sable

Le sable évoque souvent les loisirs et l’évasion, mais il constitue surtout une ressource stratégique essentielle aux économies modernes. Découvre comment cette ressource joue un rôle central dans les économies modernes et la géopolitique contemporaine.

Une ressource stratégique abondante, mais non substituable

Une ressource indispensable au monde contemporain

Le sable est aujourd’hui la matière première la plus demandée au monde après l’eau. Cette ressource est en effet présente dans la production de nombreux produits : le verre, le ciment, la peinture, les puces informatiques et même les produits cosmétiques. Chaque année, le monde consomme entre 30 et 50 milliards de tonnes de granulats.

Les secteurs de la construction et de l’aménagement du territoire sont les plus gourmands en sable. L’Asie arrive en effet en tête de la consommation de ciment. Au sommet du marché mondial du ciment trône la Chine. Son urbanisation croissante ainsi que ses grands projets d’infrastructures expliquent cette place. Parmi les autres grands consommateurs de ciment, on peut citer l’Inde, Singapour, Dubaï, mais aussi les Pays-Bas et l’Allemagne.

Une ressource abondante, mais inégalement accessible

Les différents types de sable

À première vue, le sable est une ressource extrêmement abondante. On peut en effet l’extraire des carrières, des océans, des déserts ou des cours d’eau. Néanmoins, tous ces granulats ne sont pas utilisables.

On distingue différents types de sable : le sable marin et celui du désert. Tandis que l’un provient de l’érosion de l’eau, l’autre est le résultat de celle de l’air. Le sable éolien est rond et très lisse, rendant l’agglomération des grains très difficile. Ainsi, ce sable est inutilisable pour la production de béton.

La raréfaction du sable

Ensuite, le sable n’est pas également réparti sur la planète. Si la raréfaction des granulats est un problème global, il affecte davantage certaines zones. L’Asie fait, par exemple, face à une forte baisse de la disponibilité de la ressource à un prix abordable. À plus faible échelle, la raréfaction du sable, notamment dans les carrières terrestres, pousse à l’exploitation du sable de plage et de rivage.

Par ailleurs, rendre le sable exploitable demande une grande quantité d’énergie. L’extraction du sable, son lavage, son transport et sa transformation sont autant d’étapes que la pression sur les ressources énergétiques rend délicates. Faible disponibilité du granulat et hausse de prix constituent donc des problèmes majeurs pour une ressource que l’on considère pourtant infinie.

Le sable au cœur de la géopolitique contemporaine

Un outil redessinant les territoires

Une ressource servant l’expansion territoriale

Le sable est un élément indispensable à la construction et à l’aménagement du territoire. Ainsi, il constitue un outil majeur d’expansion territoriale. Par exemple, la Chine utilise le sable en mer de Chine méridionale pour poldériser les récifs et construire des bases. C’est un moyen pour Pékin de tisser sa toile dans cette zone stratégique et de légitimer ses revendications territoriales.

De son côté, Singapour a agrandi son territoire grâce à des importations de sable ayant entraîné la disparition de certaines îles d’Indonésie.

Des problématiques sans réponses

Cet usage expansionniste du précieux minéral pose problème du point de vue du droit. Dans Géopolitique du sable, Julien Bueb rappelle que seul l’État initial compte. Les extensions territoriales artificielles ne modifient pas la nature du statut juridique de l’État.

Cependant, si l’on se penche sur le problème inverse, advenant lorsqu’un État disparaît en raison d’une trop forte érosion, les interrogations se multiplient. « Qu’adviendrait-il d’un État archipélagique et des ressources de sa mer territoriale en cas de disparition ? Cesserait-il d’exister ou pourrait-il obtenir un statut d’État en exil ? », questionne Julien Bueb.

Cette question reste à l’heure actuelle sans réponse. Elle nourrit de vifs débats entre les partisans d’une conservation des États immergés et les défenseurs des États terrestres.

Sable et politique sécuritaire

Le cadre sécuritaire constitue un usage non conventionnel du sable. L’UE agit beaucoup sur la ressource pour servir sa lutte contre le terrorisme ou encore sa politique migratoire.

