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Chaque année, entre juillet et janvier, les jurys d’ESH publient un rapport après correction des copies du concours BCE et Ecricome. Ce n’est pas un document administratif poussiéreux, c’est la liste précise de tout ce qui agace un correcteur à la 150ᵉ copie sur le même sujet. En reprenant une dizaine de rapports de jury ESH publiés entre 2017 et 2025, on voit revenir, année après année, les mêmes reproches sur la méthode plus que sur les connaissances. Voici les points qui reviennent le plus souvent, la façon d’y remédier, ce que ça donne quand les sujets évoluent, et quelques conseils personnalisés.

Le plan « plaqué », sans vraie problématisation

C’est le reproche numéro un, celui qui ouvre presque tous les rapports. Le jury d’Ecricome 2021 le formule sans détour : le plan « ne doit pas être plaqué ».

Le rapport de l’oral ESH de HEC 2025 va plus loin en décrivant des candidats dont l’introduction « se limite trop souvent à une glose sur l’énoncé du sujet sans mettre en valeur la moindre problématique ». Le rapport HEC 2025 précise ce qu’attend le jury : que la problématisation soit une véritable mise en tension du sujet, cohérente et effectivement traitée dans le développement, pas une simple reformulation de l’intitulé.

Le réflexe à adopter

Chercher à ne pas plaquer son cours, c’est toujours réfléchir en dépassant son cours, ce que l’on a vu ou fait précédemment. Cela doit être valable pour chaque partie du sujet, dès l’introduction. Une bonne introduction ne reformule pas le sujet, elle le travaille : on part de la définition précise des termes, on fait émerger une tension ou un paradoxe, et cette tension devient le fil conducteur de tout le devoir.

Exemple : le sujet « La croissance suffit-elle à réduire les inégalités ? » interroge d’abord sur ce que suffire veut dire (mécanisme automatique ou condition nécessaire mais non suffisante) avant de chercher à plaquer une réponse que l’on aurait déjà développée sur un sujet qui réapparaît sur croissance-inégalités.

Il ne faut pas négliger l’importance des enjeux, qui permettent de clarifier la problématique et constituent une étape essentielle de la problématisation. Pour gagner en efficacité, notamment au début, il est préférable d’éviter de se limiter à des conseils trop abstraits : pars du principe que ton plan détaillé doit d’abord être construit au brouillon. À partir de celui-ci, synthétise en quelques phrases les grandes dynamiques du sujet, ce résumé correspond à la formulation de tes enjeux.

Le « catalogue d’auteurs » à la place d’une démonstration

C’est sans doute la critique la plus récurrente des dix dernières années. Le rapport Ecricome (repris quasi à l’identique en 2020, 2021 et 2022) est explicite : une démonstration argumentée n’a rien à voir avec un catalogue d’auteurs. Le jury va jusqu’à dire que le candidat « confond l’érudition et la réflexion », citant un auteur toutes les trois lignes sans jamais développer son raisonnement.

Citer les conclusions d’un auteur sans expliquer son raisonnement est, selon le jury, « dépourvu d’intérêt ».

Le réflexe à adopter

Une référence n’a de valeur que si elle est mobilisée pour démontrer, pas exhibée pour impressionner. Après chaque auteur cité, une phrase doit expliquer pourquoi sa théorie éclaire l’argument en cours. Trois auteurs vraiment expliqués valent toujours mieux que quinze auteurs juxtaposés.

Il n’y a pas de règles sur la quantité d’auteurs à citer, bien qu’une copie qui manque de « paravents intellectuels » serait dévalorisée. Néanmoins, il ne faut jamais se fixer de règle en matière de quantité et, surtout, il faut toujours respecter cette méthodologie :

argument -> auteur pour étayer le mécanisme et exemple -> lien avec le sujet

La dimension historique traitée par-dessus la jambe

Il ne faut jamais oublier ce que signifie ESH, incluant directement l’HISTOIRE. C’est justement la dimension historique que les candidats négligent le plus.

Le rapport Ecricome 2024 déplore une mauvaise intégration de la dimension historique, le XIXᵉ siècle étant souvent survolé. Le rapport HEC 2018 pointe un défaut voisin sur le plan théorique, avec des analyses de la croissance endogène « pas développées », voire pas citées.

Le réflexe à adopter

L’histoire ne doit pas être un supplément d’âme ajouté après coup dans une partie « mise en perspective » : elle doit irriguer la démonstration du début à la fin, avec des repères précis. Un bon test : si on retire les exemples historiques d’une copie, la démonstration s’effondre-t-elle ? Si non, ils étaient décoratifs.

Découper sa démonstration de manière historique requiert aussi d’être fait finement et de diviser ses parties non pas en « XIXe – XXe – XXIe » sans véritable réflexion mais selon des points centraux du sujet.

De plus, la dimension historique du sujet doit apparaître dès l’introduction, car elle permet de situer le problème dans le temps et d’en faire ressortir les évolutions. Pour y parvenir concrètement, il est utile, au moment du brainstorming, de reformuler le sujet au passé : ce simple réflexe aide à mobiliser ses connaissances et à parcourir mentalement les grandes étapes historiques liées au thème.

Par exemple, face à un sujet comme « Le rôle des banques dans les crises économiques », se demander « quel a été le rôle des banques dans les crises économiques ? » conduit naturellement à évoquer plusieurs moments clés : la crise de 1929, marquée par les faillites bancaires et les paniques financières, puis la crise de 2008, où les banques ont joué un rôle central à travers la titrisation et la diffusion des risques.

