Interview d’Olivier Aptel, directeur général de Rennes School of Business Interview d’Olivier Aptel, directeur général de Rennes School of Business
Voilà maintenant près de dix ans qu’Olivier Aptel a pris les “Rennes” de l’école bretonne. (ndlr : nous tenons à nous excuser pour ce jeu de... Interview d’Olivier Aptel, directeur général de Rennes School of Business

Voilà maintenant près de dix ans qu’Olivier Aptel a pris les “Rennes” de l’école bretonne. (ndlr : nous tenons à nous excuser pour ce jeu de mot assez audacieux). Blague à part, Cet homme de 50 ans passé par Audencia et l’ESC Reims a véritablement permis à Rennes School of Business de franchir un cap, au point d’inquiéter aujourd’hui un top 10 français jusque là bien établi et de bousculer les hiérarchies dans certains classements.

L’école de la galette-saucisse serait-elle, 30 ans après la chaîne de télé M6, la nouvelle “petite qui monte” ? Comment interpréter ses récents choix stratégiques, toujours axés sur un même leitmotiv “Faire venir le monde à Rennes” ? Éléments de réponse avec cette interview exclusive du directeur général de la plus West Coast des écoles de management françaises.

 

Major-Prépa : En février 2006, le groupe ESC Rennes devenait l’ESC Rennes School of Business. Dix ans plus tard, vous avez choisi d’adopter l’appellation Rennes School of Business. Au-delà de la coquetterie sémantique, quel tournant stratégique cela traduit-il pour vous ?

Olivier Aptel : Il s’agit d’être conforme à notre marque telle qu’elle est utilisée et reconnue à l’étranger. C’est comme cela que les universités partenaires, les entreprises, les étudiants et les candidats nous appellent, aux Etats Unis comme en Asie. La référence « ESC » ne correspond plus aujourd’hui à une réalité du panorama des Grandes Ecoles de management françaises.

 

A propos  de tournant, Rennes School of Business a choisi de quitter la banque IENA fin 2015. Quels critères ont motivé cette « migration » vers CCIP ?

On peut ici parler d’un tournant. Les 2/3 des étudiants de notre Programme Grande Ecole sont issus des classes préparatoires. Nous croyons en la force de ce vivier qui distingue positivement les Grandes Ecoles françaises des autres Business Schools dans le monde, qui nous envient d’ailleurs son caractère qualitatif. Or, beaucoup d’étudiants ne passaient pas notre concours parce que nous n’étions pas affiliés à ELVi. C’est chose faite, et cela est cohérent avec notre proposition internationale qui intègre notamment les cours en langue anglaise.

 

L’école rennaise revendique son appartenance au top 10 des écoles de management françaises. Néanmoins, notre tableau des désistements croisés SIGEM démontre que seuls 15% des doubles admis Skema / RSB choisissent de s’aventurer dans le grand Ouest. De même, 71% des doubles admis Kedge / RSB privilégient l’école issue de la récente fusion entre BEM et Euromed. Sans renier l’éclosion spectaculaire de Rennes School of Business, ce « top 10 » rennais n’est-il pas moins une réalité qu’un objectif à moyen terme ?

Rennes School of Business vient de fêter ses 25 ans et est encore méconnue d’un certain nombre d’étudiants issus de classes préparatoires, bien que 12ème au SIGEM. L’Ecole figure en outre en 9ème position du classement général de L’Etudiant. L’un des classements les plus sérieux qui vérifie toute donnée transmise par les écoles.

