Les auteurs incontournables en prépa ECT #4 – Joseph Stiglitz Les auteurs incontournables en prépa ECT #4 – Joseph Stiglitz
La mondialisation et le paradoxe de l’abondance Attaquons-nous maintenant à ce qui fait que Stiglitz a été particulièrement critiqué par certains économistes, et encensé... Les auteurs incontournables en prépa ECT #4 – Joseph Stiglitz

En ECT, on connaît surtout Stiglitz pour ses travaux sur la théorie du salaire d’efficience avec Carl Shapiro. C’est notamment pour cela (avec ses travaux sur les asymétries d’information aux côtés de Spence et Akerlof) qu’il a obtenu le prix Nobel d’économie en 2001. Pourtant, ses travaux sont bien loin de se limiter à cela et c'est un auteur mobilisable dans de nombreux sujets qui abordent des chapitres très différents. On pourrait même dire qu’il est possible de citer un ouvrage ou une de ses théories pour chacune des parties du programme, donc dans à peu près tous les sujets de question de réflexion argumentée. Bien sûr, on ne pourra pas ici faire un résumé succinct de tous ses apports à la théorie économique. Pour autant, nous allons nous attarder sur certains points qui sont particulièrement intéressants par rapport au programme et surtout qui permettrait de faire largement la différence au concours grâce une référence originale et qui fait plaisir au correcteur.

 

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La mondialisation et le paradoxe de l’abondance

Attaquons-nous maintenant à ce qui fait que Stiglitz a été particulièrement critiqué par certains économistes, et encensé par les mouvements altermondialistes ou tous ceux qui critiquent les dérives du libre-échange à outrance. Ce qu’il faut savoir, c’est qu’il a été vice-président et économiste en chef de la Banque Mondiale entre 1997 et 2000. Mais cela ne l’a pas empêché d’être particulièrement critique envers cette institution et le FMI. Dans La Grande désillusion (2002), il affirme notamment que ces institutions internationales sont à la solde des pays les plus influents, et notamment les Etats-Unis, et les privilégient au détriment des pays en voie de développement. Selon lui, leurs actions auraient aggravé la crise asiatique de 1997 et entrainaient des conséquences sociales désastreuses alors qu’il était en poste à la Banque Mondiale.

Mais la preuve la plus flagrante que les institutions internationales sapent le développement des pays du Sud est pour lui l’échec du cycle de Doha en 2001. En effet, au début de ce « round », les pays émergents exigeaient des accords qui permettent une mondialisation plus juste, que les règles du commerce internationale établies par l’OMC ne soient pas justes à l’avantages des pays développés, notamment en ce qui concerne l’agriculture et la propriété industrielle. Mais les pays développés ont campé sur leurs positions, entrainant ce que l’on considère comme un symbole de l’échec de l’OMC.

De manière générale, Stiglitz est particulièrement critique envers la tournure de la mondialisation actuelle. Dans le documentaire qui lui est dédié intitulé Le monde selon Stiglitz (réalisé par Jacques Sarazin en 2009, que je conseille vivement de voir, il est disponible gratuitement sur Youtube, en français en plus), il démontre les effets néfastes de cette dernière à la fois aux Etats-Unis mais également et surtout dans les pays émergents.

On y suit d’abord le prix Nobel dans la ville de son enfance, Gary, autrefois considérée comme l’avenir du pays grâce à ses usines et sa puissance dans l’industrie de l’acier, aujourd’hui devenue une ville désertée par les entreprises et durement frappée par le chômage et la pauvreté, incapable d’être compétitive face aux nouvelles puissances économiques comme la Chine.

Mais ce qu’il souhaite surtout dénoncer, ce sont les travers de la mondialisation dans les pays émergents. En effet, puisque ces pays abondent en ressources naturelles, et que les firmes transnationales (FTN) s’installent dans ces pays pour les exploiter, on pourrait alors penser que la mondialisation soit une véritable opportunité pour ces pays et les populations locales. Or, on constate ce que Stiglitz nomme « le paradoxe de l’abondance ». Normalement, au plus un pays est riche en ressources naturelles, au plus elle devrait parvenir à se développer. Or, dans les faits, c’est tout l’inverse. Les FTN viennent « piller » les ressources, sans prendre en compte les enjeux sociétaux et environnementaux. Les populations locales sont expulsées de leur village, et les activités économiques à proximité sont mises à mal par la pollution de ces usines. On y voit par exemple l’usine Texaco en Equateur, entreprise pétrolière dont les extractions ravagent l’agriculture du pays. Dans une logique de minimisation des coûts pour la maximisation des profits et de la rémunération des actionnaires, ces FTN ne prennent pas les mesures nécessaires pour limiter leur impact, ce qui sape totalement l’économie domestique. Ce sont donc les FTN qui jouissent de ces ressources naturelles, et il en résulte une explosion des inégalités dans ces pays. C’est justement cette situation et ce paradoxe que les pays émergents ont dénoncé à l’occasion du round de Doha car, pour l’instant, l’OMC ne prévoit aucune sanction face à ce genre de comportement, et le commerce international ne profite qu’aux pays puissants. Si un certain effet de la mondialisation est donc visible dans les économies développées, ce sont surtout les pays émergents qui sont frappés de plein fouet par la mondialisation, que ce soit économiquement, socialement, ou écologiquement.

Ce paradoxe de l’abondance peut donc être particulièrement utile en cas de sujet sur le commerce international, et notamment l’OMC ou le libre-échange. Il permet de mettre en exergue pourquoi l’OMC semble aujourd’hui à bout de souffle, et pourquoi le libre-échange n’a plus cette image d’une doctrine idéale qu’elle avait lors des accords du GATT en 1944.

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Jean-Loup Osella

étudiant en prépa ECT à La Martinière Duchère à Lyon.