Major Prépa > Académique > Langues > Claudia Sheinbaum: bilan de deux ans de présidence
Deux ans après son investiture, le 1er octobre 2024, Claudia Sheinbaum recueille environ 70 % d’opinions favorables, selon les sondages d’El Financiero. Un score que bien des chefs d’État lui envieraient. Première femme élue à la tête du Mexique, avec 61,18 % des voix, elle met en avant la baisse des homicides, la hausse du salaire minimum et un niveau record d’investissements étrangers. Mais la présidente est aussi attendue sur d’autres terrains : les plus de 135 000 personnes disparues, une croissance modeste, un traité commercial avec les États-Unis encore en discussion et des affaires qui touchent son parti, Morena. Alors, que montrent les chiffres ? Quel est le véritable bilan de la présidence de Claudia Sheinbaum, deux ans après son élection? Tour d’horizon des résultats, des débats qu’ils suscitent et des échéances qui s’annoncent, à commencer par les élections de juin 2027.
Une présidente largement élue, dans la lignée d’un mouvement
Un scrutin sans appel en 2024
Le 2 juin 2024, Claudia Sheinbaum s’impose avec près de 36 millions de voix. Scientifique de formation, ancienne cheffe du gouvernement de Mexico, elle succède à son mentor Andrés Manuel López Obrador, dit AMLO, et entre en fonctions le 1er octobre. Sa coalition domine le Congrès, ce qui lui permet de modifier la Constitution sans négocier avec l’opposition. C’est ce rapport de forces qui rend possibles les grandes réformes des deux dernières années.
Une cote qui résiste à l’usure
Les enquêtes d’El Financiero la situent entre 68 et 70 % d’approbation, et la présidente cite elle-même jusqu’à 75 % selon d’autres sondages. Comment l’expliquer ? Ses partisans évoquent les aides sociales et le recul de la violence. Des analystes ajoutent sa défense de la souveraineté mexicaine face à Donald Trump, bien accueillie dans l’opinion. Aucune étude ne mesure le poids de chacun de ces facteurs, qui peuvent s’additionner.
Héritière, mais avec sa méthode
Sheinbaum se réclame de la « Quatrième Transformation » lancée par AMLO. Elle a conservé les grands programmes sociaux, confirmé le rôle de Pemex et de la CFE et inscrit plusieurs droits sociaux dans la Constitution. Son style, en revanche, diffère : plus technique, plus tourné vers le renseignement et la coordination avec Washington. La formule des « câlins plutôt que des balles », associée à son prédécesseur, a cédé la place à une politique de sécurité plus offensive.
Sécurité : des homicides en recul, des défis qui demeurent
Des chiffres en forte baisse
C’est l’argument central du gouvernement. Selon le Secrétariat exécutif du Système national de sécurité publique, la moyenne quotidienne d’homicides volontaires est passée de 86,9 en septembre 2024 à 40,8 en août 2026, soit 53 % de moins. Le gouvernement vise désormais une moyenne sous les 40 par jour pour l’année. L’institut INEGI, indépendant, emploie une méthode différente et publie d’autres valeurs, mais il constate lui aussi une baisse nationale.
Les moyens déployés
Pour le ministre de la Sécurité, Omar García Harfuch, ce résultat tient au renforcement de la Garde nationale, forte d’environ 120 000 membres, et au travail de renseignement. Entre octobre 2024 et juillet 2026, selon le discours présidentiel de septembre, 63 000 personnes ont été arrêtées et plus de 32 000 armes saisies. Début 2026, une opération a abouti à la mort d’« El Mencho », chef du cartel Jalisco Nouvelle Génération. Plus de cent figures du narcotrafic ont aussi été extradées vers les États-Unis.
Ce que les statistiques ne disent pas
Une baisse des meurtres suffit-elle à parler d’un pays apaisé ? Les observateurs sont partagés. Le Mexique compte plus de 135 000 disparus, un dossier sur lequel gouvernement et associations de familles divergent. L’extorsion ne recule pas au même rythme que les homicides, et huit États concentrent plus de la moitié des meurtres. Côté presse, Reporters sans frontières note que 27 % de ses 22 demandes ont avancé, sans progrès jugé significatif. Le gouvernement rappelle de son côté que la tendance générale est à la baisse. Le bilan de Claudia Sheinbaum peut donc être vu comme celui d’un pays en cours d’apaisement.
Économie et social : des salaires en hausse, une croissance modérée
Le pari du pouvoir d’achat
Le gouvernement en a fait sa priorité. Le salaire minimum mensuel est passé de 2 800 pesos en 2018 à 9 582 en 2026, soit une hausse réelle de 154 % selon les chiffres officiels. En 2026, une réforme constitutionnelle a aussi plafonné la semaine de travail à 40 heures, avec une baisse de deux heures par an entre 2027 et 2030, sans réduction de salaire. Les programmes « Bienestar » devraient toucher près de 43 millions de personnes d’ici la fin de l’année.
Une économie qui avance à petits pas
Côté activité, le rythme reste mesuré. La croissance de 2025 est estimée à environ 0,4 % par des analystes, puis le PIB a progressé de 1,9 % sur un an au deuxième trimestre 2026. La banque centrale, Banxico, prévoit 1,5 % pour l’année. Le peso est stable, autour de 17 pour un dollar, et l’emploi atteint un niveau record, avec environ 60 millions d’actifs. Certains économistes notent que les grandes réformes fiscale et énergétique sont encore à venir, ce que l’exécutif présente comme un choix de stabilité.
Investissements : un record, mais lequel ?
