Frontières et mondialisation : que reste-t-il des frontières aujourd’hui ? Frontières et mondialisation : que reste-t-il des frontières aujourd’hui ?
Histoire, géographie et géopolitique. Un sujet de concours sur la thématique des frontières balayerait les trois dimensions de l’HGGMC. Voilà pourquoi c’est un sujet... Frontières et mondialisation : que reste-t-il des frontières aujourd’hui ?

Histoire, géographie et géopolitique. Un sujet de concours sur la thématique des frontières balayerait les trois dimensions de l’HGGMC. Voilà pourquoi c’est un sujet de concours potentiel – et qu’il faut maîtriser ! Je vais donc décortiquer cette notion pour qu’elle n’ait plus de secret pour toi !

Qu’appelle-t-on frontières ? Le géographe Michel Foucher, grand spécialiste du sujet, les définit comme « un périmètre de l’exercice de la souveraineté des États qui composent le système international et l’un des paramètres de l’identité des nations ». (À quoi servent les frontières ? M. Foucher).

Cette notion est, de ce fait, au cœur des enjeux géopolitiques mondiaux. Elle cristallise les conflits depuis la nuit des temps. Toutefois, la dynamique de mondialisation a contribué à rendre ces frontières plus poreuses. Elles sont devenues lieux d’échanges commerciaux et humains. Aujourd’hui, les frontières séparent mais, plus que jamais, elles relient également.

Les frontières sont-elles pour autant devenues inutiles et obsolètes à cause de la globalisation ? La montée des partis nationalistes, la multiplication des murs aux frontières et les nombreux litiges frontaliers irrésolus semblent l’infirmer. Les logiques actuelles tendent à confirmer la formule de M. Foucher : « Un monde sans frontières ne serait pas vivable. »

 

Des frontières bousculées par la mondialisation

Un peu d’histoire

Les frontières telles que nous les connaissons sont nées avec les traités de Westphalie de 1648. Ton professeur t’en a certainement parlé, ou le fera bientôt. En leur temps, ces traités ont été un tournant au niveau géopolitique. Pour la première fois de l’histoire, les États d’Europe fixent leurs frontières en reconnaissant la souveraineté de leurs voisins sur leurs territoires. Ces traités marquent ainsi l’émergence de la notion d’État-nation, sur le continent européen tout d’abord. Cette notion s’est ensuite généralisée à l’ensemble du globe, jusqu’à la reconnaissance de l’intangibilité des frontières d’Afrique en 1964 par l’Organisation de l’unité africaine.

 

Un concept mis en péril par la mondialisation

Le XXe siècle a été le théâtre d’une remise en cause de la notion de frontières. Alors qu’elles ont vu le jour comme limites d’un territoire, elles sont peu à peu devenues des interfaces d’échange.

Une frontière n’est plus considérée uniquement comme une coupure entre deux États. Et cela s’explique par plusieurs facteurs. Le processus d’intégration régionale, qui débute en Europe après la Seconde Guerre mondiale (constitution de l’OECE en 1948, puis de la CECA en 1952), vise à dépasser les frontières dans le but de surmonter les rivalités historiques entre les pays du Vieux Continent. On abolit les frontières intérieures au profit d’une frontière commune, celle de l’espace Schengen (celui-ci voit le jour en 1995). Cette dynamique se renforce à l’échelle planétaire avec la fin de la guerre froide. Les murs tombent (celui de Berlin en 1989), les cassures se résorbent. Enfin, le progrès technique participe à la fin supposée des frontières (révolution des transports, avènement d’Internet).

 

Un cas d’école : le triangle de croissance du Sijori

Les frontières deviennent des lieux d’échange et des interfaces plutôt que des cassures. C’est ce que nous voyons à travers l’exemple du triangle de croissance entre Singapour (SI), l’État de Johor en Malaisie (JO) et l’archipel indonésien de Riau (RI). Des accords commerciaux existent entre les trois gouvernements afin d’abolir les frontières économiques. Pour ce qui est des barrières physiques, des infrastructures de transport ont été créées pour les rendre inexistantes. Une telle coopération vise à bénéficier des forces complémentaires des trois territoires : Singapour est le lieu de conception de produits conçus dans le triangle de croissance et s’appuie sur des bassins de main-d’œuvre semi-qualifiée (Johor) et peu qualifiée (Riau).

