Explosion d'une bombe nucléaire historique avec un immense nuage de fumée en forme de champignon, symbole d'une arme de guerre de destruction massive.

Deux mois avant la fin du premier semestre 2026, l’alerte de l’AIEA sur l’Iran résonne comme un avertissement géopolitique majeur. Selon le rapport publié en février 2025, les stocks d’uranium enrichi à 60% du pays s’élèvent désormais à 8 294 kg. C’est quarante et une fois la limite fixée par l’accord nucléaire de 2015. Un dépassement spectaculaire qui ravive les craintes d’une course nucléaire régionale et questionne la viabilité des accords internationaux de non-prolifération. Ainsi, on semble assister à un retour aux guerres avec des pays qui se réarment de plus en plus férocement.

Définitions

Guerres

  • Guerre : c’est un conflit armé entre groupes sociaux et spécialement entre Etats. Pour Bruno Tertrais c’est “un conflit armé à grandes échelles opposant au moins deux groupes armés”. Il dit qu’on peut appeler guerre un conflit faisant 1000 morts/an. La majorité des guerres aujourd’hui sont civiles. Aujourd’hui, la guerre entre état (interétatique) n’est plus un mode normal. La guerre en Ukraine (2022) marque ainsi une rupture. Par extension, elle peut désigner un état de tension marqué par une hostilité ou une lutte n’allant pas jusqu’au conflit armé. C’est le cas de la guerre commerciale, guerre idéologique… Mais attention ce n’est pas le cœur du sujet.
  • Guerre hybride : utilise moyen conventionnels et non conventionnels (cyberespace, milices, mercenaires). Importance de la guerre informationnelle (usage du cyberespace comme moyen de guerre). A partir des années 2000, depuis 2014 avec l’annexion de la Crimée.
  • Guerre asymétrique : Conflits opposant un État à une organisation non-étatique, dont les forces militaires mais aussi les logiques de guerre ne sont pas de même nature

Conflits

  • Conflit : choc, lutte, combat, antagonisme entre Etats, systèmes de pensée, ethnies…Peut concerner différents domaines : économie, idéologie, religion, espace… Aujourd’hui ce terme est souvent privilégié à celui de guerre pour parler des affrontements contemporains.
  • Conflit de basse intensité : Conflits armés qui, indépendamment du niveau de violence atteint, ne parviennent pas au stade d’une guerre classique et ouverte entre des armées régulières, et qui s’expriment par le recours à diverses formes de terrorisme, guérilla, subversion, de contre-guérilla et d’opérations spéciales. Les conflits de basse intensité incluent aussi les opérations militaires ponctuelles, et les opérations de maintien ou d’imposition de la paix.
  • Conflit de haute intensité : Guerre entre véritables puissances militaires, dont les moyens déployés sont élevés. C’est un conflit caractérisé par beaucoup d’effectifs, beaucoup de matériel (blindés, missiles, artillerie…), une guerre électronique (brouillages), une bataille pour l’espace aérien et l’emploi de moyens modernes (drones…). Il y a également une incertitude de la durée du conflit et des civils à la fois victimes et instruments de la guerre, notamment avec la diffusion de fake news. C’est donc une guerre qui rompt totalement avec ce qu’on a connu depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale ; on s’attend à une guerre de haute intensité auquelle les puissances tentent de se préparer. Des avant-goûts : le Haut-Karabagh (2021), des exercices interalliés (Polaris 2021) et surtout la guerre en Ukraine (2022)

 

Pour en savoir plus sur les nouvelles guerres

Paix

C’est à la fois un état (absence de guerre) et une construction (faire la paix). La paix se définit comme l’envers de la guerre. Raymond Aron (Paix et guerre entre les nations) dit qu’il y a paix « lorsque les armes se taisent ». Depuis l’Antiquité, domine l’idée que les relations sociales sont par nature conflictuelles, idée reprise par Hobbes au XVIIe siècle et au XXème siècle par l’école réaliste des relations internationales (Hans Morgenthau, Raymond Aron, Robert Kagan) pour qui « la guerre est de tous les temps et de toutes les civilisations » (Aron). La paix ne peut être que provisoire, relative et instable.

