Les influences étrangères en Afrique depuis la décolonisation Les influences étrangères en Afrique depuis la décolonisation
Pour préparer les concours qui approchent, Major-Prépa te propose un sujet sur l’Afrique. Le continent n’est pas tombé depuis 2011 à Ecricome, depuis 2017... Les influences étrangères en Afrique depuis la décolonisation

Pour préparer les concours qui approchent, Major-Prépa te propose un sujet sur l’Afrique. Le continent n’est pas tombé depuis 2011 à Ecricome, depuis 2017 à l’ESSEC et depuis 2014 pour l’ESCP. Le sujet permet aussi de réviser des éléments liés à la France, qui n’est pas tombée depuis longtemps. Ce sujet est volontairement large à la fois dans le temps et dans l’espace et peut-être serait-il recentré s’il devait tomber au concours, donnant par exemple : « la France en Afrique depuis la décolonisation ».

 

Les influences étrangères en Afrique depuis la décolonisation

Le 3 juin dernier, l’armée française a éliminé l’un des chefs historiques d’Aqmi, Abdelmalek Droukdel. Cette intervention dans le nord du Mali montre que la France conserve une influence importante en Afrique. Pourtant, dans les années 1950 et 1960, les puissances coloniales européennes ont progressivement cessé d’administrer leurs territoires africains. La décolonisation se traduit par le départ des administrateurs, militaires et des personnes venues s’installer dans la colonie (comme les pieds-noirs en Algérie). Ce processus mène à la création d’États indépendants et ouvre la voie à de nouvelles influences étrangères que celles des puissances coloniales. Le sous-développement de l’Afrique conjugué à ses ressources minières importantes et à son agriculture tournée vers l’exportation en fait un continent particulièrement poreux aux influences étrangères. Ces dernières sont de natures très variées. Elles peuvent se caractériser par une présence de conseillers, ingénieurs ou militaires mais recouvrent aussi l’implantation de multinationales, d’ONG, de centres culturels ou d’universités. Les proximités culturelles, comme la langue ou la religion, peuvent enfin être des vecteurs d’une influence étrangère. Dès lors, on peut se demander :

Comment l’influence des pays européens a-t-elle évolué face à l’autonomisation des pays africains et à la concurrence de nouvelles puissances depuis la décolonisation ?

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I – La décolonisation et la guerre froide remettent en cause l’influence des pays européens en Afrique

1) La décolonisation se traduit par une diminution de l’influence européenne en Afrique

Dans les années 1950 et 1960, les puissances européennes accordent l’indépendance à leurs colonies dans des contextes variés. Il s’agit parfois, notamment dans les colonies britanniques comme l’Afrique du Sud (statut de dominion), de l’émancipation d’États déjà autonomes dans leur administration interne. Dans d’autres cas, le changement est plus radical : dans les colonies de peuplement comme l’Algérie, ce sont plusieurs millions de personnes qui s’exilent en métropole. Lorsque la volonté d’indépendance rencontre l’opposition du pays colonisateur, des guerres d’indépendance éclatent. Celles-ci peuvent faire naître d’importants ressentiments dans le pays nouvellement indépendant, qui peut alors refuser le maintien d’un réseau de conseillers et d’ingénieurs qui demeure dans certains pays.

 

2) La guerre froide amène les États-Unis et l’URSS à intervenir indirectement en Afrique, ce qui marginalise les Européens

Les anciennes puissances coloniales intègrent le bloc de l’Ouest mené par les États-Unis (mis à part l’Allemagne de l’Est). Elles sont affaiblies par la Seconde Guerre mondiale et vont agir principalement en soutien des États-Unis et non plus de leur propre initiative. En 1956, la crise du canal de Suez montre clairement qu’elles sont devenues dépendantes des États-Unis et qu’elles ne peuvent intervenir sans leur aval. Dans le cadre de la guerre froide, l’Afrique devient l’un des terrains d’affrontement des « deux grands ». L’URSS et les États-Unis soutiennent chacun les factions qui leur correspondent dans les guerres civiles qui se déroulent sur le continent. L’indépendance précipitée du Congo belge en 1960 mène à une guerre civile entre un camp pro-occidental, soutenu par la Belgique et les États-Unis, et les rébellions communistes Simba et Kwilu, soutenues par l’URSS et son allié Cuba. On retrouve le même schéma en Angola lorsque la révolution des œillets de 1974 laisse place à une guerre civile entre l’UNITA pro-occidentale et le MPLA communiste. Les États-Unis soutiennent l’intervention sud-africaine en soutien à l’UNITA anticommuniste. Ainsi, une fois l’indépendance obtenue par leurs colonies, les puissances européennes sont souvent absentes ou peu impliquées dans les guerres civiles qui éclatent, alors que les « deux grands » sont les principaux acteurs étrangers en Afrique.

