cinéma

Le 28 décembre 1895, les frères Lumière organisent la première projection de cinéma publique au monde. Elle a lieu dans le Salon indien du Grand Café, à Paris. Ce qui n’était alors qu’une curiosité technique est devenu, en un peu plus d’un siècle, un pilier de soft power pour les États. Ainsi, le cinéma n’est plus seulement un art ou un divertissement, il est un vecteur d’influence, tant par son aspect économique qu’idéologique. Dans cet article, Major-Prépa te décrypte un sujet de colle de géopolitique qui peut paraître surprenant, afin que tu sois paré(e) lors de l’oral de HEC !

Introduction

Après avoir cité une accroche historique, qui montre l’évolution technique du cinéma, tu peux citer cette problématique ainsi que cette annonce de plan :

Dans un monde marqué par la compétition pour le leadership culturel, comment le cinéma est-il devenu un instrument de puissance qui reflète les rapports de force géopolitiques contemporains ? Si le septième art constitue une source indéniable de soft power, il est également un catalyseur de tensions et de résistances nationales, avant de s’affirmer comme le reflet fidèle de la recomposition de l’ordre mondial.

Le cinéma : source de soft power

L’argument que tu dois défendre dans cette partie est que le cinéma ne se limite pas au domaine artistique. Il exporte des modes de vie, des visions du monde, et devient ainsi un vecteur d’influence pour les États. C’est donc une source de soft power.

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Le poids économique colossal du cinéma

La puissance d’une cinématographie se mesure d’abord à sa capacité à générer des revenus massifs. En consolidant ainsi la base économique de l’État producteur, cela contribue à son influence et donc à son soft power. En 2018, les recettes mondiales du box-office ont atteint des sommets, avec environ 40 milliards de dollars de recettes pour les seuls studios de Hollywood.

Ce poids financier permet de financer des infrastructures technologiques de pointe (effets spéciaux, post-production). Celles-ci maintiennent une barrière à l’entrée pour les nations moins développées. Des œuvres comme Avatar (2009) de James Cameron, qui détient le record mondial avec 2,9 milliards de dollars de recettes, ne sont pas seulement des succès commerciaux, mais des démonstrations de force technologique.

Cette supériorité technologique permise par les recettes de certains studios est une véritable source de puissance. Par exemple, Disney utilise désormais la technologie du Stagecraft. Il s’agit d’un studio entièrement équipé d’écrans LED et de panneaux acoustiques. Cela permet de projeter un décor numérique en temps réel. Cela crée donc un environnement vivant et immersif. C’est une révolution du fond vert, qui reste cependant extrêmement coûteuse. Elle est donc limitée à certains pays privilégiés.

Tournage de cinéma
Tournage de The Mandolarian par Disney au MBS Media Campus.

Le rayonnement par la transmission des valeurs nationales

Le cinéma fonctionne comme une vitrine idéologique. Le film Top Gun : Maverick (2022), porté par Tom Cruise, illustre parfaitement ce concept. En récoltant près de 1,5 milliard de dollars, il ne fait pas que divertir : il glorifie l’US Air Force, réaffirme la supériorité militaire américaine et véhicule des valeurs de sacrifice et de patriotisme. C’est un outil de recrutement indirect et une réaffirmation de la puissance militaire.

En outre, le miracle coréen d’un point de vue cinématographique montre la capacité d’un pays à rayonner par sa culture. Le succès de Parasite (Bong Joon-ho, 2019), premier film non anglophone à remporter l’Oscar du meilleur film, qui a reçu aussi la palme d’Or à Cannes, a servi de catalyseur à la Hallyu, la vague culturelle coréenne.

Celle-ci est connue surtout pour la K-pop, mais il ne faut pas pour autant sous-estimer l’influence croissante du cinéma. En témoigne le succès de la série Squid Game : elle est la série la plus regardée de l’histoire de Netflix, avec 265 millions de vues pour la saison 1. La saison 2, sortie en 2024, a réalisé le meilleur démarrage de l’histoire de la plateforme, avec 68 millions de vues en seulement quatre jours. Ainsi, les productions sud-coréennes ont rapporté à elles seules 3,4 milliards de dollars de revenus d’abonnement à Netflix.

La diplomatie du cinéma : les grands événements

La puissance cinématographique repose aussi sur le contrôle d’évènements qui augmentent la notoriété d’un pays. Le Festival de Cannes, créé en 1946 pour contrer l’influence fasciste sur la Mostra de Venise, demeure le plus grand marché du film au monde. Il tire donc sa légitimité de ses origines politiques et de la résistance qu’il symbolise à la propagande.