Cette relecture historique permet non seulement d’illustrer l’introduction avec des repères précis, mais aussi de faire émerger des évolutions (d’un rôle passif à un rôle plus actif dans la propagation des crises, dans ce cas de sujet), ce qui nourrit directement la problématique et prépare le terrain pour l’annonce du plan.

Le hors-sujet ou la récitation abusive

« Le sujet, tout le sujet, rien que le sujet » : la formule, tirée d’un rapport de jury ESCP, résume l’obsession numéro un des correcteurs. La formule la plus mémorable vient d’un autre rapport ESCP, à propos de copies qui empilent des connaissances sans les relier au sujet : « Certaines copies sont des inventaires à la Prévert vaguement reliés au sujet. »

Le réflexe à adopter

Avant de rédiger chaque paragraphe, demande-toi : « Cette phrase répond-elle à la problématique, ou est-ce du cours que je récite parce que je le connais ? » Tout paragraphe qui pourrait être copié-collé dans une autre copie, sur un sujet proche, est un paragraphe hors sujet, même s’il est juste sur le fond.

C’est pourquoi veiller à apprendre son cours par des fiches, en se concentrant sur les plans de cours généraux et non le détail exact du contenu, permet de se détacher plus facilement du cours.

Les copies trop longues

Les jurys ont une véritable obsession pour la longueur excessive, perçue comme un symptôme de manque de maîtrise plutôt que comme un gage de sérieux.

Le rapport ESSEC est sans ambiguïté : trop de copies dépassaient les douze pages autorisées, souvent pour « réciter un cours […] sans réfléchir au sujet », un excès que le jury prévient vouloir sanctionner à l’avenir.

Le réflexe à adopter

La longueur n’est jamais un argument. Une copie de 16 pages n’y montre pas de la rigueur, mais l’incapacité à sélectionner l’essentiel. Mieux vaut une copie dense de 9 à 10 pages, où chaque paragraphe fait avancer la démonstration.

Les affirmations non démontrées et les erreurs factuelles

Le jury Ecricome 2022 relève deux travers proches : des erreurs factuelles nettes, comme l’affirmation péremptoire que les inégalités « n’ont cessé de baisser dans le monde à partir de 1945 » ou l’inverse depuis les années 1970, et des jugements assénés sans preuve, le candidat se contentant « d’asséner des affirmations et des jugements sans donner des arguments pour les justifier ».

Le réflexe à adopter

Toute affirmation chiffrée doit être nuancée dans le temps et dans l’espace. Toute affirmation causale doit être suivie d’un mécanisme explicatif, jamais laissée en l’état. Il convient de toujours se demander si ce que l’on affirme ne finit pas non plus par tenir du propos de « comptoir », abusant de statistiques ou d’une idée pour étayer une théorie qui n’a en réalité pas de valeur.

Comment les sujets d’ESH ont évolué ces dix dernières années

Les rapports de jury ne se contentent pas de critiquer la méthode : ils permettent aussi de suivre l’évolution du type de sujets posés, et donc des attentes qui en découlent.

  • La réforme de 2021 a resserré le programme et rééquilibré les attentes entre économie, sociologie et histoire, ce que les jurys HEC rappellent chaque année dans leurs rapports. Il ne faut jamais oublier l’histoire. À la lecture d’un sujet, toujours placer devant « au regard de l’histoire », pour mieux identifier la dimension historique.
  • Les sujets sont de plus en plus ancrés dans l’actualité récente (inflation, politique monétaire post-2022, délocalisations, commerce international), mais exigent toujours une mise en perspective historique longue : les jurys sanctionnent les copies qui ignorent l’avant-XXᵉ siècle sur des sujets pourtant très contemporains. Les candidats bénéficieront donc d’avoir tant une connaissance du monde contemporain, nourrie par une lecture d’articles d’information ou de podcasts, mais aussi d’une sensibilité à la culture historique.
  • À l’oral HEC, le jury note une évolution de fond dans la forme attendue : il constate apprécier de plus en plus les plans en deux parties, jugés souvent plus pertinents que les plans classiques en trois parties, signe d’une volonté de densité plutôt que d’exhaustivité.
  • La proportion de candidats mobilisant des outils de la partie « économie approfondie » (microéconomie, IS-LM) reste, selon plusieurs rapports successifs, structurellement faible d’une année sur l’autre, ce qui en fait un vrai facteur de différenciation pour qui les maîtrise. Utiliser un graphique – s’il est bien introduit et bien expliqué – est toujours valorisé dans la copie.

Les conseils qu’il faut vraiment suivre

Au-delà de ce qu’écrivent les jurys noir sur blanc, certains réflexes reviennent systématiquement dans la bouche des enseignants et correcteurs de prépa.

  • Traite d’abord le sujet au brouillon avant de foncer sur le plan : la majorité des hors-sujets viennent d’un candidat qui a choisi son plan avant d’avoir vraiment analysé chaque mot de l’énoncé. Tu peux, à la première lecture du sujet, te poser et réfléchir dessus sans rien écrire, plutôt que de te lancer directement dans une recherche de plan.
  • Un chiffre précis et bien contextualisé vaut mieux que trois vagues. Beaucoup de profs conseillent de ficher, chapitre par chapitre, une dizaine de données clés (avec la date et la source) plutôt que d’essayer de tout retenir.
  • Relis ta copie en te demandant « si j’enlève cette phrase, est-ce que je perds un argument ? ». C’est l’exercice que beaucoup de colleurs font faire en classe pour lutter contre le remplissage.
  • Ne découvre pas la dimension sociologique du sujet en dernière minute : plusieurs enseignants recommandent de se poser systématiquement la question « quel acteur, quelle institution, quel rapport social est concerné ici ? » dès l’analyse du sujet, pour ne pas l’oublier dans le développement.