Patrouille sud-africaine en Angola au milieu des années 1980

 

3) Le tiers-mondisme et l’émergence d’organisations régionales contribuent au recul de l’influence européenne

En réaction à ce duel mondial qui impose aux pays de choisir leur camp et d’être ensuite sous tutelle de la puissance choisie, plusieurs pays dits du tiers-monde défendent une troisième voie. À la conférence de Bandung de 1955, on trouve plusieurs pays africains. L’Égypte du général Nasser fait partie des organisateurs et d’autres comme l’Éthiopie, le Soudan ou le Liberia participent. Même si le mouvement des non-alignés peine à peser à cause des divergences internes, il témoigne de la volonté de plusieurs pays africains d’affirmer leur autonomie vis-à-vis des grandes puissances. Cette remise en cause des ingérences étrangères s’illustre aussi par la création de l’OUA en 1963 à Addis-Abeba. Avec les organisations de coopération économique qui en découlent, l’OUA témoigne de l’aspiration des Africains à une coopération renforcée entre eux et par là même, une plus faible dépendance vis-à-vis du reste du monde.

Ainsi, la décolonisation se traduit par un recul tangible de l’influence européenne en Afrique. Les compétences des puissances coloniales sont transférées aux élites locales. Avec la guerre froide, l’Afrique devient un terrain d’affrontement entre les deux grands et les anciens pays colonisateurs se trouvent relégués au rang d’alliés des États-Unis. Enfin, les pays nouvellement indépendants affirment leur autonomie via plusieurs organisations internationales et régionales.

 

II) Les anciennes puissances coloniales conservent une influence importante, principalement sous forme de « soft power »

Pourtant, ce nouveau contexte ne signifie pas la fin de l’influence européenne en Afrique. En effet, les années de colonisation ont implanté une culture et des schémas économiques qui perdurent après la décolonisation.

 

1) Le legs colonial : un héritage culturel considérable

Les puissances coloniales ont exporté leurs cultures en Afrique. L’enracinement de la langue, de la religion ou encore des lois des colonisateurs est important dans les anciennes colonies. La transmission de cette culture s’explique par des raisons évidentes de facilité de communication et d’uniformisation dans les empires coloniaux mais ce prosélytisme ne s’est pas limité à un objectif pratique ou commercial. En effet, certains pays européens, à commencer par la France, ont considéré qu’une « mission civilisatrice » leur incombait. Dans son Discours devant la Chambre des députés du 28 juillet 1885, Jules Ferry estime « que les nations européennes s’acquit­tent avec largeur, avec grandeur et honnêteté, de ce devoir supérieur de civilisation ». Les nombreux missionnaires ont évangélisé les pays aux populations africaines et aujourd’hui, 60 % des habitants d’Afrique subsaharienne sont chrétiens. La création d’écoles et de lycées a diffusé les langues européennes. On compte actuellement 115 millions de locuteurs francophones en Afrique. Enfin, les langues officielles des pays africains sont souvent celles des colonisateurs (anglais, français, italien, portugais…) et sont de plus privilégiées aux dialectes locaux par les administrations locales.

 

2) Conscients de la proximité culturelle qu’ils ont créée, les anciens colonisateurs cherchent à faire perdurer cette influence via des organisations internationales

Le Commonwealth créé en 1931 regroupe la plupart des États de l’ancien Empire colonial britannique. Cette organisation compte 19 pays africains qui participent aux réunions des chefs de gouvernement qui se déroulent tous les deux ans ainsi qu’aux Jeux du Commonwealth. De son côté, la France a créé l’Organisation internationale de la Francophonie qui ne compte pas moins de 24 pays africains. Cette structure dispose de bureaux dans de nombreux pays mais son siège est basé à Paris. La France est le premier contributeur financier de l’organisation, représentant quasiment la moitié de son budget. Ainsi, malgré l’égalité de principe entre les membres, la France et le Royaume-Uni occupent une place privilégiée au sein de leur organisation respective, ce qui montre que ces structures sont bien des vecteurs d’influence pour eux. On peut aussi citer le réseau de lycées français, les alliances françaises (instituts de promotion de la culture) ou encore l’envoi de coopérants. Enfin, de nombreux étudiants africains poursuivent leurs études en France ou au Royaume-Uni, à l’instar de grandes figures du continent comme Léopold Senghor ou Felix Houphouët-Boigny.

