, la Chine s’impose comme un acteur majeur en Amérique latine en raison des échanges bilatéraux entre les deux régions. Les échanges entre la Chine et les pays latino-américains s’élevaient à 518 milliards de dollars en 2024 et pourraient atteindre 700 milliards d’ici 2035. La Chine représente 14 % des exportations latino-américaines et la part des importations provenant de Chine des pays d’Amérique latine s’élève à 20 %.

Ainsi, la Chine s’est imposée comme le deuxième partenaire commercial de l’Amérique latine. Cette relation commerciale permet à la Chine de se fournir en matières premières (ressources naturelles et minières) nécessaires à son économie. En sus, l’Amérique latine est la deuxième destination (après l’Asie) vers laquelle Pékin dirige ses IDE (investissements directs à l’étranger), en particulier dans les secteurs des infrastructures (port, énergie, transport). L’Argentine, le Chili et le Pérou sont les principaux destinataires de ces investissements.

Enfin, la Chine est devenue le premier prêteur financier des pays latino-américains, bien que la tendance récente soit au ralentissement. Cela suscite ainsi des craintes selon ceux qui évoquent le piège de la dette dans lequel pourraient se retrouver certains pays face à la Chine.

Pour plus d’informations sur les relations commerciales entre l’Amérique latine et la Chine, n’hésite pas à consulter cet article.

L’influence de la Chine dans les pays alignés stratégiquement… mais pas que !

Autrefois, l’influence culturelle et technologique de la Chine en Amérique latine se concentrait dans les pays alignés stratégiquement, comme le Venezuela (dont la Chine, créancier majeur, est souvent remboursée en pétrole), le Nicaragua (avec un projet de « canal interocéanique » longtemps évoqué) et Cuba (le premier pays de la région à reconnaître la République populaire de Chine en 1960). En effet, ces trois pays forment en quelque sorte le « noyau dur » pro-Pékin, surtout face aux États-Unis, car ils sont marginalisés par Washington et s’inscrivent dans un alignement anti-hégémonie américain.

Toutefois, l’attractivité de la Chine dépasse largement ce cercle restreint. Même des pays proches de Washington bénéficient fortement de ses financements et de ses débouchés commerciaux. L’Argentine en est un bon exemple : malgré l’alignement pro-américain affiché par Javier Milei et sa proximité avec Donald Trump, le pays reste l’un des principaux bénéficiaires des investissements chinois, notamment dans les secteurs de l’énergie et du lithium.

Des exemples précis

Qu’il s’agisse d’une khôlle ou d’un essai, il est toujours important de donner des exemples précis. Voici donc des exemples témoignant de l’importance de la Chine en Amérique latine.

Le projet de la Nouvelle route de la soie (Nueva Ruta de la Seda)

Il s’agit d’un projet de grande envergure lancé par Xi Jinping en 2013. Son objectif principal est de renforcer la connectivité économique et culturelle entre différentes régions du monde en garantissant des points d’appui portuaires pour les routes commerciales transpacifiques (Chancay au Pérou, Colon au Panama).

Depuis 2017, 22 nations latino-américaines se sont unies au projet. Pékin cherche à sécuriser son approvisionnement en matières premières essentielles, en particulier le lithium, le cuivre et le soja ; et ce, sans dépendre des routes contrôlées par les États-Unis.

Le port de Chancay au Pérou

Très présent dans l’actualité et opérationnel depuis fin 2024, le port de Chancay, qui fait partie du projet de la Nouvelle route de la soie, est un symbole de la croissante influence chinoise dans le pays. Ce port a été construit par l’entreprise publique chinoise COSCO Shipping et permettra de capter environ 50 % des flux commerciaux entre l’Amérique latine et la Chine, selon ses promoteurs péruviens.

Le projet fut présenté comme une bénédiction pour le Pérou, au sens où le port de Chancay pourrait devenir pourvoyeur de nombreux emplois dans la région et stimuler la croissance économique. Néanmoins, des critiques ont souligné la dépendance croissante entre le Pérou et la Chine.

Hormis l’interdépendance, ce sont les répercussions environnementales néfastes causées par le projet qui ont vivement été critiquées. En effet, il pourrait mettre en péril l’activité de pêche artisanale qui fait vivre des centaines de familles locales. Les grands navires de commerce apportent des risques accrus de déversements d’hydrocarbures et de pollution des eaux. Il existe également un risque d’expropriation de terrains des locaux pour agrandir la zone portuaire.