 

Le retour des frontières

En fait, la mondialisation ne signe nullement la fin des frontières. Si les frontières sont dépassées, elles ne disparaissent pas. Bien au contraire, c’est le mouvement inverse qui a lieu. Depuis la fin de la guerre froide, elles se multiplient (on est passé de 159 à 197 pays reconnus par l’ONU, sans parler de ceux qui ne le sont pas). Les espaces maritimes sont également soumis à cette dynamique depuis la Convention de Montego Bay de 1982. Ainsi, la bataille pour agrandir sa ZEE et s’emparer de nouvelles ressources fait rage entre les États. Elle donne lieu à de véritables conflits comme pour les îles Spratleys en mer de Chine méridionale, un chapelet d’îles de deux kilomètres carrés que se disputent, entre autres, la Chine et les Philippines.

Malgré (ou à cause de) la mondialisation, les frontières redeviennent même des lignes de rupture. On perçoit cela par la militarisation de plus en plus importante de celles-ci. C’est ce qui a donné lieu à l’incident survenu au Ladakh début septembre à la frontière entre l’Inde et la Chine. Les frontières de toutes sortes sont ainsi à nouveau matérialisées : les murs se multiplient à la surface du globe et les barrières douanières se durcissent (par exemple avec la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine).

 

Pourquoi ce retournement de situation ?

Si la mondialisation est à l’origine de l’effacement des frontières, elle est aussi paradoxalement la cause de leur retour. En effet, elle est le moteur d’un nationalisme de plus en plus exacerbé dans les grands pays développés. Il tient à la peur de la dilution des identités nationales et à l’intensification des flux migratoires, à l’image de la politique migratoire de Donald Trump aux États-Unis. Dans la mesure où la mondialisation est parfois perçue comme une menace (pour les emplois, pour les systèmes de santé nationaux… ), on cherche à l’endiguer en instaurant de nouvelles barrières.

Le retour des frontières est plus que jamais une réalité depuis la crise du coronavirus. Bon nombre d’États ont privilégié le repli national à l’entraide globale au plus fort de la pandémie. Elles sont donc loin d’avoir disparu !

 

Un exemple du durcissement des frontières : la frontière États-Unis-Mexique

Un exemple classique est celui de la frontière entre les États-Unis au nord et le Mexique au sud. Elle est bien connue puisqu’elle est au centre de la rhétorique de Donald Trump. Pour rappel, le président américain veut construire un mur le long de cette frontière. Si l’on cherche à endiguer les flux humains qui traversent la frontière, c’est tout l’inverse pour ce qui est des flux de marchandises. Ceux-ci sont encouragés du fait de la présence des « maquiladoras » (usines qui produisent à faible coût situées au Mexique) qui bénéficient d’exonérations de droits de douane.

 

Les nouvelles frontières

Tu l’auras compris, la réalité des frontières aujourd’hui est complexe. La mondialisation a transformé la frontière héritée des traités de Westphalie. On ne parle plus seulement de frontière pour se référer à la limite d’un État. Elle peut tout à fait excéder cette dernière. Il existe plusieurs formes de nouvelles frontières. C’est pourquoi je te conseille de maîtriser des exemples précis dont tu seras capable de parler en dissertation.

 

Un exemple clé : la politique migratoire de l’Union européenne

Pour traiter un sujet sur les frontières, l’Union européenne est un exemple de choix, tant son rapport à la notion de frontière est unique. À bien y regarder, l’espace européen est formé de différents sous-espaces (Schengen, zone euro…) qui sont tant de nouvelles frontières, physiques ou symboliques.

En matière de politique migratoire, l’UE démontre une nouvelle fois son originalité. Ses frontières sont dites « externalisées » : ce sont les pays voisins de l’Union qui sont parfois amenés à contenir les flux migratoires en direction de l’Union (la Turquie joue ce rôle depuis 2016, par exemple, à la suite d’un accord entre les deux parties).

 

En conclusion

Je te conseille d’avoir bien en tête la logique que j’ai adoptée dans cet article, soit le fait d’aborder en premier lieu la remise en cause des frontières, puis leur retour et de finir par les nouvelles frontières. Ces idées pourront t’aider à bâtir ton plan et à ne manquer aucune dimension du thème si tu dois rédiger une dissertation sur les frontières. La thématique des frontières est généralement abordée en première année de prépa. Tu peux par ailleurs retrouver des conseils pour bien aborder ta première année de géopolitique en prépa ici !

Lucas Hommet

Ancien de Ginette et aujourd'hui étudiant à HEC Paris, je publie des articles en HGGMC (ou géopolitique, pour les intimes).