Trajectoire improbable et motivation en béton ! Sevastyan était dans l’une des prépas les moins bien classées de France : le lycée Alexandre Dumas, classé 146e sur 149 dans le classement Major Prépa 2024. Pourtant, il a réussi l’impensable : décrocher une admission à HEC, en remontant plus de 400 places entre les écrits et les oraux. Il revient pour nous sur cette remontada exceptionnelle, ses années de prépa, ses doutes, ses succès, et ses conseils pour tous les étudiants qui, comme lui, ont osé viser haut.

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Salut Sevastyan ! Tu peux te présenter en quelques mots ?

Je m’appelle Sevastyan Abramov, j’ai 20 ans. J’ai fait ma prépa ECG au lycée Alexandre Dumas, dans le 92, qui était classé 146e sur le classement Major Prépa 2024. Avant ça, j’étais au lycée Les Sept-Mares, un lycée public de secteur dans les Yvelines. Je suis arrivé en France à 10 ans sans parler le français du tout.

En prépa, j’avais choisi les options maths approfondies et ESH, les plus “difficiles”, et j’ai vite compris que j’allais devoir m’accrocher. Avant la prépa, j’hésitais entre la voie scientifique et économique, mais j’aimais beaucoup l’économie, et je voulais approfondir cette matière avec les maths pour assouvir une soif de connaissances.

Pourquoi avoir choisi cette prépa en particulier ?

Comme beaucoup, j’ai un peu “subi” Parcoursup. J’avais mis des vœux très ambitieux, mais avec une mention bien dans un lycée pas forcément reconnu et des notes au bac de français très moyennes (12 et 8), j’ai été refusé presque partout.

Une des seules prépas qui m’a accepté, c’était Alexandre Dumas. J’y avais fait une journée d’immersion qui m’avait plu, donc j’ai choisi d’y aller. C’était une prépa de secteur, accessible, et je savais que je voulais me challenger. En première année, je faisais 1h15 de trajet en train depuis chez mes parents ; en deuxième année, j’ai eu la chance d’avoir un logement CROUS juste à côté grâce à l’aide de ma prépa.

Tu visais déjà HEC en entrant en prépa ?

Pas du tout. Mon objectif, c’était de bien bosser, sans me faire écraser par la charge de travail. On m’avait fait très peur avec ça. Je ne visais pas spécifiquement les Parisiennes, je ne connaissais même pas bien les différences entre les écoles. Au départ j’avais surtout choisi la prépa pour le challenge et pour trouver mes limites.

Mais en deuxième année, j’ai commencé à avoir d’excellentes notes en colle et aux concours blancs. Mes profs m’ont dit : “Tu peux viser HEC”, alors j’ai tenté.

Quels sont les avantages et les inconvénients d’être dans une petite prépa ?

Les avantages sont énormes :

  • On est très suivis. On était 20 en classe, donc les profs nous connaissaient très bien.
  • J’ai eu droit à plein de colles et de cours supplémentaires : chaque semaine, j’avais une colle d’ESH, parfois même des colles de maths en plus.
  • Comme les effectifs sont petits, les créneaux laissés par ceux qui ne les prenaient pas étaient disponibles pour les motivés.

L’inconvénient, c’est qu’il n’y avait pas assez de compétition. Je suis quelqu’un qui aime se dépasser, et l’hétérogénéité des profils faisait que je ne pouvais pas vraiment me comparer. Heureusement, en deuxième année, il y avait quelques cubes très forts (mention spéciale à mon mentor Lilian !), et là c’était une autre ambiance.

Tu as ressenti un complexe par rapport aux grandes prépas ?

Pas vraiment. Je ne me sentais ni meilleur ni moins bon qu’eux, mais je ne connaissais pas leur niveau. Mes profs me disaient que j’avais le niveau “grande prépa”, mais ça me faisait peur. On est dans l’inconnu total.

Comment t’es-tu préparé aux concours ?

En première année, j’ai suivi les cours de mes profs, je ne regardais quasiment pas de ressources extérieures.

En deuxième année, en maths, j’ai fait 90 % des annales des 20 dernières années. Du coup, j’étais prêt à tous les types de sujets, et j’ai eu 20 dans toutes les épreuves de maths. Mes professeurs de maths n’y étaient pas pour rien.

En ESH, j’utilisais Anki pour les dates, les faits, et je relisais souvent mon cours. En philo, j’avais de grosses lacunes (8 de moyenne en 1re année), mais je m’y suis mis sérieusement en deuxième année, j’ai bossé la méthodo et réfléchi sur le thème à fond.

Tu t’attendais à réussir aussi bien ?

J’avais 16 de moyenne en prépa, donc je savais que c’était jouable, mais rien n’est jamais garanti aux concours. J’étais assez confiant en sortant des épreuves, sauf pour l’ESH HEC où j’ai paniqué — au final j’ai eu 11, donc pas si mal !

Voici les notes de Sevastyan aux écrits :

Comment as-tu réagi en découvrant ton admissibilité à HEC ?

J’étais en train de préparer une colle d’anglais, et ce sont les premières années qui ont vu les résultats avant moi ! Ils ont sauté sur moi pour me l’annoncer. On a fêté ça tous ensemble dans la prépa. Néanmoins j’avais vu que j’étais 670ème et qu’il ne fallait donc pas rêver trop vite. Plus tard j’ai appris que c’était en partie dû à un 6 en philo HEC totalement inattendu.

