Salvador Dali, La mémoire comme outil pour figer l’éphémère Salvador Dali, La mémoire comme outil pour figer l’éphémère
Analyse du tableau La Persistance de la mémoire de Salvador Dali, 1931   Introduction   C’est en 1931 que Salvador Dali peint La Persistance... Salvador Dali, La mémoire comme outil pour figer l’éphémère

Analyse du tableau

La Persistance de la mémoire de Salvador Dali, 1931

 

Introduction

 

C’est en 1931 que Salvador Dali peint La Persistance de la Mémoire, tableau qui sera, par la suite, plus connu sous l’appellation « les montres molles ». En effet, cette toile résolument surréaliste donne à voir 4 montres à gousset comme ramollies par le temps. L’image de montres « fondues » est d’ailleurs particulièrement révélatrice puisque Dali aurait eu l’idée un soir d’ajouter ces objets au paysage de la Catalogne qu’il était en train de peindre après avoir fini son camembert coulant.

On a donc ici une représentation métaphorique de la fuite du temps qui semble à première vu s’opposer à l’idée de « persistance » présente dans le titre. Un paradoxe apparent qui nous amène à interroger l’action de la mémoire sur cette fuite du temps mais aussi sur la perception du temps par l’individu.

Ainsi, comment cette dualité entre fugacité du temps et permanence de la mémoire illustre-t-elle la capacité de la mémoire à figer le temps qui passe ?

 

La fuite inexorable du temps

 

Tout d’abord, il s’agit de considérer ce qui peut apparaître comme un détail mais qui illustre bien une dimension majeure du tableau : la mouche posée sur la montre centrale. En effet, cet insecte pouvant s’envoler à tout moment symbolise la fugacité du temps qui passe et l’impossibilité pour l’homme de tenter de s’y opposer (j’invite quiconque en doute à tenter d’attraper une mouche posée sur son bras!).

Dans un premier temps donc, Dali, en utilisant la métaphore nous invite à réfléchir sur la fuite du temps et la vacuité de s’y opposer. De même, l’arbre visible sur la partie gauche du tableau est mort et témoigne de l’incapacité à lutter contre l’usure du temps. L’image de la mort et de l’action du temps est également présente avec les fourmis grignotant la montre sur la partie basse à gauche du tableau, symbole de la putréfaction que Dali associe au décès.

C’est une dimension essentielle du tableau mais pas forcément celle qui nous intéresse le plus directement pour le traitement du thème de la Mémoire. Notons tout de même que l’accumulation de métaphores témoigne de la dimension surréaliste du tableau. Un peu de culture artistique n’a jamais fait de mal et l’on est pas à l’abri d’un colleur pointilleux !

 

Un véritable paradoxe avec le titre du tableau

 

L’idée de « persistance » ne laissait, en effet, pas forcément imaginer une vision si fataliste de la part de Dali ! L’interprétation n’est, en réalité, pas si facile. En réalité, Dali nous livre une réflexion sur la complexité du temps et sur l’inutilité de sa mesure. Cet aspect est illustré par les montres molles, déformées et arrêtées et qui ne sont donc plus capables d’assumer leur fonction premières qui est de donner l’heure. L’ironie est d’autant plus grande que la montre, qui constitue un objet censé être à l’épreuve du temps, est ici présenté comme « fatigué par le temps » Dali veut ainsi se libérer des dogmes de la mesure : sans montres, le temps devient éternel !

 

Et la mémoire dans tout ça ?

 

N’oublions pas que Dali nous parle de la « Persistance de la Mémoire » et non de la « Persistance du temps » ! La mémoire est notamment représentée ici par le biais du souvenir dans le choix du paysage (port de Lligat, près de Cadaquès) qui rappelle à Dali sa jeunesse passée en Catalogne. La mémoire est ce qui permet de conserver une trace du passé, d’une certaine manière de figer le fugitif, de fixer l’éphémère. Le paradoxe initial n’en est plus un : le temps passe, c’est un fait, et la mémoire est l’outil le plus à même de répondre à la frustration de l’homme de ne pouvoir figer le temps. Plus que la mesure du temps, Dali nous propose la mémoire comme moyen pour l’homme de s’inscrire dans le temps qui passe comme le montre l’utilisation de son propre souvenir dans le choix du paysage.

 

Comment l’utiliser en dissertation ?

 

Utiliser un tableau dans une dissertation, c’est montrer que vous avez des connaissances vastes et que vous n’êtes pas seulement centré sur « le cours, le cours, le cours ». C’est aussi pouvoir se différencier des autres, chose que les correcteurs apprécie particulièrement.

Néanmoins, cet exemple ne doit pas constituer le centre de votre dissertation non plus sinon vous risquez de passer pour quelqu’un qui aurait fait l’impasse sur les référence plus « théoriques ». Il s’agit donc de l’associer avec une œuvre plus classique comme Le Lac de Lamartine par exemple. En effet, ce poème romantique écrit en 1820 reprend l’idée du temps fugace, insaisissable contre lequel le poète lutte grâce au souvenir. Lamartine ouvre même son souvenir, sa mémoire personnelle sur une mémoire collective, la lutte contre la fuite du temps devient alors universelle.  Lien vers l’article Major-Prépa sur ce sujet: https://www.google.com/url?q=https://major-prepa.com/culture-generale/memoire-ece-ecs-ect-lac-lamartine/&sa=D&ust=1536782370194000&usg=AFQjCNF1TqbJ9lY0UX5v2VyvSf3PkecM-g

Un rapprochement avec Bossuet et son Sermon sur la mort peut également être pertinent. Dans son discours, Bossuet prône une certaine acceptation de la mort (élément retrouvé chez Dali avec l’arbre ou les fourmis) et donc de la condition éphémère de l’individu. On retrouve chez Bossuet la même idée de dépassement de la volonté absolue de contrôle du temps.

Dresser un parallèle avec une autre œuvre de Dali, La désintégration de la persistance de la mémoire peut aussi permettre de donner plus d’épaisseur à votre réflexion et de montrer, sans pour autant tomber dans l’accumulation, toute l’étendue de vos connaissances. Il y utilise une technique qui lui est propre, la fragmentation moléculaire, qui peut être résumée par la phrase de Dali: « tout y est suspendu dans l’espace sans que rien ne touche rien ». Il semble ainsi intéressant d’y voir le parallèle entre la déstructuration du temps présente dans le tableau initiale et celle de l’espace dans sa version « défragmentée ». Dans la version initiale, le temps est déformé et la mémoire constitue l’outil permettant de figer ce temps qui passe, dans sa version désintégrée, c’est l’espace qui est déformé et c’est la mémoire du spectateur qui permet de donner un sens à cette oeuvre surréaliste.

 

  N’hésitez pas à lire nos autres analyses ICI 😉 

Marin Vogler

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