Longtemps critiquée, la courbe de Phillips paraît obsolète, mais sa pertinence demeure sous certains régimes de changes fixes. En réalité, derrière cette apparente obsolescence se cache, pour François Geerolf, une réalité méconnue : le lien entre taux de chômage et variations du taux de change réel, révélant une facette inattendue de cette théorie économique.
Contexte
Cet article a pour but de résumer la lettre du CEPII publiée en avril 2021 et intitulée « La Courbe de Phillips n’est pas celle que vous croyez ». Elle a été rédigée par François Geerolf, conseiller scientifique au CEPII et professeur assistant à l’université de Californie, Los Angeles (UCLA).
Une résonance personnelle
Ce sujet m’est particulièrement familier et cher, car c’est durant mes années de lycée, au sein de ma classe préparatoire au lycée Henri-Moissan à Meaux, que j’ai été initié aux travaux du CEPII. Mon professeur de ESH nous encourageait régulièrement à lire les économies mondiales publiées par l’institution ainsi que les lettres du CEPII, pour mieux comprendre les dynamiques économiques contemporaines. Parmi toutes ces lectures, celle de François Geerolf intitulée « La courbe de Phillips n’est pas celle que vous croyez » est celle qui m’a le plus marqué. Elle m’a permis de découvrir une facette inattendue de cette théorie que je croyais bien connaître : le lien entre chômage et taux de change réel. Jusqu’alors, je n’avais jamais envisagé la courbe de Phillips sous cet angle, et cette lecture a profondément enrichi ma compréhension des arbitrages économiques contemporains.
Les Origines de la Création de la Courbe de Phillips
En 1958, l’économiste William Phillips publie son ouvrage The Relation between Unemployment and the Rate of Change of Money Wage Rates. À l’aide de données statistiques économiques du Royaume-Uni sur la période allant de 1861 à 1957, il met en évidence une corrélation négative entre le taux de chômage et le taux de croissance des salaires nominaux. Cette relation s’explique par les mécanismes d’ajustement sur le marché du travail : une hausse de la demande de travail entraîne une baisse du chômage, ce qui augmente le pouvoir de négociation des travailleurs. Cela conduit inévitablement à une hausse des salaires.
A titre personnel ce qui m’a marqué ici, c’est que la courbe de Phillips ne parlait pas d’inflation à la base ! En prépa, on pense souvent automatiquement à la relation chômage/inflation, alors que Phillips parlait d’abord de salaires.)
Plus tard, Samuelson et Solow (Analytical Aspects of Anti-Inflation Policy, 1960) ainsi que Lipsey (The Relation between Unemployment and the Rate of Change of Money Wage Rates: A Further Analysis, 1960) approfondissent ce travail. Ils proposent de remplacer le taux de croissance des salaires nominaux par le taux d’inflation, en raison du lien étroit entre ces deux variables. En effet, un faible taux de chômage entraîne des difficultés pour les entreprises à recruter, ce qui les pousse à offrir des salaires nominaux plus élevés. Cette hausse des salaires accroît les coûts de production, incitant les entreprises à augmenter leurs prix de vente. Par ailleurs, un faible taux de chômage reflète souvent une économie en bonne santé, où les entreprises anticipent une demande croissante, ce qui les conduit également à relever leurs prix.
Astuce de mémo perso : quand j’étais en prépa pour ne pas me tromper, je me rappellais que Phillips commence par le P… comme Paycheck qui le terme qu’il utilise . Donc à l’origine, Phillips = Paychecks = salaires nominaux.)
Les critiques monétaristes et néoclassiques
La courbe de Phillips a été critiquée par les économistes monétaristes et néoclassiques, notamment par Milton Friedman et Robert Lucas. Ils soutiennent que la relation entre inflation et chômage n’est pas durable à long terme en raison de l’ajustement des anticipations et de la neutralité de la politique monétaire. Selon eux, seule une surprise inflationniste peut avoir un effet transitoire sur l’emploi. Cette critique a conduit à la théorie du NAIRU (taux de chômage naturel), qui postule que tout effort pour réduire le chômage en dessous de ce seuil entraînerait une inflation croissante. (
Conseil d’exploitation pour une copie : mentionner le NAIRU est très utile pour problématiser un sujet sur la portée des politiques conjoncturelles. Mais attention, ce modèle suppose une rationalité forte des agents donc n’oubliez pas de nuancer !