Tu as senti un changement après cette annonce ?

Un peu, oui. Tout le monde était content, surtout parce que les bizuths ont vu que c’était possible de réussir à Dumas. Dans ma classe, trois personnes ont fini dans le top 3 cette année, c’était historique pour notre lycée. Avant nous, aucun admis à HEC depuis 10 ans !

Comment t’es-tu préparé aux oraux ?

Les professeurs m’avaient poussé à bien me préparer. On avait cours à 8h tous les matins pour les oraux. J’ai fait entre 10 et 20 colles par matière (maths, éco) en un mois. En CSH , j’étais le seul à en faire, mais mes profs m’ont soutenu à fond.

Pour le triptyque, je n’étais quasiment pas préparé car vous vous en doutez, j’étais tout seul, et il faut être 3. J’ai eu 12 quand même, donc ça va ! Tout ça grâce aux conseils méthodologiques de ma prof de Lettres et les conseils d’un ancien élève.

Tu as trouvé les oraux accessibles ?

Oui, franchement. Les jurys étaient bienveillants, les admisseurs aussi. J’étais dans la section langue rare (russe), donc j’ai passé tous mes oraux d’un coup avec peu de jours de pause. Ça m’a mis la pression, mais ça s’est bien passé.

L’ambiance entre admissibles était super sympa, même si on venait de prépas très différentes. J’ai aussi beaucoup aimé le rythme à HEC : deux oraux par jour, puis sport et discussions l’après-midi. Pas aussi stressant que ce que j’avais imaginé.

Tu as fait une énorme remontada aux oraux. Tu l’expliques comment ?

J’ai obtenu des notes intermédiaires partout et de très bonnes dans mes matières fortes : 17 en maths, 19 en russe. En maths, à HEC, j’étais dans le même groupe que des candidats ultra impressionnants : juste avant moi, le 1er en maths de Ginette, et juste après, le 7e HEC. Il ne fallait pas vaciller, mais j’ai tenu. Aux oraux , il faut toujours rester positif et essayer de profiter le plus possible tout en se reposant, avancer jusqu’au bout sans se décourager.

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Voici les notes de Sevastyan aux oraux :

Comment as-tu appris ton admission à HEC ?

J’étais seul dans une pièce. Les résultats ne devaient pas tomber tout de suite, mais j’ai vérifié par hasard à 15h… et j’ai vu : admis, rang 276. J’ai couru prévenir ma famille. J’ai reçu plein de messages, de mes profs, de mes potes… Un moment fou !

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Qu’est-ce qui t’a le plus surpris à HEC ?

L’ambiance. Le décalage avec la prépa est énorme : c’est beaucoup plus libre, plus ouvert. Tu rencontres des gens de partout, avec des parcours très variés. Et tu réalises que tu es à ta place, même si tu viens d’une petite prépa car plus personne n’en tient compte.

Tu te souviens d’un moment marquant pendant les oraux ? Une anecdote sympa ou stressante ?

Oui… une grosse bourde pendant l’entretien à l’ESCP ! J’ai réussi à dire “ESSEC” au lieu de “ESCP” au moins 4 ou 5 fois dans l’entretien…

Ce n’était même pas du stress ou un manque de préparation, c’était une vraie bourde d’inattention. Mais bon, j’ai fini par me rattraper en disant qu’il y avait les mêmes doubles diplômes à l’ESSEC et à l’ESCP.

C’était vraiment sous le coup de la fatigue , les oraux commençaient dès 7h. Je pensais avoir pris un énorme malus… et finalement j’ai eu 13 à l’entretien, alors que je pensais avoir 7. Comme quoi, même quand on se trompe, ça ne veut pas dire que c’est foutu.

Quel message veux-tu faire passer aux lycéens ou préparationnaires qui n’osent pas viser haut parce qu’ils viennent d’un petit lycée ou visent une “petite” prépa ?

Je suis la preuve qu’on peut réussir en partant d’une prépa très mal classée. Ma promo comptait 50 élèves, c’était littéralement la 3e pire prépa de France selon les classements dans ma filière, et pourtant, j’ai été admis à HEC.

Le classement ne reflète en rien la qualité de l’enseignement, mais plutôt les difficultés de recrutement des petites prépas et le cercle vicieux qui en suit. Dans ma classe, certains venaient de STAPS, certains n’avaient pas eu de mention au bac, d’autres avaient du mal avec les sommes en arrivant… Mais ça n’empêche pas d’avoir des professeurs formidables et investis à 100 % surtout pour aider ceux qui veulent se dépasser.

Je tiens d’ailleurs à remercier M Humeau, Mme Robin et M Martinez, mes professeurs d’économie et de mathématiques, qui ont cru en moi et m’ont énormément aidé. Dans l’ensemble, je ne peux que remercier tous les profs que j’ai eu en prépa et qui ont été tous derrière moi, mon succès est aussi la preuve de leur investissement.

Mon conseil, c’est de ne jamais se dire que c’est fichu d’avance. Même si on n’est pas premier de classe, même si on n’a pas fait un “grand” lycée, tant que les concours ne sont pas passés, tout peut encore changer. On peut corriger ses défauts, travailler plus, progresser. Et surtout : allez parler à vos profs. Ils peuvent faire une vraie différence. J’espère que mon parcours vous rassure, faites-vous confiance aussi car l’état d’esprit est un facteur clé dans la réussite.

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