Logo de l'organisation

Drapeau de la Francophonie

 

3) Les pays africains sont économiquement dépendants de leurs anciennes colonies

Le franc CFA a été introduit par la France en 1945 et est utilisé par 14 pays d’Afrique répartis en deux zones : l’UEMOA et la CEMAC. Au-delà de son nom hérité de l’époque coloniale, le franc CFA est bien un outil d’influence puisqu’il est à parité fixe avec l’euro et que sa convertibilité est assurée par le Trésor français. Les billets de franc CFA sont d’ailleurs imprimés en France. Une nouvelle monnaie appelée « Eco » devrait remplacer le franc CFA dans plusieurs pays mais celle-ci devrait être également adossée au cours de l’euro, ce qui maintiendrait ses utilisateurs dépendants de la France et de la zone euro. De plus, les pays colonisateurs ont exploité les nombreuses matières premières du continent en instaurant une relation commerciale inégale avec leurs colonies. Il s’agissait de produire des matières premières comme des denrées agricoles, des minerais ou des hydrocarbures en échange de biens manufacturés. Ce schéma a en grande partie perduré et des groupes pétroliers européens comme BP (Britannique), Total (Français) ou encore Shell (Néerlandais) sont toujours implantés sur l’ensemble du continent. On peut y ajouter des firmes d’autres secteurs comme Orange pour les télécommunications ou Nestlé pour l’agroalimentaire. Enfin, certains pays d’Afrique du Nord reçoivent des IDE importants venant de groupes européens. Ces derniers s’implantent dans cette région pour bénéficier d’une main-d’œuvre bon marché et de coûts et de délais de transport réduits. Le groupe Renault a par exemple installé une usine de sa marque low cost Dacia à Tanger, au Maroc.

Ainsi, malgré le recul de l’influence européenne que nous avons évoqué en première partie, les Européens conservent une influence importante. En colonisant l’Afrique durant plusieurs décennies, ils ont enraciné leur culture dans leurs colonies et créé une dépendance économique. Conscients de cet héritage, ils ont créé des organisations internationales pour entretenir la proximité culturelle avec leurs anciennes colonies.

 

III) À partir des années 2000, des pays émergents développent leur influence en Afrique au détriment des anciennes puissances coloniales

La fin de la guerre froide conduit les deux grands à se désengager de l’Afrique. Après les attentats du 11 septembre, les États-Unis se concentrent sur le Moyen-Orient dans leur guerre contre Al-Qaida. Cependant, l’Afrique connaît toujours des troubles importants et c’est la France qui conduit la majeure partie des interventions militaires. Dans le même temps, des pays émergents développent leur influence en Afrique, mettant en avant une solidarité entre pays du Sud et viennent donc concurrencer l’influence européenne.

 

1) La France apparaît comme le seul « gendarme » de l’Afrique

Au XXe siècle, le continent connaît des troubles multiples (guerre civile, corruption, tensions interethniques, terrorisme) qui sont souvent liés et aggravés par la grande pauvreté de la majeure partie de la région. La France dispose de bases militaires, comme à Abidjan en Côte d’Ivoire et des partenariats de longue date avec les pays africains. De plus, elle dispose du 6e budget militaire mondial, avec 58 milliards de dollars. Ces éléments en font un acteur privilégié pour intervenir militairement en Afrique. D’autres pays seraient en mesure d’intervenir conjointement mais se bornent souvent à un soutien financier ou logistique par frilosité ou crainte d’une critique de néocolonialisme. Les États-Unis, souvent imités par les Britanniques, en sont un bon exemple : déjà enlisés au Moyen-Orient, échaudés par leur échec en Somalie et davantage engagés dans le « pivot » vers l’Asie, ils ne considèrent plus l’Afrique comme une priorité. Ce contexte fait de la France le principal pays engagé militairement en Afrique avec des opérations comme Barkhane (4 500 soldats) au Sahel.

