dette publique

Le montant de la dette publique a encore atteint un nouveau record au deuxième trimestre 2026, s’établissant à 3 595,5 milliards d’euros, selon les chiffres de l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee). Actuellement à 119 % du PIB, la dette pourrait atteindre 121,7 % du PIB en 2027, selon les prévisions de Bercy.

Entre avril et juin 2026, la dette publique a augmenté de 59,6 milliards d’euros

Entre le premier et le deuxième trimestre 2026, la dette publique a augmenté de 59,6 milliards d’euros, dont 53 milliards pour l’État seulement. Celle des organismes divers d’administration centrale (ODAC) a reculé de 0,1 milliard d’euros. Parmi eux, la dette de Bpifrance Participations a diminué de 0,2 milliard d’euros et celle de France Compétences de 0,1 milliard, tandis que celle de SNCF Réseau a augmenté de 0,3 milliard.

La dette de la Sécurité sociale a poursuivi sa hausse, gagnant 8,4 milliards d’euros entre le premier et le deuxième trimestre 2026, tandis que celle des collectivités territoriales a baissé de 1,7 milliard d’euros sur la même période.

Un déficit qui dépasse les 5 % du PIB pour la deuxième année consécutive

Selon Bercy, le déficit public de la France devrait cette année s’établir à 5,4 % du PIB, alors que le traité de Maastricht plafonne en théorie le déficit à 3 % du PIB. Il s’était déjà établi à 5,1 % en 2025 et devrait rester proche de 5 % en 2027.

Pour Bercy, il est urgent de ramener le déficit public à 3 % du PIB pour stabiliser le ratio de dette. Un objectif « ambitieux », mais « réalisable » que le gouvernement a fixé pour 2029, tout en sachant que d’ici là, il n’aura peut-être plus la main sur les finances de l’État.

Charges de la dette : le premier poste de dépense de l’État

La France a pendant longtemps pu s’endetter à moindre coût. Pendant la crise de la Covid-19, en 2020 et 2021, les taux d’intérêt de la dette étaient particulièrement bas, voire négatifs. S’endetter n’était alors à certains égards pas si problématique si c’était pour éviter des faillites ou stimuler la croissance post-pandémie via le plan de relance France 2030, car il était alors possible de s’attendre à des retombées économiques supérieures aux intérêts de cette dette, d’autant que la croissance était bien supérieure à ce qu’elle est aujourd’hui.

Mais depuis 2024 et la dissolution de l’Assemblée nationale, les taux ont augmenté. Dans le même temps, les dettes contractées à taux faibles arrivent progressivement à échéance : l’État doit faire rouler sa dette en rempruntant à des taux trois, quatre, voire cinq fois plus élevés qu’au début de la décennie.

En 2026, la charge de la dette devrait s’élever à 79 milliards d’euros, puis à 91 milliards en 2027. Il s’agit désormais du premier poste de dépense de l’État, devant l’éducation (64,5 milliards d’euros) et la défense (57 milliards). Les obligations françaises sont aujourd’hui assorties d’un taux d’intérêt moyen de 4,75 %, alors que l’Allemagne emprunte à 3,6 %. Un écart inédit entre les deux premières économies de l’Union européenne, qui traduit une forme de défiance des investisseurs à l’égard de la France.

Cette hausse des taux s’explique notamment par la crise énergétique née des conflits géopolitiques, en particulier au Moyen-Orient, par l’inflation et la crainte que la Banque centrale européenne relève davantage ses taux, par une demande d’emprunt croissante émanant à la fois de l’État et des géants américains de l’intelligence artificielle, et par le manque de visibilité politique et économique en France depuis la dissolution de l’Assemblée nationale en 2024.

Pour approfondir : De quels moyens disposons-nous pour nous débarrasser de la dette ?

Une faible croissance qui pèse dans le poids de la dette

Depuis plusieurs années, la croissance s’affaiblit. Elle est aujourd’hui proche de 0 % après avoir été de 0,8 % en 2025 et 1,4 % en 2024, et ne devrait atteindre que 0,5 % en 2026. Or, lorsque la croissance est au rendez-vous, les recettes de l’État le sont généralement aussi, et les dépenses, notamment sociales, peuvent même baisser. À l’inverse, lorsque la croissance est faible, les recettes de l’État diminuent et les dépenses sociales comme les allocations familiales ou les indemnités chômage augmentent du fait de la conjoncture.

La croissance n’est cependant pas la seule raison de la hausse de la dette publique. Les crises successives jouent également un rôle central. Après la crise de 2008, la dette publique a augmenté de 238 milliards d’euros en 2009 pour s’établir à 1 627,2 milliards d’euros, soit 84 % du PIB, contre 69,7 % l’année précédente. Après la crise sanitaire, ses confinements et ses restrictions, le gouvernement a dû accorder des aides financières et fiscales aux ménages et aux entreprises pour éviter des faillites et redresser l’économie.

En 2022, après le déclenchement de la guerre en Ukraine et le retour de l’inflation, le gouvernement a une nouvelle fois sorti le carnet de chèques. La Cour des comptes pointe régulièrement du doigt des aides ou des baisses fiscales initialement conçues pour répondre à une crise mais qui se pérennisent avec le temps, parfois pendant des années, et sans qu’elles soient systématiquement ciblées.

La France est-elle vraiment au bord de la faillite ?

La dette de la France ne suit certes pas la bonne trajectoire au vu de son poids par rapport au PIB. Pour autant, la France n’est pas dans la situation de la Grèce ou de l’Italie lors de la crise de la dette. Les investisseurs demandent des taux plus élevés, surtout parce que le risque a augmenté et que la France ne dispose pas de trajectoire claire. La dissolution de l’Assemblée nationale et l’instabilité politique qu’elle a générée à l’issue des élections de 2024 n’ont pas aidé.

Depuis 2024, il a été difficile pour le gouvernement et l’Assemblée nationale de se mettre d’accord sur de grandes réformes structurelles, mise à part la loi sur la fin de vie, adoptée cet été. L’adoption des budgets, déjà compliquée depuis 2022, est devenue un casse-tête depuis 2024, chaque bloc exigeant des mesures contradictoires. Le gouvernement, de son côté, tente de proposer des mesures d’ajustement qui suscitent la grogne des parlementaires et la colère des Français sans pour autant être véritablement efficaces d’un point de vue budgétaire.

Les investisseurs sont actuellement dans une phase de doute. Ils continuent de prêter à la France, mais à des taux supérieurs pour couvrir le risque. Des économistes alertent toutefois : le jour où la confiance entre l’État et les investisseurs sera rompue, la France pourrait se retrouver dans une situation semblable à celle de la Grèce en 2010. Un scénario qui pourrait se produire si les politiques n’expriment aucune volonté d’assainir les finances publiques.

Toutefois, les économistes sont quasi unanimes sur la question : la France ne fera pas faillite, du moins pas de sitôt, mais elle peut connaître des crises lourdes de conséquences pour les ménages et les entreprises.

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