On peut donc avoir une paix « armée » (« si vis pacem para bellum », « si tu veux la paix, prépare la guerre ») donnant lieu à une course à l’armement conventionnel ou nucléaire (équilibre de la Terreur pendant la guerre froide), à une « paix froide » lorsque deux camps antagonistes s’opposent de manière agressive. La paix est également dans cette conception souvent « punitive », lorsqu’elle est le résultat d’une victoire militaire qui donne lieu à des traités de paix mettant fin aux hostilités et qui « réprime » l’État vaincu (traité de Versailles).

Institut D’Herdeberg

Cet institut retient 5 types conflits :

  1. Contestation (Kazakhstan)
  2. Crise non violente (Grèves)
  3. Crise violente : des morts de chaque côté (Ladakh)
  4. Guerre limitée : on utilise certains outils mais pas tous (Cyberguerre)
  5. Guerre majeure (Ukraine)

 

Si, selon l’ONU, depuis 1946 le nombre de victimes a fortement diminué, on assiste paradoxalement à une recrudescence des conflits. Dès lors, l’espoir d’une paix universelle sous-entendue à la fin de la guerre froide semble se dissiper derrière l’incertitude du « brouillard de la guerre » clausewitzien. Imprévisible et incertaine, la définir n’est pas si facile : il conviendra, au lieu de faire une liste exhaustive de conflits, de donner quelques pistes de réflexion sur ce concept géopolitique.

La mondialisation, porteuse de paix ou de guerre ?

Vecteur de paix

Montesquieu l’affirmait déjà : « Partout où il y a du commerce, il y a des mœurs douces ». Cette intuition trouve une résonance nouvelle à l’ère de la globalisation. Si le commerce adoucit les relations entre peuples, c’est que les États ont structurellement plus à perdre qu’à gagner dans la confrontation. En effet, leur prospérité dépend désormais d’un marché mondial intégré et ouvert. Un conflit majeur signifierait rupture des chaînes d’approvisionnement, fermeture des débouchés, effondrement économique. Cette interdépendance crée donc une incitation rationnelle à la paix, bien plus puissante que les déclarations morales.

Cette dynamique s’accompagne d’une transformation institutionnelle majeure. La fin de la Guerre froide libère les Nations unies du paralysie du veto soviétique. Le discours de George H.W. Bush devant le Congrès en 1991 proclame l’avènement d’un « nouvel ordre mondial » où la gouvernance collective remplace l’affrontement idéologique. Pour la première fois, l’Organisation mondiale dispose du consensus et des moyens d’intervenir dans les conflits régionaux sans être paralysée par le blocage des superpuissances.

Le rapport de Andrew Mack et Zoe Nielsen, Human Security Report: War and Peace in the 21st Century (2005), fournit des données empiriques saisissantes. Entre 1988 et 2005, le monde aurait connu 40 % de conflits en moins. Le nombre de crimes de guerre a chuté de 80 % sur la même période. Plus significatif encore : entre 1991 et 2004, tandis que 25 nouveaux conflits émergent, 43 se terminent. Cela démontre une capacité croissante de la communauté internationale à résoudre les crises. Cette amélioration résulte à la fois de la dissuasion nucléaire et de l’efficacité accrue du système onusien. La paix semble donc s’installer comme une tendance lourde, non comme un accident de l’histoire.

Permanence des guerres

Cependant, une lecture alternative s’impose. La mondialisation, par sa nature même, exacerbe les tensions qu’elle prétend résoudre. Par sa capacité de médiatisation, elle donne une visibilité des écarts économiques qui alimente une violence endémique qui ne dit pas son nom : celle des inégalités mondialisées. De plus, l’effacement des frontières attise ces tensions. La dissémination des armes s’accélère, la circulation de l’information (y compris les propagandes extrémistes) devient instantanée, les réseaux mafieux s’étendent à l’échelle planétaire. Loin de pacifier, l’ouverture des frontières exacerbe les conflits. 

Glenn Snyder, en 1965, identifie ce qu’il nomme le « paradoxe de stabilité-instabilité » : en rendant un affrontement de grande envergure peu probable (grâce à la dissuasion nucléaire et à l’intégration économique), la stabilité stratégique encourage paradoxalement l’agression aux échelons inférieurs de la violence ou dans des domaines périphériques. Les puissances, protégées de la destruction mutuelle, se permettent des agressions limitées : interventions militaires « chirurgicales », guerres par procuration, déstabilisations régionales. La paix générale s’achète au prix d’une prolifération de micro-conflits.

