Où en est l’intégration régionale nord-américaine ? Où en est l’intégration régionale nord-américaine ?
L’Amérique du Nord est englobée dans une vaste zone de libre-échange, nommée ALENA (Accord de Libre-Echange Nord-Américain) dont le destin est aujourd’hui menacé par... Où en est l’intégration régionale nord-américaine ?

L’Amérique du Nord est englobée dans une vaste zone de libre-échange, nommée ALENA (Accord de Libre-Echange Nord-Américain) dont le destin est aujourd’hui menacé par la politique de Donald Trump, alors même que les Etats-Unis ont été à l’initiative de l’intégration régionale en Amérique du Nord.

 

Quels sont les enjeux actuels de cette zone de libre-échange nord-américaine ? Et quels sont les rapports entretenus entre l’Amérique du Nord et l’Amérique Latine en termes d’intégration régionale ?

Revenons tout d’abord en arrière, sur la politique américaine en matière d’intégration régionale. Longtemps, celle-ci s’est limitée à une volonté d’application de la doctrine Monroe (1823), doctrine qui définit l’Amérique Latine comme le « pré carré » des Américains, et qui déclare que toute ingérence européenne en Amérique Latine serait considérée comme une menace pour la paix et la sécurité. Les Etats-Unis, ont donc cherché, au début du XXème siècle, à étendre leur mainmise sur l’ensemble du continent américain, en luttant contre les influences étrangères.

Cette volonté des Etats-Unis peut s’illustrer par le projet de l’OEA (Organisation des Etats Américains), lancé en 1948 et dont le siège se situe à Washington. L’OEA réunit aujourd’hui l’ensemble des pays d’Amérique du Nord et d’Amérique Latine, autour de sujets comme la défense de la démocratie et des droits de l’Homme, ou encore la lutte contre la corruption et les trafics de drogues. Ce sont là des sujets chers à Washington, qui témoignent de la volonté d’établir l’influence américaine sur l’ensemble du continent.

Toutefois, l’influence américaine en termes d’intégration régionale n’a pas dépassé le cadre politique. En effet, en matière économique, le projet d’une vaste zone de libre-échange américaine, s’étendant sur tout le continent américain, n’a pas abouti. Initié en 1994 en profitant de l’essor de la mondialisation et du néolibéralisme, qui favorisent la création de vastes marchés communs, le projet fut rejeté au milieu des années 2000 par les pays sud-américains, car les gouvernements progressistes alors en place craignaient de subir l’hégémonie des Etats-Unis. L’abandon de ce projet fut officiellement annoncé par Barack Obama en 2009.

Si l’Amérique latine a rejeté l’influence américaine, cela n’est pas/n’a pas été le cas du Canada ni du Mexique. Ces pays ont fondé en 1994 avec les Etats-Unis l’ALENA, vaste zone de libre-échange où plus de 1000 milliard de dollars d’échanges se sont réalisés en 2015. La force de l’ALENA repose sur la complémentarité de ses pays membres : le Canada est un important fournisseur de matières premières (bois, pétrole, minerais), les Etats-Unis apporte les technologies, et enfin le Mexique détient une main d’œuvre abondante et bon marché. Cette complémentarité favorise dès lors l’essor de maquiladoras, usines situées au Mexique le long de la frontière américano-mexicaine, bénéficiant d’une exonération des droits de douane et dont une grande partie de la production part aux Etats-Unis. Cet accord de libre-échange a donc favorisé le développement économique de ses membres (engendrant par exemple une hausse de 300% des échanges entre les Etats-Unis et le Canada depuis l’entrée en vigueur de l’accord), mais également créé une synergie forte, notamment aux frontières des états membres, en donnant naissance à de véritables twin-cities (villes frontalières jumelles), comme par exemple Tijuana-San Diego.

 

L’ALENA fait cependant face aujourd’hui à de nombreuses critiques, notamment en provenance des Etats-Unis. Les Etats-Unis craignent en effet la montée en puissance de la Chine, ainsi que ses investissements massifs au Mexique via des IDE (Investissements Directs à l’Etranger). Ceux-ci permettent aux Chinois de pouvoir produire au Mexique et ensuite de vendre leur production aux Etats-Unis évitant ainsi les droits de douane. Il faut ajouter à cela d’autres tensions économiques récurrentes entre les Etats-Unis et le Canada, et qui sont aujourd’hui exacerbées par les mesures protectionnistes exigées par Donald Trump. Son annonce de taxer à 10% les importations d’aluminium et à 25% celles d’acier (le Canada est aujourd’hui le premier fournisseur des Etats-Unis pour ces 2 métaux) rappelle également celle du relèvement en 2017 des droits de douanes à hauteur de 20% sur l’importation du bois d’œuvre canadien.

A ces tensions économiques s’ajoutent des tensions plus politiques issues en grande partie des positions pré-électorales de Donald Trump. Ses promesses de campagne, telle que la construction d’un mur à la frontière mexicaine, mais également sa volonté de renégocier l’ALENA (le 7ème round de négociation a débuté le 5 mars 2018, à Mexico) crispent et tendent les relations entre les Etats membres. Le Canada et le Mexique ont cependant une fine marge de manœuvre pour résister à l’assaut américain, en raison de leur forte dépendance vis-à-vis de l’économie américaine (ainsi 77% des exportations canadiennes et 81% des exportations mexicaines sont dirigées vers les Etats-Unis).

L’intégration régionale de l’Amérique du Nord est donc actuellement malmenée par les politiques isolationnistes et protectionnistes de Donald Trump. Les Etats-Unis, qui cherchent à défendre leur secteur industriel en restaurant ou en augmentant les droits de douanes, remettent en question le principe même de l’ALENA, qui se fondait sur une division du processus de production issue de la complémentarité de ses États membres.

Nicolas PREVOSTO

Etudiant en première année à l'ESSEC et ancien préparationnaire à l'Institution des Chartreux (Lyon). Rédacteur d'articles de géopolitique

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