Le projet de canal interocéanique au Nicaragua

En 2013, le président du Nicaragua, Daniel Ortega, a signé un accord avec une entreprise chinoise afin de construire un canal concurrent à celui du Panama, reliant l’Atlantique au Pacifique via le lac Nicaragua. Cependant, le projet fut très contesté et il est aujourd’hui considéré comme abandonné.

Ce projet demeure un symbole de l’ambition chinoise et de son soutien nicaraguayen, visant à défier l’hégémonie étasunienne.

L’Amérique latine : le terrain de rivalité entre la Chine et les États-Unis

L’état des lieux

Ces dernières décennies, et de plus en plus depuis l’escalade de tensions entre la Chine et les États-Unis initiée par la guerre commerciale de Trump, l’Amérique latine s’est retrouvée au cœur des convoitises des deux grandes puissances. Ainsi, lorsque tu traiteras le sujet de l’influence de la Chine en Amérique latine, il est pertinent de mentionner qu’outre les enjeux économiques, l’intrusion chinoise prétend concurrencer le leadership étasunien dans la région.

Il y a donc une bataille d’influence en Amérique latine : la doctrine Monroe étasunienne (empêcher toute intervention d’autres puissances sur l’ensemble du continent américain) se voit contestée par les nouvelles ambitions chinoises. Alors que les États-Unis cherchent à préserver leur « arrière-cour », certains pays latino-américains tirent parti de cette concurrence pour négocier de meilleures conditions.

Des exemples précis dans l’actualité

Le canal de Panama

Le cas du canal de Panama illustre parfaitement cette rivalité. Donald Trump a accusé à plusieurs reprises le gouvernement panaméen de laisser Pékin contrôler indirectement cette voie stratégique, en raison du fait que les deux grands ports situés aux entrées du canal sont gérés par une entreprise chinoise. Trump est même allé jusqu’à réclamer le « retour de la souveraineté » du canal aux États-Unis, en contradiction avec les traités de 1977 qui en ont transféré le contrôle à Panama, tout en garantissant sa neutralité.

En avril 2025, le secrétaire américain à la Défense, Pete Hegseth, a signé un mémorandum avec le gouvernement de José Raúl Mulino permettant un déploiement rotatif de troupes américaines dans d’anciennes bases militaires autour du canal. Washington présente cette mesure comme une réponse à l’influence croissante de la Chine et comme une nécessité pour la sécurité nationale des États-Unis.

Du côté panaméen, le gouvernement insiste sur le fait qu’il ne s’agit pas d’un retour à des bases permanentes, mais cette décision a ravivé les tensions, certains y voyant une remise en cause du traité de neutralité de 1977.

Le cas du Costa Rica

Lors de sa visite au Costa Rica en février 2025, Marco Rubio a salué la décision du président Rodrigo Chaves d’exclure certains fournisseurs de 5G, et notamment certaines entreprises chinoises, comme Huawei. Le gouvernement conservateur a ainsi déclaré qu’il aiderait le Costa Rica à développer certaines technologies, tout en limitant l’implantation de sociétés chinoises.

Voici le lien vers un entraînement de khôlle sur la relation entre la Chine et les États-Unis.

Externalités et conséquences de l’influence de la Chine pour l’Amérique latine

Enfin, il est toujours pertinent de nuancer ton propos, en khôlle ou en essai, en mentionnant les bénéfices et les revers de l’influence chinoise lorsque tu aborderas ce sujet.

En effet, sans doute y a-t-il un risque de dépendance extérieure, d’exploitation intensive des ressources naturelles et de renforcement de régimes autoritaires via des financements sans condition (comme pour le Venezuela, le Nicaragua et Cuba). Toutefois, les investissements extérieurs chinois contribuent au développement de l’Amérique latine et la progressive influence chinoise permet à ces pays de diversifier leurs partenaires après que la région a longtemps été sous le joug de grandes entreprises étasuniennes.

Tu peux également consulter cet article pour davantage d’informations.

Conclusion

Tu en sais désormais davantage sur les relations qu’entretiennent Chine et Amérique latine. Il est assez aisé d’utiliser ces connaissances en civilisation, que ce soit pour parler du rôle de l’Amérique latine comme « arrière-cour » des puissances étrangères tout au long de son histoire, ou pour illustrer les tensions entre souveraineté nationale et ouverture au monde.