Au-delà de ces mécanismes structurels, une vérité plus profonde persiste. La Première Guerre mondiale a précisément mis fin à la première vague de mondialisation (1880-1914). Les mêmes conditions de circulation des biens, des personnes et des capitaux n’ont pas empêché l’apocalypse de 1914-1918. Freud, après avoir assisté aux horreurs du XXe siècle, affirmait : « On ne peut pas purifier l’homme de la guerre ». La violence reste constitutive de la nature humaine et des rapports sociaux, que les échanges commerciaux civilisent peut-être superficiellement, mais ne suppriment jamais radicalement.

Le nucléaire change les guerres

Une mutation majeure qui découle de la mondialisation concerne le nucléaire. C’est une arme destinée avant tout à la dissuasion. Elle bouleverse ainsi les logiques classiques de conflictualité, amenant certaines puissances à se lancer dans une course aux armements. Pour preuve, le 19 juillet 2021, la Russie teste avec succès son nouveau missile hypersonique Zircon. La maîtrise de cette technologie assure à Moscou une suprématie stratégique qu’elle n’hésite pas à afficher lors de puissantes démonstrations de force.

L’impact des technologies sur les guerres

La deuxième grande mutation est technologique. La révolution numérique a eu une double conséquence : l’utilisation croissante de technologies à des fins militaires et l’émergence d’un nouveau champ de bataille, désormais virtuel. À titre d’exemple, la guerre en Ukraine illustre l’émergence du premier conflit véritablement hybride où le cyberespace s’entrelace intimement avec les opérations conventionnelles.

Dès février 2022, la Russie déploie simultanément désinformation massive et lance des attaques contre les infrastructures numériques ukrainiennes. Par exemple, le Kremlin déploie un virus visant les données des entreprises, notamment contre KA-SAT pour paralyser les communications militaires. Mais une riposte inattendue émerge. Des cyber-combattants non-étatiques, composée de particuliers et collectifs hacktivistes comme Anonymous. Nommé l’IT Army ukrainienne, ils lancent des offensives numériques contre la Russie et la Biélorussie. Les géants technologiques occidentaux, eux, interviennent directement. Par exemple : Google Shield en protégeant données et sites ou encore Elon Musk qui a fournit 11 000 terminaux Starlink en 2022.

Pourtant, le bilan révèle un paradoxe décisif : ces attaques numériques s’avèrent largement inefficaces. L’Ukraine dispose d’une expertise informatique de premier plan et maîtrise déjà les outils russes, tandis que ses informaticiens se mobilisent massivement à titre défensif. Àl’inverse de la Russie qui subit un exode massif de ses talents technologiques. Plus structurellement, les capacités militaires conventionnelles russes se révèlent bien plus décisives que la supériorité numérique. La guerre en Ukraine démontre ainsi que si le cyberespace est devenu un théâtre de conflit incontournable, il demeure un élément complémentaire plutôt qu’un facteur déterminant – la “révolution numérique” des guerres reste à confirmer face à la persistance brutale de la destruction matérielle.

Le terrorisme

En outre, l’émergence du terrorisme et d’un « djihadisme de 3e génération » (Gilles Kepel), sans frontières, redessine les cartes des conflits.

Des moyens limités

Le terrorisme moderne se définit d’abord par son asymétrie foncière. Dépourvu de ressources sophistiquées, il s’impose comme « l’arme du pauvre ». Les attentats ciblent prioritairement les zones urbaines, non pour leur valeur militaire, mais pour la désorganisation qu’elles induisent et leur capacité à traumatiser l’opinion publique. Les cas exceptionnels comme l’attaque au gaz sarin du métro de Tokyo par la secte AUM en 1995 demeurent rares. Le terrorisme contemporain privilégie la simplicité meurtrière à la sophistication technologique. L’Organisation de libération de la Palestine, responsable de la prise d’otages aux Jeux olympiques de Munich en 1972, deviendra partie prenante des Accords d’Oslo en 1993. Cette mutabilité sémantique révèle comment le terme « terrorisme » change. Il sert surtout à discréditer un adversaire. Par exemple, la Chine l’applique systématiquement aux Ouïghours pour délégitimer les contestations.

Si tu veux explorer en profondeur un exemple de groupe terroriste : voici une synthèse sur le PKK faites par la revue géopolitique Conflits !