 

2) Les pays émergents développent leur stratégie africaine

Ce vide relatif laissé par les Occidentaux incite des pays émergents à étendre leur influence en Afrique. Cette stratégie vise à obtenir des soutiens à l’ONU, exploiter les ressources naturelles du continent ou encore ouvrir de nouveaux débouchés à l’exportation. Lors de sa présidence de 2003 à 2011, Lula Da Silva a cherché à renforcer ses relations avec l’Afrique. Il a effectué pas moins de 11 déplacements sur le continent et a ouvert plusieurs ambassades, en s’appuyant notamment sur la proximité avec les pays lusophones. La Chine ne peut quant à elle pas faire valoir la proximité historique mais use d’arguments économiques et financiers non moins convaincants. En effet, le pays finance de nombreuses infrastructures, comme le train électrique éthiopien d’Addis-Abeba à Djibouti, via des prêts ou des accès aux gisements de matières premières. L’Inde étend aussi son influence sur le continent et peut compter sur une diaspora installée de longue date en Afrique de l’Est. Enfin, la Russie semble vouloir opérer un retour dans la région, comme le montrent les accords de coopération économique signés en 2017 avec le Soudan. Ainsi, des pays dits émergents concurrencent l’influence occidentale en Afrique. Ces pays proposent des accords sans exigence de respect des « droits de l’homme » qui peuvent être vus comme moins intrusifs que ceux des Occidentaux. De plus, les régimes plus autoritaires des pays émergents s’avèrent séduisants pour certains pays qui y voient une garantie de stabilité alors que leurs démocraties sont souvent instables et minées par la corruption.

⇒ Voir l'illustration ⇐

Ligne de train Addis-Abeba-Djibouti

 

3) Les puissances régionales et les coalitions africaines demeurent limitées

L’essor de puissances africaines peut également concurrencer l’influence européenne. Ces pays ont l’avantage de la proximité géographique et peuvent s’appuyer sur les importantes migrations régionales qui alimentent leurs diasporas. Le Maroc aspire à ce statut de puissance régionale en accentuant ses actions diplomatiques et économiques en direction de l’Afrique de l’Ouest. Le royaume a par exemple réintégré l’Union africaine en 2017 et demandé à adhérer à l’UEMOA. Il multiplie les IDE, notamment via ses banques, et promeut la solidarité « Sud-Sud ». Cependant, le Maroc souffre toujours d’une pauvreté importante, d’infrastructures peu développées et de la crise au Sahara occidental. Les autres pays émergents de la région comme le Nigéria, l’Éthiopie ou l’Afrique du Sud ont également des faiblesses qui les empêchent de s’affirmer comme de véritables puissances régionales pouvant rendre caduques les avances des pays étrangers au continent. Les organisations régionales et alliances intra-africaines peinent également à atteindre leurs objectifs. Le G5 Sahel qui vise à permettre aux pays du Sahel à assurer eux-mêmes leur sécurité est encore loin de tenir ses promesses. Les militaires africains sont en effet mal formés, mal équipés et peinent à coordonner leurs actions contre des groupes terroristes très mobiles.

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En conclusion, la décolonisation signe la fin de l’administration européenne du continent et conduit à la création d’États indépendants aspirant à plus d’autonomie. De plus, les États-Unis et l’URSS mènent une lutte d’influence durant la guerre froide et marginalisent l’influence européenne en Afrique. Néanmoins, les cultures européennes demeurent profondément implantées sur le continent et les anciennes puissances coloniales entretiennent cette proximité pour compenser leur faible présence. La fin de la guerre froide marque un tournant puisqu’elle entraîne une modification des priorités états-uniennes et par conséquent de celles des Européens. La France demeure alors le seul pays à la fois désireux et capable d’assurer la sécurité en Afrique. L’émergence économique de pays comme le Brésil ou la Chine amène ces derniers à développer leur influence avec des conditions et une démarche séduisantes. Conscients de cette nouvelle concurrence, certains pays européens relancent leur stratégie africaine, comme l’a fait le Royaume-Uni avec un premier forum Royaume-Uni-Afrique en janvier dernier.

Matthieu Dessoude