Les défenseurs de la courbe de Phillips
Malgré ces critiques, certains économistes comme Sterdyniak et Le Bihan (1998) continuent à défendre la pertinence de la courbe de Phillips. Ils utilisent cette théorie pour critiquer le modèle WS-PS (Wage Setting-Price Setting), en soulignant l’hétérogénéité des marchés du travail et la segmentation entre travail qualifié et non qualifié.
Les Obsevations Empiriques remettent en cause de nos jours cette relation
François Geerolf donne des exemples d’épisodes économiques récents dans lesquels il semble compliqué d’observer la courbe de Phillips :
- La crise de 2008, qui, en théorie, aurait dû conduire à une déflation en raison d’une hausse importante du chômage. Or, un tel phénomène n’a pas été observé selon ce dernier.
- Le plan de relance de Donald Trump en 2017, qui n’a pas conduit à un épisode d’inflation alors que l’économie était au plein-emploi.
Pour autant la courbe de Phillips demeure d’actualité dans certains cas
La courbe de Phillips demeure pertinente dans certains contextes spécifiques. François Geerolf explique que la relation décrite par cette courbe se vérifie principalement dans les régimes de changes fixes. En effet, pendant la période d’austérité européenne, la déflation des prix a été particulièrement marquée en Grèce, au Portugal, à Chypre et en Espagne, ce qui illustre la validité empirique de la courbe dans ce type de régime.
Historiquement, la courbe de Phillips a pu être observée de manière probante à une époque où l’activité économique était davantage régulée, notamment sous le régime de l’étalon-or. Selon l’auteur, la fin des accords de Bretton-Woods marque une rupture : c’est à partir de ce moment que la courbe de Phillips cesse progressivement de se vérifier dans les régimes de changes flexibles.
Conclusion à tirer pour la méthodo : attention à ne pas mobiliser la courbe de Phillips comme une loi universelle ! Ce n’est pas une vérité empirique partout et tout le temps, mais une hypothèse à situer.
Explications
La réalité de la courbe de Phillips revelerai en fait une relation décroissante entre chomage et appréciation du taux de change réel et impliquerait dès lors un arbitrage entre competitivité et chomage.
Pourquoi ?
Pour le cas des biens échangeables en changes flexibles la baisse du chomage entraine une confiance des investisseurs par rapport à l’activité économiques du pays et entraine donc l’appréciation de la monnaie nationale donc une baisse de l’inflation. Donc dans ce cas-ci, une baisse du chomage entraine une baisse de l’inflation.
Néanmoins il faut noter que pour le cas des biens non-echangeable en changes flexibles : la baisse du chomage entraine une hausse de l’inflation donc une hausse du taux d’interet pour aboutir à une baisse l’inflation passant par une apprécaition monétaire.
Dès lors la courbe de Phillips telle que décrite à l’époque est bien respectée en changes fixes mais aussi en changes flottants dans le cas des biens non-échangeables. Néanmoins dans le cas d’un régime de changes flottants par rapport aux biens échangeables c’est une realtion positive entre qui se vérifie. Donc il n’y a pas d’arbitrage entre moins d’inflation ou moins de chomage mais entre moins de chomage ou moins de compétitivité.
La courbe de Phillips du taux de change montre que la manière d’éviter l’inflation supplémentaire qu’on obtiendrait en régime de change fixe avec une relance est de laisser le change nominal s’apprécier, ce qui se passe généralement aux États-Unis car on anticipe que la FED va augmenter ses taux, donc augmenter le taux de change nominal du dollar, donc les prix des produits importés vont devenir moins chers.
Dès lors le risque d’une relance non-coordonnée est le risque d’une dégradtion de la compétitivité du secteur manufacturier : un plan de relance accompagné d’une hausse des taux d’intérêt implique une appréciation de la monnaie, dès lors cela va déboucher sur une réduction du prix des produits importés. In fine, le secteur manufacturier national se dégrade en raison de la concurrence étrangère, ce qui conduit à des risques de désindustrialisation.
Conclusion
La courbe de Phillips, bien que critiquée par certaines écoles de pensée, conserve une pertinence particulière dans les régimes de changes fixes et sous certaines conditions sectorielles. Elle questionne profondément les arbitrages politiques économiques, notamment entre compétitivité et chômage, et souligne l’importance de la coordination internationale pour éviter les effets négatifs de la concurrence monétaire.