Hétérogénéité des formes de terrorisme

Le terrorisme se définit par son hétérogénéité. On peut néanmoins distinguer trois axes de catégorisation. D’abord les objectifs : terrorisme révolutionnaire et idéologique, terrorisme nationaliste, voire vocations millénaristes comme celle de Timothy McVeigh, responsable de l’attentat d’Oklahoma City en 1995 contre une garderie. Ensuite les méthodes, qui s’étendent du terrorisme bactériologique au cyberterrorisme, en passant par les attentats conventionnels. Enfin, le rôle des États : certains États fragiles deviennent terreau de la terreur, tandis que d’autres recourent eux-mêmes à des formes de terrorisme d’État. Cette classification reste néanmoins imparfaite, tant les frontières entre ces catégories demeurent poreuses.

Le paradoxe culmine ici : pour combattre le terrorisme, les États recourent parfois à des méthodes qui les en rapprochent. Guantanamo symbolise cette dérive, où la violation systématique des droits humains au nom de la sécurité ébrèche les fondements mêmes de la civilisation que l’on prétend défendre. La lutte contre le terrorisme devientainsi elle-même source de terrorisme d’État, inversant la hiérarchie morale supposée légitimer l’action.

Les théâtres des guerres d’aujourd’hui

Dans quels espaces observe-t-on une concentration de « conflits » ? Selon le « SIPRI Yearbook 2021 », analysant les données de l’année 2020, 39 États ont subi, cette année-là, des conflits armés, soit 7 de plus que l’année précédente. Voilà donc la répartition des conflits que les continents . Deux en Amérique, sept en Asie et Océanie, trois en Europe, sept au Moyen-Orient en Afrique du Nord et 20 en Afrique subsaharienne. De fait, en comparant les chiffres de 2019 avec ceux de 2020, on remarque que l’Europe est le théâtre de 2 nouveaux conflits et l’Afrique subsaharienne de 5 nouveaux conflits.

De plus, le Moyen-Orient et l’Afrique semblent à eux seuls concentrer une grande partie des conflits mondiaux. Sous fond de bataille idéologique et d’intérêts géoéconomiques (hydrocarbures), les puissances régionales comme internationales se sont au MENA emparées de ces enjeux. Le tout formant pour les États-Unis un « arc des crises » (Brzezinski), qui s’étend pour la France de la Mauritanie jusqu’en Afghanistan.

Il est d’autant plus difficile d’identifier les zones géographiques que certains groupes armés opèrent dans une logique transnationale (terrorisme). Les théâtres de confrontations sont multiples : air, terre, mer, cyberespace, l’espace extra-atmosphérique. C’est la raison pour laquelle le Président Trump, en 2019, a lancé la « United Nations Space Force » dans un souci de militarisation de l’espace, tendance qui semble héritée de la guerre froide.

Guerres en cours de l'année 2020Source : SIPRI YearBook 2021

Point sur le piège de Thucydide

Inventé par Thucydide dans La Guerre du Péloponnèse, où il affirme que la cause de la deuxième guerre du Péloponnèse a été la croissance de la puissance d’Athènes et la peur qu’elle a engendré pour Sparte. Utilisé par Graham Allison dans son ouvrage Destined for War (ou Vers la guerre) publié en 2017, dans lequel il affirme que depuis 1500, dans 12 des 16 cas où une puissance établie est confrontée par une puissance ascendante, il y a eu une guerre majeure.

Point sur le piège de Kindleberger

  • Inventé par Charles Kindleberger, un architecte intellectuel du Plan Marshall et professeur au MIT. Il défend que le désastre des années 1930 est causé par le fait que les USA ont remplacé la Grande-Bretagne en tant que plus grande puissance mondiale, mais n’ont pas réussi à prendre le rôle de la Grande-Bretagne dans la fourniture de biens publics mondiaux. 
  • Un bien public est par exemple en politique intérieure la police ou les services de propreté (que personne ne veut payer mais dont tout le monde profite). Les biens publics mondiaux sont par exemple un climat stable, la stabilité financière ou la liberté des mers. Ils sont assurés par des coalitions dirigées par les plus grandes puissances. Les petits pays n’ont pas d’intérêt à payer pour ces biens publics mondiaux. Sinon ils auraient une contribution trop faible pour en percevoir les avantage.  Ils adoptent donc un attitude de passager clandestin.
  • Or pour les grandes puissances, ils peuvent percevoir les effets de leur contribution aux biens publics. Ils ont donc tout intérêt à y contribuer. S’ils ne le font pas, il peut y avoir des conséquences désastreuses. Par exemple, lorsque la Grande-Bretagne est devenue trop faible pour jouer ce rôle après la Première Guerre mondiale. Un autre exemple est celui des Etats- Unis isolationnistes qui ont continué à être des passagers clandestins. Quand une grande puissance adopte une logique de passager clandestin, on peut donc parler de piège de Kindleberger.