Cette culture de la résistance se retrouve encore aujourd’hui : le jury a souvent récompensé des films militants traitant de la précarité ou du chômage, comme Rosetta des frères Dardenne ou les œuvres de Ken Loach (Moi, Daniel Blake). En outre, Cannes invite régulièrement des réalisateurs censurés dans leur propre pays, comme Saeed Roustayi pour le film iranien Leila et ses frères.

Il confère à la France un prestige culturel immense, faisant de Cannes une capitale mondiale éphémère où se nouent les accords de coproduction.

De même, la cérémonie des Oscars, à Los Angeles, impose les standards de qualité mondiaux. Lorsqu’un film comme Le Seigneur des anneaux : Le Retour du Roi rafle 11 Oscars pour 11 nominations (rejoignant les records de Ben-Hur et Titanic), ce sont les États-Unis qui réaffirment leur domination sur l’industrie cinématographique.

Étude de cas : le cinéma français

Le cinéma français occupe une place singulière dans la géopolitique du septième art. D’abord, par son antériorité historique, mais surtout par sa capacité de résistance face à l’hégémonie hollywoodienne.

Comme nous l’avons déjà dit, le cinéma naît très tôt en France. C’est avec la première projection des frères Lumière en 1895 qu’il devient public. Très vite, l’artisanat des premiers studios et des pellicules colorées à la main cède la place à une structure industrielle et capitaliste sous l’impulsion de Charles Pathé dès 1905.

Un contre-modèle aux régimes autoritaires

Cependant, la Première Guerre mondiale brise cette prospérité naissante, forçant le cinéma français à se réinventer par l’esthétique. L’école impressionniste française de Marcel L’Herbier s’érige alors en contre-modèle face à l’expressionnisme allemand, tandis qu’Abel Gance utilise le médium comme un pamphlet politique avec J’accuse, témoignant déjà de la fonction sociale et critique du film en France.

L’entre-deux-guerres et l’après-guerre voient le cinéma français se structurer autour de courants majeurs qui lient l’art au contexte politique. L’arrivée du cinéma parlant dans les années 1930 bouleverse la production, mais c’est la victoire du Front Populaire en 1936 qui consacre le réalisme poétique. Ce courant donne une voix aux classes populaires (ouvriers, soldats et prostituées) faisant du cinéma le miroir des aspirations sociales de l’époque.

C’est dans ce même élan de rayonnement et de résistance qu’est imaginé le Festival de Cannes en 1939. Il est conçu comme une alternative démocratique à la Mostra de Venise. La Seconde Guerre mondiale interrompt ce projet, mais ne stoppe pas la production, bien que la censure militaire frappe des œuvres jugées trop critiques, comme La Règle du Jeu de Jean Renoir. En 1949, la création d’Unifrance Films marque une étape géopolitique cruciale : l’industrie s’organise pour parer à la prédominance des films américains et promouvoir le génie français à l’exportation.

Modernisation technologique du cinéma

Le tournant de la Nouvelle Vague (1959-1967) révolutionne ensuite l’économie du cinéma mondial. En s’emparant de caméras légères et en privilégiant les décors naturels aux studios coûteux, des réalisateurs comme Truffaut (Les 400 coups) ou Godard (À bout de souffle) imposent la figure du « cinéaste-auteur ».

Ce renouvellement technique et esthétique permet à la France de rester compétitive. Et ce, malgré la baisse de fréquentation des années 1960 ! Cette baisse s’explique par l’équipement des foyers en téléviseurs durant les Trentes Glorieuses. Ce n’est que dans les années 1990 que la tendance s’inverse grâce à la modernisation du parc de salles et à une politique de décentralisation culturelle.

Aujourd’hui, la France demeure le deuxième exportateur mondial de films derrière les États-Unis, bien qu’elle soit dépassée en volume de production par les géants démographiques que sont l’Inde (Bollywood) et le Nigeria (Nollywood).

Le cinéma français et l’exception culturelle

Le pilier de cette résilience est le concept d’exception culturelle, né des négociations du GATT en 1993. En refusant de considérer le film comme une simple marchandise soumise au libre-échange, la France a instauré un système d’autofinancement unique au monde.

Contrairement au modèle danois fondé sur des subventions d’État directes, le modèle français repose sur la solidarité de la filière. Les taxes sur les billets et les obligations d’investissement imposées aux chaînes de télévision (Canal+, France TV) alimentent le CNC (Centre national du cinéma). Ce système permet l’existence de l’avance sur recettes, créée par André Malraux, qui soutient l’émergence de jeunes talents. Cependant, ce modèle est parfois au cœur de tensions internes.

