Concours Diplo D’or 2016 – 5ème :  Mer de Chine, nouvel enjeu « thalassopolitique » ou énième conflit de puissance? Concours Diplo D’or 2016 – 5ème :  Mer de Chine, nouvel enjeu « thalassopolitique » ou énième conflit de puissance?
Laura, avec son article sur les enjeux de la Mer de Chine, a remporté la 5ème place du Concours du Diplo d’Or BNP Paribas 2016... Concours Diplo D’or 2016 – 5ème :  Mer de Chine, nouvel enjeu « thalassopolitique » ou énième conflit de puissance?

Laura, avec son article sur les enjeux de la Mer de Chine, a remporté la 5ème place du Concours du Diplo d’Or BNP Paribas 2016 !

 Un pays au sommet de sa puissance qui entre dans une zone de turbulence, une population au bord de la crise de nerfs devant l’ampleur des difficultés structurelles et des relations diplomatiques mises en péril par un espace devenu hors-de-prix, au point de menacer la stabilité de la région…

Au-delà de son immensité, un espace stratégique

 Longtemps oublié du débat public, la mer est pourtant devenue un espace stratégique, un lieu de commerce et d’échanges. La protection des intérêts nationaux, l’étendue d’une puissance et, plus généralement, l’avenir de l’humanité passent par l’appui océanique. Dans un ouvrage récent consacré à la Géopolitique des mers et des océans, Pierre Royer invoque quatre caractéristiques propres au milieu maritime : l’immensité, l’inertie, l’impermanence et enfin l’isotropie – à savoir l’homogénéité de ces espaces. Cette singularité dévoile une nouvelle pensée, une nouvelle analyse qui vont au-delà de l’essence terrestre soulevée par la géopolitique. « La mer, par son apparence d’infini, est un puissant vecteur de rêve et de dépassement ; et par la discontinuité qu’elle introduit, elle peut aussi contribuer à modeler les esprits et les systèmes d’organisation économiques, sociaux, voire politiques » analyse Pierre Royer. La mer doit alors être pensée comme un objet de pouvoir à l’aide d’une analyse non pas géopolitique mais, cette fois-ci, « thalassopolitique », comme l’évoquait Julien Freund, qui infère les nouveaux rapports de force de cet espace de liberté.

 « Etre une puissance mondiale, cela veut dire être une puissance maritime ». La Chine a bien compris les propos de Georges Leygues et porte aujourd’hui un intérêt croissant pour la Mer de Chine méridionale. Sans une volonté accrue d’expansionnisme maritime ni un processus irréversible de maritimisation, il semble difficile pour le géant chinois de pérenniser son essor économique. Avec le contrôle de la Mer de Chine, le pays maîtriserait un tiers du trafic mondial d’où un desideratum grandissant de sécuriser les voies maritimes par la mise à profit de la fonte des glaces au Nord ainsi que par l’installation de bases navales en eaux profondes au Sud. Une revendication de la quasi-totalité de l’espace stratégique qui passe par une politique bien agressive. Néanmoins, la militarisation des mers est perçue comme un problème géopolitique majeur au point d’être accusée, par les Etats-Unis, de violer les lois maritimes internationales. A l’instar des cartes chinoises des années 1940, la Chine serait la première à avoir découvert les îles Spratly, qui s’étalent sur 410 000 kilomètres carrés et recèlent certainement des réserves de poissons et d’hydrocarbures. Si la revendication de la Ligne des Neuf Traits semble être un droit historique, aucun fondement juridique ne justifie l’instabilité d’une région toute entière. Un avis notamment partagé par la Cour permanente d’arbitrage de la Haye en juillet 2016.

Une lame de fond historique

 Si le débat est aujourd’hui loin d’être terminé entre la Chine et ses voisins, les tensions avec Washington s’amplifient. Défense de souveraineté ou crainte d’une puissance incontrôlable ? Ashton Carter, secrétaire américain à la défense, rappelle alors, à juste titre, l’ascension fulgurante de la Chine dans tous les domaines. La puissance maritime symbolise un important cheval de bataille que la Chine compte bien enfourcher in fine. Le droit de circulation des flottes dans les eaux internationales constitue une immunité souveraine fondamentale pour toute puissance digne de ce nom. Dans ce combat des dominations, la mer représente un influent vecteur d’autonomie, constamment remis en jeu, et être la puissance navale d’hier ne signifie pas être celle de demain.

 La Royal Navy a longtemps imposé sa suprématie ; durant tout le XIXème siècle, elle représente le fondement de l’Empire britannique. Néanmoins, au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, les Etats-Unis ont développé une nouvelle stratégie navale qui constitue un rôle essentiel, notamment en Asie-Pacifique, pour repousser les invasions locales en Corée du Nord ou au Vietnam. Une position internationale une nouvelle fois bouleversée par l’émergence chinoise. La Mer de Chine méridionale est devenue une garnison flottante et les combats ont désormais sombré sous les profondeurs de l’océan, puisque la zone accueille les plus importants programmes de sous-marins. Les Etats-Unis ne sont plus la seule grande puissance navale mondiale et la Chine a toutes les capacités pour se lancer dans une telle aventure bien que le respect du droit de la mer demeure encore conflictuel. Toutefois, sa discontinuité est également le signe d’une grande richesse puisque la mer demeure encore l’un des seuls espaces que l’homme ne parvient à contrôler indéfiniment. « La mer est milieu global qui ne peut être sectorisé » assure l’Amiral Forissier. Le jeu des revendications juridiques et les combats de coqs ne changeront rien au fait que la mer soit un espace de liberté, certes, mais avant tout une zone frontalière entre l’ensemble des grandes puissances. La mer est l’artère de la mondialisation, un espace disputé et « vecteur de rêve et de dépassement ».

 Outre un bien commun de l’humanité, la mer a longtemps été laissée de côté, faute de moyens d’exploitation. « Les larmes de nos souverains ont le goût salé des océans qu’ils ont ignoré » affirmait Richelieu. De prime abord, la mer est l’étendue de tous les possibles, un lieu d’échange, de navigation et surtout de passion mais au fil des années, elle est devenue un espace envié, à la fois pour ses ressources mais également pour son immensité. Il ne reste alors qu’à espérer que les conflits et les erreurs des grandes puissances ne viennent mettre à mal sa beauté. En somme, l’espace océanique s’est aujourd’hui transformé en facteur de puissance, avec tous les dangers thalassopolitiques qu’il comporte, et doit être envisagé comme un horizon de long terme. Et rappelons-le « qui tient la mer, tient le monde ».

Laura Coursimault, étudiante à Sciences Po Saint Germain

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Dimitri Des Cognets

Rédacteur en chef de Major-Prépa