La guerre des câbles sous-marins La guerre des câbles sous-marins
A l’échelle planétaire, Internet fonctionne grâce à une multitude de câbles sous-marins qui relient les continents. On en dénombre environ 500 aujourd’hui. Leur croissance... La guerre des câbles sous-marins

A l’échelle planétaire, Internet fonctionne grâce à une multitude de câbles sous-marins qui relient les continents. On en dénombre environ 500 aujourd’hui. Leur croissance est exponentielle, à tel point qu’en 2018 seulement, on en a déployé plus que lors des deux dernières décennies. Ces câbles sont porteurs d’enjeux géopolitiques et technologiques clés.

 

Les câbles sous-marins : utilité et géographie

Comme l’écrivait Les Echos en 2019, « la bataille pour la suprématie se joue au fond des océans ». Le fonctionnement d’internet est dépendant de ces câbles sous-marins qui représentent plus d’un million de kilomètres. 99% des flux intercontinentaux y transitent, que ce soit internet, la téléphonie, ou encore les données numériques. Les satellites représentent eux donc moins de 1% de ces flux.

Certaines destinations accueillent la plupart des câbles, les flux sont donc très polarisés. New York, Marseille, Bombay, Hong Kong ou la côte Est du Japon sont parmi les destinations les plus attractives. A l’inverse, le Bangladesh ou le Mozambique sont très peu intégrés à cette mondialisation par les câbles, faute de trafic internet conséquent.

Les États-Unis sont l’acteur majeur de cette géopolitique des câbles. Par exemple, 80% du trafic internet réalisé en France transite par les États-Unis. Cela créé bien sûr une relation de dépendance. En cas de conflits avec les États-Unis, l’accès des entreprises et des internautes à ces données serait compromis. Les États-Unis sont effectivement au cœur de tous les échanges. 10 des 13 serveurs « racine » qui trient nos recherches sont aux États-Unis.

Les entreprises technologiques ont bien sûr un rôle majeur dans cette géopolitique des câbles. Tout d’abord les entreprises qui posent ces câbles. On en compte trois principales : Alcatel Submarine networks pour la France, NEC pour le Japon et TE Subcom pour les américains. Mais aussi et surtout les entreprises qui vont collecter ces données. Ainsi, les GAFAM américains et les BATX chinois se livrent une guerre d’influence sans merci. Sur l’axe Atlantique, les GAFA détiennent maintenant plus de 50% du marché alors qu’il n’avait que 5% du marché il y a 4 ans.

 

Un outil de puissance non négligeable

Si ces câbles sont un outil de puissance c’est aussi pour les possibilités qu’elles offrent en termes de renseignements. Dès 1995, la NSA (National Security Agency) crée les Five Eyes. Elle s’en sert pour surveiller les données échangées dans le monde entier, ce qui sera révélé en 2012 par Edward Snowden. Les membres de cette organisation sont l’Australie, le Canada, la Nouvelle-Zélande, les États-Unis et le Royaume-Uni. Après la découverte par les autres pays de cette surveillance, le Brésil a fait construire un câble direct avec l’Europe pour ne pas passer par les États-Unis.

La Chine n’est bien sûr pas en reste. Elle travaille ardemment pour s’octroyer une part conséquente du gâteau. Alibaba a ouvert son premier datacenter fin 2016 à Francfort puis deux à Londres en 2018. Les entreprises chinoises des BATX (Baidu, Alibaba, Tencent et Xiaomi) s’attachent à concurrencer Google, Apple, Facebook, Microsoft et Amazon. Huawei s’est également hissé en 10 ans seulement parmi les 1ers poseurs mondiaux de câbles. La Chine ne voyant pas la route de la Soie sans un volet technologique a d’ailleurs posé des câbles en Afrique.

A l’inverse, l’Europe paraît très attentiste. Comme le signale Jean-Luc Vuillemin, DG d’Orange International Networks : « L’Europe n’est pas une actrice, c’est un marché ».

Enfin, si ces câbles sont un outil stratégique, c’est aussi parce que 15 millions de transactions financières sont réalisées quotidiennement par leur intermédiaire, avec à la clef 10 000 milliards de dollars de transferts.

 

Des risques non moins importants

Les câbles sous-marins sont liés à bien des enjeux sécuritaires, que ce soit par une attaque physique ou par piratage. Dans son dernier livre, « L’affolement du monde » le directeur de l’Ifri, Thomas Gomart, explique que les conflits liés à ces câbles sont tout sauf anodins.

« Ces câbles constituent l’épine dorsale de l’économie mondiale. Nous avons laissé cette infrastructure vitale devenir de plus en plus vulnérable et cela devrait nous inquiéter tous », avait pourtant alerté le think tank britannique Policy exchange dans un rapport « Undersea Cables : Indispensable, insecure » publié fin 2017. On y lit qu’une attaque bien menée contre l’infrastructure sous-marine britannique constituerait « une menace existentielle pour la sécurité » du Royaume-Uni.

 

Pour conclure, les câbles sous-marins représentent un enjeu de puissance non négligeable. Ils sont nécessaires pour les transferts de données, le bon fonctionnement des réseaux et aussi de manière officieuse pour des opérations de surveillance. Les États-Unis paraissent avoir dans ce domaine une longueur d’avance. L’Europe est très loin derrière mais la Chine est aux aguets. Un thème relativement original qui vous aidera peut-être à faire un peu plus la différence dans votre copie.

Geoffroy Richard