Rayonnement par les festivals

Enfin, la France assoit son influence internationale par un maillage festivalier sans équivalent. Le Festival de Cannes est l’une des plus importantes manifestations médiatiques au monde. Il est couvert par plus de 4 000 journalistes et plus de 2 000 médias en provenance d’environ 90 pays. Il y a aussi 280 photographes et 80 chaînes de télévision qui immortalisent les équipes de films sur le tapis rouge.

Ainsi, il sert de plateforme de légitimation pour les cinématographies indépendantes du monde entier. En complétant ce dispositif par des festivals spécialisés, la France protège sa puissance dans l’industrie. Par exemple, il y a un festival à Annecy pour l’animation ou Clermont-Ferrand pour le court-métrage.

Ainsi, elle se positionne comme le sanctuaire de la diversité culturelle mondiale face à l’uniformisation anglo-saxonne. Ce rôle central, couplé à des quotas de diffusion stricts (60 % d’œuvres européennes sur les chaînes nationales), fait du modèle français la preuve qu’une politique volontariste peut maintenir une industrie souveraine dans une économie globalisée.

Un champ de bataille : entre résistances et tensions géopolitiques

Le cinéma est perçu par de nombreux États comme une menace pour leur souveraineté culturelle ou leur stabilité politique.

Le protectionnisme face au cinéma

De nombreux pays, dont la France en tête avec l’exception culturelle, luttent contre la transformation du film en une simple marchandise. Des règles spécifiques encadrent la diffusion. En France, la chronologie des médias impose des délais stricts. Par exemple, une plateforme comme Netflix ne peut diffuser des films français sortis en salles qu’après un délai protégé (longtemps fixé à 36 mois, désormais réduit mais toujours régulé), afin de protéger les salles de cinéma et le financement de la création locale. C’est une forme de résistance face à l’hégémonie des plateformes de streaming américaines (les SVOD).

Cependant, l’accord historique Blum-Byrnes signé en 1946 souligne la fin des quotas français. Dans un contexte d’un pays endetté à cause de la Seconde Guerre mondiale, la France renonce à limiter le nombre de films américains importés. En contrepartie, les salles de cinéma françaises ont l’obligation de réserver 4 semaines sur 13 exclusivement à la diffusion de films français. Cela permet l’effacement d’une partie de la dette française (environ deux milliards de dollars).

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Avec Trump, les États-Unis ont établi un blocage systématique du géant chinois Wanda Group, à Hollywood. Déjà, en 2017, Wanda a échoué à racheter le Dick Clark Productions, qui produit notamment les Golden Globes. Cela est dû à des pressions du Congrès américain. De plus, en 2018, Trump a signé la loi FIRRMA (Foreign Investment Risk Review Modernization Act) qui accorde plus de pouvoirs à l’État pour examiner les investissements dans le secteur du cinéma. Cette loi considère le cinéma comme une infrastructure technologique critique qu’il faut protéger de la mainmise étrangère.

Le cinéma : censure comme outil de souveraineté

Le contenu cinématographique est souvent le déclencheur de crises diplomatiques. En 2023, le film Barbie a été interdit au Vietnam à cause d’une scène montrant brièvement une carte du monde incluant la « ligne en neuf traits ». Celle-ci est utilisée par la Chine pour revendiquer la quasi-totalité de la mer de Chine méridionale.

Cette représentation pose problème. En effet, en 2016, l’ONU a déclaré que la Chine n’avait « pas de base légale » pour revendiquer ces territoires. Pour sa part, le studio américain Warner Bros a démenti tout lien entre la carte du film Barbie et la ligne en neuf traits.

Le film Barbie au cinéma
La carte à l’origine de la polémique.

 

Les conflits géopolitiques dans l'industrie du cinéma
La « ligne en neuf traits » est une délimitation territoriale revendiquée par la Chine, qui n’est pas reconnue par les Nations unies.

Le cinéma : source de boycott et de contestation

Le film peut devenir un acte de résistance politique. Par exemple, Green Zone, sorti en 2010, dénonce le mensonge d’État américain. Il raconte la fabrication de preuves concernant les armes de destruction massive pour légitimer une invasion militaire. Cela a eu lieu sous l’administration Bush suite aux attentats de 2001.