Le gouvernement met en avant 35 milliards de dollars d’investissements étrangers directs (IDE) au premier semestre 2026, un niveau jamais atteint. Une analyse nuance ce chiffre : l’essentiel viendrait de bénéfices réinvestis, tandis que les investissements entièrement nouveaux auraient reculé d’environ 13 %. Cette donnée n’est issue que d’une source. Parallèlement, le « Plan México » promet un guichet unique pour accélérer les permis, et un projet de loi vise à encadrer les investissements étrangers, notamment chinois.
Face à Washington : coopérer, mais jusqu’où ?
Des attentes américaines sur les cartels
La relation avec les États-Unis est l’un des dossiers les plus suivis, et joue un rôle important dans le bilan de Claudia Sheinbaum. En septembre, devant l’ONU, Donald Trump a décrit le Mexique comme un « épicentre » de la violence des cartels. D’après le New York Times, Washington a remis à Mexico un document proposant que des agents américains accompagnent certaines opérations sur le sol mexicain. La présidente a répondu que la loi mexicaine ne le permet pas, résumant sa ligne en une formule : coopération oui, subordination non.
Le T-MEC, un traité à renégocier
Sur le front commercial, la première revue du T-MEC, en juillet, n’a pas débouché sur une prolongation automatique de seize ans. Washington propose dix ans avec des révisions annuelles, quand Mexico et Ottawa demandent seize ans. Le Mexique réclame aussi une baisse des droits de douane américains sur l’acier, l’aluminium et les voitures. Le 12 octobre, Claudia Sheinbaum indiquait que les discussions avançaient sans accord final et que le traité n’était pas remis en cause.
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Deux façons de lire la stratégie
Concessions ou pragmatisme ? Le gouvernement mexicain parle d’une coopération assumée, dans le respect de la souveraineté. Certains analystes y voient des gestes pour éviter une escalade, d’autres une manière efficace de protéger les échanges commerciaux. Les extraditions, les renforts à la frontière et l’étude d’achats supplémentaires de produits américains en font partie. Les deux dirigeants ont d’ailleurs suivi ensemble la finale de la Coupe du monde, le 19 juillet.
Institutions et vie politique : des réformes en débat
La justice, élue pour la première fois
Héritée d’AMLO, la réforme judiciaire a fait élire juges et magistrats au suffrage universel en juin 2025, avec une participation d’environ 13 %. Le gouvernement y voit une justice plus proche des citoyens. Human Rights Watch et d’autres ONG craignent au contraire une perte d’indépendance, plusieurs élus étant proches de Morena. En 2026, Claudia Sheinbaum a proposé de repousser la seconde élection judiciaire à juin 2028.
Morena et ses affaires
Le parti présidentiel fait face à plusieurs controverses. La plus commentée concerne le sénateur Adán Augusto López, proche d’AMLO, dont l’ancien responsable de la sécurité au Tabasco, Hernán Bermúdez Requena, est accusé de diriger le groupe criminel La Barredora. López a quitté la tête du groupe de Morena au Sénat en février 2026, puis a reçu la coordination électorale de six États pour 2027. Morena promet d’écarter les candidats liés au crime organisé ; l’opposition réclame des enquêtes. Ces scandales pourraient entâcher le bilan de Claudia Sheinbaum.
Juin 2027, première grande épreuve
Le 6 juin 2027, les Mexicains renouvelleront leurs 500 députés et 17 gouverneurs. Selon El Financiero, Morena recueille 46 % des intentions de vote, contre 8 % pour le PAN et 6 % pour le PRI, avec 31 % d’indécis. Le scrutin peut encore évoluer : ce rendez-vous dira si la popularité de la présidente profite à son parti, ou si ses difficultés internes pèsent davantage.
Un rapprochement avec l’Espagne
En avril 2026, Claudia Sheinbaum s’est rendue à Barcelone, sa première visite en Europe, où elle a rencontré Pedro Sánchez. Après la reconnaissance par Felipe VI d’« abus » durant la Conquête, le roi l’a invitée au sommet ibéro-américain de Madrid, les 4 et 5 novembre.
Les relations s’étaient refroidies depuis la demande d’excuses d’AMLO en 2019. Pour l’Espagne, premier investisseur européen au Mexique, la présence de la présidente serait un signe de normalisation. Pour Mexico, la décision dépend aussi d’un agenda chargé, entre Washington, Pékin et Madrid.
Conclusion
Des acquis et des questions ouvertes
Après deux ans, le bilan de Claudia Sheinbaum peut se prévaloir de résultats réels : une baisse spectaculaire des homicides, des salaires relevés, une réforme du temps de travail et une popularité intacte. Mais ces succès cohabitent avec de vraies fragilités : des disparitions massives, une croissance faible, une dépendance étroite vis-à-vis des États-Unis et un pouvoir très concentré. L’on peut affirmer au moins une chose : la présidente a gagné la bataille de l’opinion ; son bilan est souvent encensé, et à raison sous certains aspects.
Ce qu’il faudra observer d’ici 2027
Trois signaux compteront. D’abord, la durée de la baisse des homicides, et la capacité de l’État à traiter la question des disparus. Ensuite, l’issue des négociations du T-MEC et l’éventuelle pression américaine sur les opérations antidrogue. Enfin, le comportement de Morena aux élections de juin 2027, entre unité et scandales.
Vocabulaire
- Bilan de mandat : balance de gestión
- Cote d’approbation : índice de aprobación
- Taux d’homicides : tasa de homicidios
- Disparitions forcées : desapariciones forzadas
- Garde nationale : Guardia Nacional
- Salaire minimum : salario mínimo
- Semaine de travail de 40 heures : jornada laboral de 40 horas
- Investissement étranger direct : inversión extranjera directa
- Droits de douane : aranceles
- Souveraineté : soberanía
- Réforme judiciaire : reforma judicial
- Élections de mi-mandat : elecciones intermedias
