L’apartheid en Afrique du Sud L’apartheid en Afrique du Sud
L’apartheid est le résultat de politiques et de mesures toujours plus discriminantes contre les populations non-Blanches d’Afrique du Sud et engagées dans les années 1950.... L’apartheid en Afrique du Sud

L’apartheid est le résultat de politiques et de mesures toujours plus discriminantes contre les populations non-Blanches d’Afrique du Sud et engagées dans les années 1950. Les Afrikaners sont les héritiers de la colonisation néerlandaise de l’Afrique du Sud, et se sont toujours considérés comme menacés par les autres populations du pays. Persuadés d’être une sorte de peuple élu, ils ont craint la dilution de leurs valeurs et traditions dans l’effervescence culturelle dans un pays où la diversité des sociétés est reine. Pour preuve, l’on distingue quatre grands groupes raciaux en Afrique du Sud : les Blancs, composés à 60% d’Afrikaners et à 40% d’anglophones, les Indiens, les métis et les Noirs. Les politiques de ségrégation qui ont mené à l’apartheid sont aussi le fruit d’une croyance qui voudrait que les Blancs soient les guides de civilisations sous-développées. Cette ségrégation a donc été motivée par l’intérêt et par le désir de sécurité face à une population noire majoritaire.

 

Les premières grandes réformes des années 1950

Lors des élections de 1948, le Parti National et le Parti Afrikaner construisent ensemble leur programme sur la base d’une défense de l’identité afrikaans. Leur surprenante victoire va poser les futures bases de l’apartheid et va désormais centrer le discours non plus sur la défense de l’Afrikaner, mais sur celle de la communauté blanche d’Afrique du Sud (avec donc anglophones et lusophones). Le gouvernement institutionnalise les lois raciales préexistantes et fait passer les premières grandes réformes qui diviseront socialement et géographiquement le pays :

 

– 1949 : les mariages mixtes sont interdits.

 

– 1950 : la loi d’habitation séparée impose des zones urbaines d’habitation basées sur la race.

 

– 1950 : les individus sont désormais catégorisés selon quatre groupe raciaux : Blancs, Noirs, coloureds, et Indiens.

 

– 1952 : la loi sur les laissez-passer impose à chaque Noir de plus de 16 ans d’avoir constamment sur soi un laissez-passer.

Jusqu’aux années 1990, le système connaitra quelques légères évolutions, mais sans grand changement pour le système dont les bases auront été posées au début des années 1950. Beaucoup de gens de couleur, et en majorité les Noirs qui seront les principales victimes de cet apartheid, se sentiront comme des étrangers dans leur propre pays.

 

 

 

Contestations et Résistances

Diverses résistances larvées s’organisèrent dans toutes les catégories de la population. Des Blancs libéraux par exemple s’opposèrent à cette politique discriminante, mais la principale source de contestation fut la communauté noire qui fit de l’African National Congress (ANC, fondé en 1912) son porte-parole. L’ensemble des mouvements contestataires écrivent en 1955 la Charte de la liberté, pétition qui sera signée par 1 000 000 de personnes, et qui prône la fin de la ségrégation et l’établissement d’une économie d’inspiration socialiste. Le gouvernement, résolument anti-communiste, procède à une vague d’arrestations dont Nelson Mandela, dont les prisonniers seront jugés puis acquittés à la suite de procès qui ont déchainé les foules. Dans la décennie suivante, l’opposition peine à s’organiser et certains se radicalisent. Une branche armée de l’ANC est créée et certains de ses membres, dont N. Mandela, seront condamnés à la prison à perpétuité. Dans les années 1980, la contestation est telle dans les townships que le gouvernement décide de l’état d’urgence et l’armée y est envoyée.

 

Condamnations et sanctions internationales

Dans les années 1970 et 1980, le pays est progressivement soumis à des embargos commerciaux qui font passer son taux de croissance de 5% en 1974 à 1% en 1990. Les escalades de violences contre l’apartheid et les mesures de répression qui s’en suivent inquiètent les partenaires commerciaux qui ne décident pourtant pas d’importantes sanctions économiques (embargo sur les importations de charbon,…). Seuls les Etats-Unis adoptent une position réellement dure contre l’Afrique du Sud en renforçant les sanctions, alors qu’ils sont le premier partenaire du pays : les exports sud-africaines vers les EU chutent de 44,4%. Des pays orientaux comme Taïwan profitent de ce retrait occidental pour gagner des parts de marché. Malgré le départ de 40% des firmes multinationales, le pays continue à maintenir des liens étroits avec ces dernières via des schémas économiques et financiers, car l’Afrique du Sud ne peut se passer du commerce extérieur qui représente près de 60% de son PIB et qui fait d’elle un des BRICS aujourd’hui.

Le boycott culturel et sportif du pays est autrement plus symbolique : en 1968, l’Afrique du Sud est exclue du comité olympique, et les Springboks, l’équipe de rugby formée entièrement de joueurs blancs, sont aussi critiqués et évités par les équipes internationales. Le film « Mandela : un long chemin vers la liberté » témoigne aussi de l’importance qu’a eu cette équipe dans la reconstruction d’une cohésion nationale.

 

Fin de l’apartheid

En 1989, Frederik de Klerk est élu président et annonce d’importantes réformes concernant la fin de l’apartheid qui avait tant divisé le pays. Mais cette fin devient hautement symbolique avec l’élection de Nelson Mandela en 1994, alors qu’il avait passé 27 ans en prison. Une nouvelle constitution est adoptée, de nouveaux emblèmes nationaux sont choisis. Alors que la communauté internationale redoutait un conflit civil similaire à celui de l’Algérie, l’Afrique du Sud réussit une évolution pacifique et peut se vanter d’avoir engagé des évolutions si importantes en si peu de temps. Certains soulignent cependant que le pays ne mérite pas son surnom de « Rainbow Nation », car la violence y est encore endémique et l l’héritage de discrimination est encore prégnant (40% de chômage chez les Noirs, SIDA très répandu aussi parmi cette communauté,…).

 

 

Nicolas Berrou

Étudiant à HEC Paris Ancien préparationnaire au Lycée Saint-Vincent de la Providence à Rennes.