Parce que le cinéma est un art qui dénonce, il peut causer des points de frictions qui conduisent au boycott de certains pays. Par exemple, en 2022, le film Mort sur le Nil est interdit dans plusieurs pays arabes à cause de la présence d’une comédienne israélienne, Gal Gadot. Le choix de cette actrice pour interpréter Wonder Woman en 2017 avait déjà entraîné l’interdiction du film en Algérie, en Tunisie, au Liban et au Qatar.

En outre, le long-métrage Pentagon Papers a été la source de boycott. Il relate la révélation par la presse américaine des secrets militaires liés à la guerre du Vietnam. Il s’est heurté à une opposition frontale du gouvernement libanais. Malgré une large campagne de promotion menée par les salles de cinéma de Beyrouth, la diffusion du film a été interdite par les autorités. Cette mesure s’explique par la mise à l’index du réalisateur, Steven Spielberg, par la Ligue arabe. Il lui est reproché d’avoir fait un don d’un million de dollars à Israël en 2006, au moment du conflit contre le Hezbollah.

Un miroir de la recomposition du monde

Le paysage cinématographique actuel reflète fidèlement le passage de l’unipolarité américaine à un monde multipolaire et fragmenté.

Le symbole de l’hyperpuissance américaine

La domination des blockbusters Marvel (propriété de Disney) incarne la persistance de l’hégémonie américaine. Avec Avengers : Endgame (2019) et ses 2,79 milliards de dollars de recettes, les États-Unis s’imposent. Cependant, cette hégémonie est contestée. Le box-office mondial n’est plus acquis d’avance. Hollywood doit désormais composer avec des marchés exigeants, notamment le marché chinois, devenu indispensable pour la rentabilité des films à gros budget.

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La permanence du clivage Nord-Sud dans l’industrie du cinéma

Malgré la mondialisation et la montée en puissance du cinéma dans certains pays, une profonde fracture subsiste. Le cinéma africain reste largement marginalisé dans les circuits de distribution mondiaux. Ainsi, les revenus cinématographiques du continent représentent moins de 1 % du box-office mondial. Et ce, malgré le fait que le Nigeria soit le 2e producteur mondial en volume.

En matière d’infrastructures, le continent compte en moyenne 1 écran pour 790 000 personnes, contre 1 pour 8 000 aux États-Unis. En 2025, L’Ombre de mon père devient le premier film nigérian à être récompensé à Cannes.

Finalement, en 1978, le Festival de Cannes crée la sélection « Un certain regard ». Elle cherche à avoir une plus grande intégration des zones géographiques, comme l’Indonésie, l’inde ou le Maroc. Mais cette sélection parallèle reste à la marge. Cela montre clairement une persistance de l’Occident dans la production cinématographique.

La revanche des Suds : l’essor de nouveaux géants du cinéma

On assiste toutefois à l’émergence de pôles cinématographiques puissants qui contestent le monopole occidental. Nous avons déjà mentionné Nollywood, mais l’exemple le plus frappant reste Bollywood, en Inde.

Aujourd’hui, des réalisateurs comme Sanjay Leela Bhansali portent ce rayonnement indien à son paroxysme, par exemple avec des superproductions historiques telles que Bajirao Mastani (2015) ou Padmaavat (2018). Ces films s’appuient sur des acteurs adulés comme Ranveer Singh ou Deepika Padukone. Ils réinterprètent les luttes de l’Empire marathe ou les récits médiévaux. Bien que l’exposition souligne cette légitimité historique, elle rappelle que le succès de Bollywood repose avant tout sur ses acteurs : leur aura suscite la fascination du public, notamment par leurs danses très connues.

Finalement, la Chine occupe aussi une place prépondérante dans l’industrie du cinéma. Le film Ne Zha 2 est devenu le film d’animation le plus rentable de tous les temps. Il a rapporté 1,9 milliard de dollars de recettes. Il dépasse ainsi Vice-Versa et La Reine des Neiges. Ce film permet en outre de moderniser un mythe traditionnel chinois en héros contemporain, faisant rayonner la Chine à l’international.

Conclusion

Pour un sujet comme ça sur le cinéma, il est très important d’avoir une culture générale solide. Ce n’est a priori pas un sujet traité en cours. Cependant, il peut tout à fait tomber à l’oral de HEC. Il faut donc connaître une multitude de films, leur date de sortie et être capable de les analyser sous le spectre géopolitique.

C’est un sujet qui peut surprendre. Ce qui est important, c’est de questionner comment se matérialise le rapport des puissances entre les pays dans l’industrie du cinéma. Tu peux aussi parler de films que tu as vus récemment ou que tu as appréciés pour appuyer tes arguments !

 

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