L’Amérique Latine dans la mondialisation L’Amérique Latine dans la mondialisation
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Alors que l’Amérique Latine a subi particulièrement durement la crise sanitaire depuis un an et peine dans la course à la vaccination, faisons un zoom sur l’Amérique Latine. Où en est la région dans son insertion dans la mondialisation ?

 

Une émergence économique incertaine

La vitalité des ressources naturelles de l’Amérique Latine est historiquement un pilier économique majeur pour l’Amérique Latine. C’est d’abord la rente minière et énergétique qui est décisive pour de nombreux pays. Les hydrocarbures pour le Venezuela, le Mexique, l’Argentine (gaz) ou le Brésil. Ces richesses sont exploitées par des grandes compagnies qui sont des fers de lance pour leur pays respectif dans la mondialisation : Pemex (Mexique), Petrobras (Brésil), PDVSA (Venezuela)… Outre ces hydrocarbures, l’Amérique Latine s’appuie sur des richesses agricoles et halieutiques convoitées. Par exemple, l’Uruguay dédie 80% de sa surface à l’élevage. La Bolivie, l’Équateur ou le Costa Rica mise eux sur les cultures tropicales comme la Banane, le coton ou le café. L’Équateur et la Colombie sont parmi les premiers exportateurs de fleurs au monde. Enfin, l’Amérique Latine représente 10% de la pêche mondiale grâce au Chili ou au Pérou notamment.

Mais cette rente naturelle ne peut pas tout donc l’insertion dans la mondialisation de l’Amérique Latine passe aussi par l’affirmation de nouveaux secteurs d’activité. Les places boursières de la région connaissent un essor certain. On peut penser à Sanhattan, la place boursière de Santiago au Chili. Le Panama est un autre exemple, car plus de 80% de son PIB provient d’activités financières et bancaires. A noter que les pays de la région s’appuient de plus en plus sur le tourisme et que le tourisme croissaient dans la région deux fois plus vite que la moyenne mondiale jusqu’à la crise sanitaire.

L’insertion croissante dans la mondialisation passe par des puissantes firmes transnationales. On peut citer Techint pour l’Argentine, Petrobras ou Vale pour le Brésil, ou encore Pemex, Cemex et Telmex pour le Mexique.

 

Mais une dynamique qui demeure très inégale

Néanmoins, cette dynamique reste chaotique et surtout très inégale. La faute notamment à de multiples freins structurels. A commencer par une malgouvernance problématique. Entre les dictatures à Cuba ou au Venezuela, la faiblesse étatique au Mexique et le risque pays très élevé d’Haïti, l’Amérique Latine a encore bien des défis à relever concernant la gouvernance. De plus, cette malgouvernance entraîne les économies dans un schéma extraverti. Les hydrocarbures représentent par exemple pour le Venezuela 95% des exportations. Ce « mal hollandais » est dangereux pour les économies qui tendent à se contenter de leur rente. Ainsi, le Venezuela n’a pas modernisé ses infrastructures pétrolières pendant si longtemps que sa production a fortement baissé et est devenue peu compétitive lors de la dernière décennie. Ces freins structurels concerne aussi les remises pour certains pays. Le Salvador et le Honduras par exemple reçoivent grâce à leur diaspora environ 20% de leur PIB en remises chaque année. C’est dire combien cette situation économique est instable.

L’Amérique Latine souffre aussi d’une omniprésence de l’économie informelle. Cette économie de la débrouille entraîne des cercles vicieux. Selon l’OIT (Organisation Internationale du Travail) « l’économie informelle est négativement corrélée au revenu par habitant, et positivement corrélée à la pauvreté ». Ces travailleurs informels représentent notamment 30% de la population en Amérique Centrale. A noter que la Colombier est le 1er producteur et raffineur de coca au monde même si la violence des cartels s’est installée plus que jamais au Mexique.

Surtout, le développement est très inégal et il y a des Amériques Latines dans la mondialisation. Un premier groupe composé des poids lourds avec le Brésil, le Mexique et l’Argentine qui sont les trois premiers PIB PPA de la zone. Un deuxième groupe avec les « jaguars » et les « pumas » : Chili, Costa Rica, Pérou, Panama, Uruguay, Colombie. Ces pays progressent rapidement à l’image du Panama avec une croissance aux alentours de 5% ces dernières années. Enfin, un troisième groupe avec des pays mondialisés et pas mondialisateurs, le Salavador, Haïti, la Bolivie ou le Paraguay notamment. Cuba est un cas à part par son refus de la mondialisation.

 

Des défis nombreux pour s’insérer pleinement dans la mondialisation

Au premier rang de ces défis, l’Amérique Latine doit se sortir de multiples dépendances. D’abord, son voisinage est source de conflits.la proximité des États-Unis est à la fois source d’opportunités et d’asservissement. Historiquement, la doctrine Monroe de 1823 et la politique dite du « big stick » de Théodore Roosevelt ont construit une forte dépendance de l’Amérique Latine vis-à-vis des USA. Comme le disait l’homme d’État mexicain Porfirio Diaz au 19ème siècle : « Pauvre Mexique, si loin de Dieu et si proche des États-Unis ». Son riche voisin attire beaucoup des cerveaux de la région. Cela tend à déresponsabiliser les États latino-américains et à les enfermer dans un sous-emploi chronique. Mais les États-Unis ne sont pas les seuls à lorgner sur l’Amérique Latine. La Chine avance ses pions et est déjà le premier partenaire commercial du Cuba, du Venezuela et du Chili.

Pour peser face aux États-Unis, à la Chine et à l’Europe, l’Amérique Latine fait des efforts d’intégration. L’UNASUR a été créée avec l’ambition de se rapprocher du modèle de l’Union Européenne mais peine à avancer. Le Mercosur, créé en 1991 est un marché commun qui n’inclut pas tous les États de la zone et a vu l’exclusion du Venezuela autoritaire de Maduro en 2016 le fragiliser. On peut citer d’autres organisations : ALBA, CAN, CARICOM, mais leurs influences sont minces.

De multiples obstacles entravent ces procédés de régionalisation. Tout d’abord, la zone est criblée de blessures mémorielles. Par exemple, la Bolivie a des relations diplomatiques plus que tendues avec le Chili. Ce dernier refuse de lui accorder un accès à la mer, ce qui pénalise l’exportation de gaz pour la Bolivie.

 

Ainsi, si l’Amérique Latine est porteuse de bien des promesses, les défis sont nombreux. Surtout, il paraît compliqué de l’Amérique Latine comme d’un seul bloc, tant les réalités de la zone sont multiples. Dans le jeu de la mondialisation, l’Amérique Latine a encore bien des cartes à jouer.

Geoffroy Richard