Point sur la guerre en Ukraine

Une guerre de haute intensité

Cette guerre marque le retour de la guerre de haute intensité, spécifiquement des conflits interétatiques en Europe. Elle orrespond à la fin d’un cycle de 30 ans de guerre asymétrique qui a pris principalement la forme d’une guerre contre le terrorisme (qui a commencé dès les années 90). La résilience de la Russie face aux sanctions lui permet d’anticiper l’effet d’une déconnexion (visible dans le domaine financier). De plus, la guerre éclate au moment où échouent deux guerres contre le terrorisme (Afghanistan, Sahel). Cela marque l’avènement d’un nouvel ordre stratégique, marqué par une compétition dans tous les domaines. Cela réduit le champ de la coopération (époque des dividendes de la paix révolue). On a donc l’absence de fin de l’histoire avec une résurgence des conflictualités. 

Une guerre intégrale

Cette guerre se caractérise par sa multiplicité des terrains engagés. C’est une guerre intégrale: terre, mer, air, espace, cyberespace, guerre de l’ombre, guerre électronique (intercepter infos, brouiller communication, dévier missiles). Elle permet à la Russie d’expérimenter de nouvelles techniques (missiles supersoniques). Cependant, elle reste principalement une guerre sur terre. 

Pour ce qui est des forces en présence, cette guerre pousse les armées occidentales à revoir leurs armées. L’urgence a démontré l’insuffisance des stocks et l’impuissance européenne face à des guerres de ce type. De plus, on assiste à un retour de l’importance des acteurs civils: la population ukrainienne s’engage activement, sans parler du rôle de personnalité charismatique du président Zelensky. À l’opposé, la Russie est en difficulté car la mobilisation a causé la fuite des élites. 

Finalement, quelle issue pour cette guerre ? La Russie ne peut pas se permettre de perdre la guerre. L’Ukraine aussi ne peut pas abandonner donc on ne voit pas d’issue. Il y a donc un retour de la guerre comme outil de puissance. On ne peut pas écarter l’idée que la Russie puisse utiliser l’arme nucléaire.


Pour en savoir plus sur la guerre en Ukraine

Typologie des guerres d’aujourd’hui

Conflits de longue durée ou « gelés »

Certains conflits sont paralysés par des contentieux historiques, idéologiques ou ethniques. Si bien que leur résolution à long terme semble impossible. Ce peut être à la suite d’une revendication territoriale (Cachemire, Cisjordanie) ou d’une partition (Inde-Pakistan). Si la confrontation militaire n’est pas permanente, l’actualité recense de manière récurrente des épisodes d’escalades puis de détentes, le tout ponctué par des cessez-le-feu. Malgré les tentatives américaines d’apaisement (accord d’Oslo, plan de paix), le conflit israélo-palestinien semble s’éterniser d’autant plus que l’on observe une radicalisation dans les deux camps. Preuve en est : en mai 2021, les tensions religieuses exacerbées à Jérusalem a donné lieu à 11 jours d’un conflit sanglant.

Après la chute de l’URSS, l’accès rapide à l’indépendance de certaines régions comme la Moldavie, l’Azerbaïdjan et la Géorgie a engendré des conflits internes dont la résolution n’est qu’apparente. En effet, les frontières ne correspondent pas à des réalités ethniques ou religieuses. On parle ainsi pour l’ex-URSS de « conflits gelés », conflits où les négociations sont dans une impasse. En ce sens, le conflit du Haut-Karabakh gelé depuis 1994 (même si des tensions subsistaient) a resurgi le 27 septembre 2020 dans cette région autonome de l’Azerbaïdjan peuplé majoritairement d’Arméniens.

Guerres interétatiques versus intraétatiques

On relève en 2020 deux conflits armés entre États (affrontements frontaliers entre l’Inde et le Pakistan et entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie) sur les 39. Le constat est clair : les guerres interétatiques semblent s’effacer derrière des conflits intraétatiques, hybrides, marqués par une diversification croissante des acteurs. Ces derniers opposent des forces gouvernementales et des groupes non étatiques (Afghanistan, Yémen, Syrie, Mexique, Nigeria, Irak…). À ce propos, certains, à l’instar du général Vincent Desportes, y voient le retour aux guerres préwestphaliennes. C’est une période avant 1648 (traités de Westphalie), où l’État n’était pas le principal acteur des conflits.

