surtourisme

Au niveau mondial, l’Espagne est sans aucun doute l’une des principales destinations touristiques. En 2023, par exemple, avec 85 millions de visiteurs, le pays a dépassé des géants du secteur, tels que la Chine, les États-Unis ou encore l’Italie. Toutefois, en 2024, plusieurs manifestations ont éclaté à travers le pays pour protester contre ce surtourisme, devenu un véritable fardeau pour les locaux.

Un nombre de touristes qui ne fait qu’augmenter ces dernières années

Les origines du tourisme de masse en Espagne

Après la Seconde Guerre mondiale, les pays européens, dont l’Espagne, ont connu une croissance économique qui leur a permis d’améliorer leurs infrastructures, en particulier celles liées au secteur touristique. En effet, des hôtels ont été construits, l’architecture urbaine a été modernisée, les rues ont été considérablement nettoyées et des bâtiments attractifs emblématiques ont pu être construits, comme la Torre de Madrid.

De plus, des changements sociaux apparus dans de nombreux pays européens dans les années 1930, comme l’instauration des congés payés, ont favorisé une forte augmentation du nombre de touristes en Europe.

Une croissance continue

Depuis les années 1960, le tourisme espagnol n’a cessé de croître, soutenu par l’ouverture du pays au reste de l’Europe et par le développement des moyens de transport, tels que l’extension des aéroports de Palma de Majorque et de Málaga, ou la construction des premières autoroutes reliant Madrid à la Méditerranée.

Aujourd’hui, l’Espagne est la deuxième destination touristique mondiale, derrière la France, et ce flux croissant se concentre surtout dans certaines zones : Barcelone, Madrid, les Baléares et les Canaries. Cette concentration territoriale renforce le surtourisme et accentue les déséquilibres au sein du pays et la pression ressentie par les habitants.

La naissance de contestations chez les locaux

Un ras-le-bol général en Espagne

L’été 2024 a été marqué par de nombreuses manifestations à travers l’Espagne. Selon le journal El Salto, 20 000 personnes étaient dans les rues de Barcelone, le 6 juillet 2024, pour se plaindre de la fermeture des commerces locaux en faveur de grandes enseignes touristiques. Elles étaient aussi 20 000 quelques jours plus tard dans les rues de Palma (dans les îles Baléares) le 20 juillet 2024, selon la RTVE, pour demander la limitation des vols et des bateaux de croisière arrivant sur l’île.

On constate le mécontentement des Espagnols, de manière plus pacifique, à travers leur vision des touristes étrangers. En effet, les locaux surnomment « guiris » les touristes étrangers (en particulier Allemands, Britanniques et Français). Un terme utilisé péjorativement pour désigner ces touristes considérés bruyants, irrespectueux de l’environnement et des locaux, et rougis par le soleil.

Des prises de mesure contre le surtourisme

En particulier à Barcelone, le tourisme fait partie intégrante de la vie des habitants, puisque ce secteur représente 15 % du PIB de la ville catalane. Or, ce tourisme de masse impacte grandement les locaux, ne serait-ce que par l’augmentation du coût de la vie qui pousse les habitants à quitter la ville ou encore la dégradation de la qualité de vie.

Ainsi, en signe de protestation, des militants sont parvenus à bloquer un bus touristique en recouvrant le pare-brise d’une bâche portant l’inscription « Éteignons l’incendie touristique », le 27 avril 2025, devant la Sagrada Familia, à Barcelone. Des dizaines d’autocollants illustrés d’une tête-de-mort et proclamant « Tourism kills the city » ont également été placardés.

Cela ne représente toutefois pas leur premier mouvement de contestations. En avril 2024, une ligne de bus très empruntée par les touristes pour se rendre au célèbre parc Güell a été supprimée de Google Maps ainsi que d’autres applications de mobilités, à la demande des autorités municipales. Ainsi, le nombre de visiteurs a considérablement diminué et les habitants du quartier peuvent à nouveau utiliser cette ligne.

Le surtourisme, entre agacement et enrichissement : l’exemple des Canaries

Un archipel touché par des conséquences néfastes

Le tourisme de masse touche également l’archipel des Canaries, qui a reçu en 2023 un nombre de visiteurs plus de sept fois supérieur à la population des îles, qui est de 2,2 millions d’habitants.

En avril 2024, environ 60 000 personnes ont alors manifesté contre ce surtourisme, car celui-ci dégrade les conditions de vie des locaux. D’autant plus que les Canaries présentent les pires chiffres d’Espagne en matière de pauvreté et de santé. Le slogan « Canarias tiene un límite » [Les Canaries ont une limite] est alors utilisé pour dénoncer ce tourisme et exiger que des mesures concrètes soient prises de toute urgence.

Une poignée de militants du groupe de citoyens Canarias se agota (Les Canaries sont épuisées) sont même allés jusqu’à entamer une grève de la faim dans la plus grande île de l’archipel, Tenerife, le 11 avril 2024.

Une région qui trouve toutefois une grande part de ses revenus dans le secteur touristique

Aux Canaries, le secteur du tourisme représente 35 % du PIB régional et 40 % de l’emploi. Ce secteur est donc indéniablement essentiel pour cet archipel. Cependant, un des problèmes de cet atout économique est la tendance de la région à se spécialiser dans ce secteur, au détriment des autres activités, à commencer par l’agriculture : l’archipel importe 80 % de sa consommation alimentaire.

Les revendications qui ont lieu aux Canaries n’ont alors pas pour but d’arrêter totalement le tourisme, mais plutôt de limiter le surtourisme pour penser à une activité plus durable, plus respectueuse de l’environnement et laissant une place plus importante aux autres activités économiques de l’archipel.

Conclusion

Le surtourisme en Espagne illustre un paradoxe majeur : il constitue une source de richesses et d’emplois, mais dégrade la qualité de vie des habitants et menace l’équilibre environnemental et social des régions les plus visitées. Barcelone et les Canaries, en première ligne, symbolisent à la fois les bénéfices et les excès de cette dépendance.

Face à ce constat, des contestations des habitants naissent pour exiger un tourisme répondant à de nouveaux enjeux, en suivant de nouveaux modèles, plus durables et équitables. L’Espagne, comme d’autres destinations mondiales, doit donc trouver un équilibre entre attractivité et préservation de sa cohésion sociale et territoriale.