Comme le rappelle Julien Bueb dans Murs de sable, lutte contre le terrorisme et sous-traitance des politiques migratoires, la France s’est appuyée sur Lafarge pour lutter contre Daesh en Syrie. Lafarge a en effet maintenu ses activités dans la zone de présence accrue du groupe. D’autre part, s’élèvent au Sahel et au Maghreb des murs de sable. Ces derniers ont pour but de freiner les migrations.

La montée de l’exploitation illégale de sable

La raréfaction et le marché lucratif du sable nourrissent des pratiques illégales autour de la ressource. Les groupes participant à ces activités illégales se nomment « mafias du sable ». En réalité, derrière ce terme très générique se cachent hommes d’affaires, entreprises, citoyens et responsables politiques.

La plupart du temps, les extractions illégales et le transport de la ressource sont négociés grâce à des pots-de-vin. L’Inde abrite, par exemple, de nombreuses mafias du sable. C’est notamment le cas le long de la rivière Son, où des travailleurs illégaux s’activent à récolter l’or jaune pour un salaire de misère.

Les mafias du sable sont aussi la cause d’une montée de violence et d’insécurité dans les zones qu’elles occupent. Ainsi, près d’une douzaine de personnes sont décédées au Kenya lors de règlements de compte entre gangs rivaux.

Les enjeux d’une gouvernance internationale du sable

Les conséquences de l’exploitation du sable

Déplacements de populations

Les fleuves et les rivières transportent naturellement des sédiments jusqu’aux littoraux. C’est notamment par ce biais que les plages se renouvellent. Seulement, l’exploitation de quantités titanesques de l’or jaune provenant des rivières prive aujourd’hui les côtes de cette régénération naturelle.

Par conséquent, l’érosion pousse au déplacement de nombreuses populations. Les côtes du Ghana en subissent déjà les conséquences. Certaines communautés de pêcheurs ont en effet vu leurs villages engloutis.

Conséquences écologiques

D’un point de vue écologique, l’extraction du sable est un désastre. Le dragage en mer ou en rivière remet en suspension des sédiments fins pouvant libérer des polluants. L’extraction du sable dans les zones côtières modifie le niveau des sols et des nappes. L’eau de mer est alors susceptible de pénétrer dans les nappes d’eau douce. Ces dernières deviennent dès lors impropres à la consommation ou à l’agriculture. Du côté des carrières, le creusement et le concassage du sable émettent beaucoup de poussières fines.

Par ailleurs, le sable stabilise également les écosystèmes côtiers. Des espèces comme les mangroves et les herbiers marins en dépendent pour se développer. La raréfaction du sable met donc en danger ces espèces et fragilise l’équilibre des écosystèmes.

Vers de nouvelles régulations internationales

Encore trop peu de bruit émane du problème de la raréfaction du sable. Dès 2014 pourtant, le Programme des Nations unies pour le développement soulève cet enjeu majeur. L’ONU recommande, entre autres, le développement d’une économie circulaire autour de la ressource. Cela suppose sa réutilisation ou encore le recyclage de matériaux de démolition.

Elle prône aussi une meilleure gouvernance des pratiques d’extraction ainsi que le développement de recherches. Ces dernières doivent permettre de surveiller la ressource en la cartographiant et en étudiant sa disponibilité. La médiatisation du problème et les efforts à fournir restent cependant colossaux.

Alternatives

De plus en plus d’entreprises combattent la raréfaction du granulat en misant sur le sable industriel. Ce dernier est produit à partir du concassement de roches ou de résidus miniers. C’est notamment le cas en Chine, où cette alternative est indispensable pour soutenir l’urbanisation du pays.

De son côté, la Suisse opte pour le recyclage. Métaux lourds et cendres provenant de l’incinération de déchets servent en effet de substituts à l’or jaune. Une autre piste est celle du plastique recyclé. On estime en effet que les routes en plastique sont trois fois plus durables que les routes en asphalte. Pour autant, elles soulèvent d’autres problèmes en ce qu’elles pourraient être à l’origine de l’infiltration de particules de plastique dans les sols. Cette alternative est déjà à l’essai. En effet, les Pays-Bas ont inauguré en 2018 la première piste cyclable en plastique recyclé.