Autre élément important, c’est la dynamique. Une école, comme Rennes School of Business, a le potentiel et les moyens de se rapprocher du Top 5 français :

  • Nous avons la triple couronne (EQUIS/AACSB/AMBA) seul critère objectif de qualité dans le monde entier
  • Nous proposons une offre singulière : nos professeurs permanents sont internationaux à près de 90%, 2000 étudiants sur les 4000 de l’école le sont également et nous disposons d’un réseau de 260 partenaires académiques dans le monde qui assure, sans frais de scolarité supplémentaire, une forte mobilité de nos étudiants.
  • Nous sommes autonomes financièrement*, ce qui veut dire que nous sommes à l’abris des aléas des politiques publiques. Par exemple, nous avons les moyens d’ouvrir un 4ème campus à Rennes de 4000 m2 en septembre 2017 ainsi qu’une résidence pour étudiants.

 

Comme nous en parlait Marie-Anne (étudiante en première année à Rennes Business School) la dimension internationale de l’école est omniprésente. Pourquoi avoir opté pour ce positionnement ? Quelles sont les nouvelles perspectives de l’école pour affirmer encore un peu plus son ADN « mondialisé » dans l’immédiat ?

Dès 2006, l’Ecole a renforcé cet élément distinctif en recrutant des professeurs internationaux de haut niveau capables d’offrir un portefeuille de programmes enseigné en anglais. Cela correspond à l’attente des recruteurs qui viennent chercher chez nous des profils, certes affûtés aux techniques du management, mais capables de s’insérer rapidement dans des équipes multiculturelles, en France où à l’étranger, ce qui fait que notre l’insertion professionnelle de nos étudiants est forte (+ de 50% sont pré-recrutés avant même d’avoir été diplômés).

Notre stratégie qui se résume à « Faire venir le monde à Rennes » bénéficie à nos étudiants français qui y développent leur agilité interculturelle.

En janvier dernier, Challenges vous classait à une bien décevante 20ème place dans leur palmarès des écoles de commerce post-prépa. Comment expliquez-vous cela ? La jeunesse de l’école (fondée en 1990) joue peut être en votre défaveur ?

Nous étions 10ème dans ce classement en 2014. Nous avons obtenu EQUIS depuis et nous nous retrouvons 20ème en 2016… C’est dire l’incohérence de ce classement.

Il faut donc faire la part des classements sérieux qui ont de la rigueur et les moyens de vérifier les déclarations des Ecoles, comme par exemple l’Etudiant où nous sommes régulièrement classés dans le Top 10 depuis plusieurs années.

 

En revanche, Rennes School of Business arrive directement en 9ème position du classement du « Financial Time – Master in Finance pre-experience » qui vient tout juste de sortir. Pas mal pour une nouvelle venue !

Notre Master en finance international a été créé il y a moins de 10 ans. Nous avons considéré que qu’il arrivait à maturité pour tenter le FT. Apparaître dans le top 50 mondial est déjà un résultat qui, comme le bon vin, se bonifiera avec le temps.

 

Une question plus personnelle pour conclure : après être passé par l’ESC Reims (devenue Neoma) et Audencia, vous dirigez l’école rennaise depuis près de 10 ans. Comment envisagez-vous l’avenir, après avoir beaucoup œuvré pour le succès de Rennes School of Business et sa montée dans les classements nationaux ? Avez-vous la bougeotte ou pensez-vous au contraire qu’il y a encore beaucoup à faire ici à Rennes ?

Si j’avais la bougeotte, je ne serais plus à Rennes depuis longtemps. Cette école a un énorme potentiel de figurer parmi les toutes premières institutions françaises, car son modèle est singulier et correspond aux attentes des entreprises et des étudiants. Sa triple couronne ne « sort pas du chapeau » et sa situation financière est solide. Peu d’écoles sont dans cette situation. Donc,  je poursuivrai avec conviction son développement pour en faire la référence européenne d’Ecole Globale de management.

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* remarque : Depuis 2016, Rennes School of Business est totalement indépendante sur le plan financier. L’école n’est plus tributaire des subventions de sa chambre de commerce et de l’industrie (CCI) affiliée.

Nous remercions chaleureusement monsieur Olivier Aptel pour le temps qu’il a bien voulu nous accorder.

 

Dimitri Des Cognets

Rédacteur en chef de Major-Prépa