Soudan : une « géopolitique du malheur » (Patrice Gourdin) Soudan : une « géopolitique du malheur » (Patrice Gourdin)
Le 11 avril 2019, Omar el-Bechir est renversé et emprisonné à la suite de quatre mois de manifestations populaires. Il est l’auteur du coup... Soudan : une « géopolitique du malheur » (Patrice Gourdin)

Le 11 avril 2019, Omar el-Bechir est renversé et emprisonné à la suite de quatre mois de manifestations populaires. Il est l’auteur du coup d’État de 1989 au Soudan. De plus, il est accusé par la Cour pénale internationale de génocides, crimes contre l’humanité et crimes de guerre.

Jusqu’en 2011, le Soudan est le plus grand pays d’Afrique. Cet État nilotique, à la rencontre entre le Nil bleu et le Nil blanc, regroupe une population plutôt arabe et musulmane au nord, une population plutôt noire africaine et arabe au Darfour et une population plutôt chrétienne et animiste au sud. Aujourd’hui, la situation du pays reste particulièrement alarmante.

En conflit depuis 1956 et aujourd’hui parmi les pays les plus pauvres d’Afrique, quels horizons de développement pour le Soudan et le Soudan du Sud ?

 

Une histoire faite de conflits

Premier épisode de guerre civile

En 1956, l’indépendance du Soudan, ancienne colonie anglaise, est proclamée. Cette même année, le gouvernement de Khartoum annonce revenir sur les promesses faites aux provinces du sud de créer un État fédéral. Par conséquent, cela déclenche des mutineries et le début d’une guerre civile de 17 ans. La création d’un État dans lequel le Nord et le Sud disposent d’une certaine autonomie est finalement entérinée par les Accords d’Addis-Abeba de 1972.

 

Deuxième épisode de guerre civile

Entre 1980 et 1982, du pétrole est découvert dans le Sud. Ainsi, cette découverte attise les désirs d’indépendance. En 1983, le président Nimeiry lance une campagne d’islamisation. Il déclare son intention de transformer le Soudan en un État arabe musulman, de diviser le Sud en trois régions et d’instituer la Charia.

Cette décision est un élément déclencheur de la deuxième guerre civile soudanaise. Elle oppose les forces de Khartoum (l’armée officielle) à l’APLS (armée populaire de libération du Soudan, fondée en tant que groupe de rebelles non musulmans du Sud. Ils se battent contre le gouvernement central. Ils tentent d’établir un État laïc et socialiste sous leur gouvernance et celle de leur chef, John Garang).

Ce deuxième épisode de guerre civile est l’un des conflits les plus meurtriers du continent. On compte deux millions de morts, quatre millions de déplacés internes. 600 000 réfugiés quittent le pays. En 1989, la guerre prend un tournant avec un coup d’État au terme duquel Omar el-Bechir s’empare du pouvoir. Enfin, un traité de paix met fin au combat en 2005 et Omar el-Bechir prend pour vice-président le chef de l’APLS.

 

La guerre au Darfour

En 2003, la découverte de pétrole dans la province du Darfour déclenche un conflit. Les forces du Nord s’engagent au Darfour comme dans un exutoire alors qu’une partie des Darfouris souhaitent l’indépendance, forts de cet or noir. En parallèle, la campagne électorale de 2004 aux États-Unis entraîne une instrumentalisation de la lutte avec une simplification et une ethnicisation du conflit pour récupérer l’électorat afro-américain. Le conflit est caractérisé en 2005 comme « crime contre l’humanité » par l’ONU, alors qu’il a fait plus de 300 000 morts. Omar el-Bechir fait l’objet d’un arrêt par la Cour pénale internationale.

 

Troisième guerre civile : guerre séparatiste entre le Nord et le Sud

En 2011, le Soudan se divise en deux entités. Salva Kiir devient président du Sud-Soudan et prend Riek Machar pour vice-président. Si la sécession met fin à une guerre soudanaise opposant le Nord et le Sud, entamée en 1956 et qui, entre accords de paix torpillés et reprises des combats avait duré jusqu’en 2005, deux ans plus tard, le pays le plus jeune du monde glisse en guerre civile, témoin de l’opposition entre les deux hommes forts du pays qui ont ethnicisé le conflit : d’un côté les Dinka (ethnie majoritaire de Salva Kiir) et de l’autre les Nuer (ethnie de Riek Machar).

 

Un bilan catastrophique

Pendant le conflit, des massacres ethniques sont commis par les deux camps. En 2015, l’UNICEF déclare même que des enfants ont été victimes d’émasculations, de viols et d’égorgements alors que d’autres ont été brûlés vifs et qu’au moins 13 000 enfants-soldats ont été enrôlés de force par les belligérants. Rédigé en octobre 2014, un rapport de l’Union africaine dénonce l’enlèvement, le viol et la réduction à l’esclavage sexuel de milliers de femmes.

En outre, la guerre a déplacé 2,3 millions de personnes, dont 200 000 sont réfugiées dans un camp de l’ONU, alors que plus de six millions de personnes ont recours à l’aide alimentaire. En mars 2016, le bilan humain du conflit est estimé entre 50 000 et 300 000 morts. Finalement, en 2018, la London School of Hygiene and Tropical Medicine publie une étude dans laquelle elle estime que le conflit au Soudan du Sud a fait 383 000 morts entre 2013 et 2017, la moitié des victimes étant dues aux violences et l’autre moitié à la famine ou aux maladies. En 2017, l’état de famine était déclaré au Soudan du Sud !

 

Vers un accord de paix ?

Les tentatives d’accords de paix ont été nombreuses au Soudan, comme ceux de 2006 et 2010 qui n’ont jamais été appliqués. Mais, le 31 août 2020, un accord de paix est signé entre les principaux mouvements rebelles soudanais et le gouvernement de transition, en vue de résoudre une série de conflits civils, dont le plus ancien a débuté en 2003 au Darfour.

L’accord était en discussion au Conseil souverain, qui assure la transition politique depuis la destitution d’Omar el-Bechir en avril 2019, depuis dix mois. Il contient huit protocoles, qui portent sur la sécurité, la réparation judiciaire ou encore le retour des déplacés. En outre, il concède aux rebelles une représentation politique et précise que les mouvements armés devront être démantelés alors que leurs membres rejoindront l’armée régulière.

Pour en savoir plus sur l’accord de paix signé récemment, n’hésite pas à aller lire l’article du Monde à ce propos.

Louise Roussel

Après 3 ans de prépa au Lycée Saint-Louis, je suis maintenant étudiante à l'EDHEC. Je rédigerai cette année, avec grand plaisir, des articles de géopolitique !