Les guerres d’aujourd’hui : le cas des guerres asymétriques

Après les attaques du 11 septembre, les États-Unis, avec à sa tête le Président Bush, se lancent dans une « guerre globale contre la terreur ». C’est une guerre qui va brusquement prendre une forme asymétrique face à de nouvelles menaces, dont le terrorisme. La forte immixtion étrangère au Moyen-Orient témoigne de cette réalité. La guerre en Syrie (Russie, États-Unis avec un soutien aux milices kurdes), ou encore en Afghanistan (États-Unis, Russie, Chine). Les pertes sont lourdes pour certaines nations. En ce sens, Donald Trump déclarait en 2019 que près de 8 000 milliards de dollars avaient été « stupidement gaspillés » au Moyen-Orient.

Selon Jonathan B. Tucker, « la guerre asymétrique consiste à tirer parti de la faiblesse de l’adversaire en recourant à des armes et à des tactiques innovatrices ». Dans ce type de conflit, la supériorité numérique et technologique d’une nation profite à son adversaire. Attaques suicide, véhicules piégés, bombes, ces nouveaux modes d’action utilisés notamment par certains groupes terroristes (Haram au Sahel, Al-Qaïda, l’État islamique) sont dévastateurs. D’autant plus qu’ils s’inscrivent dans une dimension transnationale. Dans le cas de l’Irak par exemple, un conflit en premier lieu dissymétrique (avec un rapport de force déséquilibré), lors de la guerre du Golfe (1991), qui, en 2003, s’est transformé en un bourbier asymétrique dans lequel Washington a fini par s’enliser.

Guerres commerciales : nouveau terrain de conflits ?

Si la mondialisation a pu redéfinir la nature de la guerre, elle est aussi facteur de nouveaux contentieux. Les États-Unis se sont progressivement dotés d’un arsenal législatif. Cela leur permet de contourner les règles de l’OMC afin de faciliter l’imposition de taxes sur les produits chinois. On assiste donc à une guerre de normes où le vainqueur est celui qui imposera le plus rapidement son modèle normatif. Dans ce combat, l’extraterritorialité du droit américain joue en la faveur de Washington qui en fait une arme géopolitique. Les exemples ne manquent pas : le Cloud Act, les sanctions contre l’Iran ou la Syrie qui s’est vue imposer les “lois César” en juin 2020.


Pour en savoir plus sur la guerre commerciale

Comment aborder un sujet sur les guerres en concours ?

« Les guerres d’aujourd’hui sont-elles les guerres d’hier ? » était le sujet de dissertation Ecricome en 2017. Si certains conflits, en prise à des rivalités anciennes, s’inscrivent dans une continuité historique, les mutations sont nombreuses. En outre, le sujet ESSEC 2025 était “Les arcs de crise dans le monde depuis le début de la guerre froide”. Pour ce type de sujet, il est intéressant de bien analyser les mutations des guerres. Si on pensait assister à une fin des conflits, on voit plutôt un retour aux guerres classiques. Ce retour est couplé à l’émergence de nouveaux moyens de faire la guerre. Avec toutes ces formes de guerre, je te conseille de faire une typologie pour ta troisième partie de dissertation !


Pour retrouver l’analyse du sujet ESSEC 2025

Finalement, voici une référence incontournable pour étayer ta dissertation. Selon Mary Kaldor dans son ouvrage New and Old wars, les guerres d’aujourd’hui répondent à des logiques identitaires. Elles sont héritées du passé, tandis que les anciennes se nourrissaient d’« idées » au service de l’avenir. Les anciennes plus « autarciques et centralisées » alors que les nouvelles « mondiales, dispersées, transnationales ». Les guerres d’aujourd’hui bénéficient à cet égard rarement d’un réel soutien populaire. En témoigne le « syndrome du Vietnam » qui oriente la géopolitique américaine actuelle (retrait partiel des troupes au Moyen-Orient).

À en voir la stratégie chinoise, où l’art suprême de la guerre consiste selon Sun Tzu à « soumettre son ennemi sans combat », la compétition économique mondialisée pourrait déterminer le futur dessin des conflits du XXIe siècle. Particulièrement à l’heure où l’argent reste indubitablement le nerf de la guerre.


N’hésite pas à consulter toutes nos ressources géopolitiques ici !