Basile Rolnin, « Préparationnaire, sportif de haut niveau : même combat ! » Basile Rolnin, « Préparationnaire, sportif de haut niveau : même combat ! »
Il n’a malheureusement pas représenté la France aux JO de Rio, mais il a de fortes chances de vivre l’expérience en 2020 à Tokyo !... Basile Rolnin, « Préparationnaire, sportif de haut niveau : même combat ! »

Il n’a malheureusement pas représenté la France aux JO de Rio, mais il a de fortes chances de vivre l’expérience en 2020 à Tokyo !
Entre une envolée de Renault Lavillenie, un coup de vent de Monsieur Bolt, ou un nouvel exploit de Floria Guei, quoi de mieux que l’interview très privée de ce jeune athlète bourré de talent qui n’a pas fini de faire parler de lui ! Basile Rolnin, 22 ans, en route pour le match international espoirs d’épreuves combinées (mais ça c’était pendant l’interview), à présent vainqueur de cette grande rencontre avec un total de 8087 points. Il pratique le décathlon (10 épreuves en 2 jours : 100m, 400m, 110m haies, 1500m, longueur, hauteur, perche, poids, disque, javelot, chaque perf rapporte des points que l’on additionne afin d’effectuer le classement final), et détient un incroyable palmarès. Pourtant, au départ, rien ne semblait le différencier de toi ou de moi… Un enfant légèrement mauvais perdant, plutôt dynamique et bon élève qui finit par trouver la sagesse lors de son adolescence en obtenant un bac ES avec mention et en entrant par la suite en STAPS. En fait, sa véritable différence c’est sa force de caractère. Elle fait de lui le parfait exemple de la réussite par le travail.

Il abordera dans cette interview à la fois sa carrière de sportif de très haut niveau comprenant des hauts et des bas, puis va s’attarder sur le rapprochement inévitable entre sa vie et celle d’un préparationnaire, en nous faisant part de quelques précieux conseils.

 

Quand as-tu débuté l’athlé, et pourquoi avoir choisi le décathlon ?

J’ai su courir presque avant de savoir marcher, puisque dès l’âge de 4 ans je faisais parti de l’éveil athlé. Je me suis tourné vers le décathlon car c’est un monde bien à part qui me correspond complètement. C’est à la fois très exigeant et très complet. Je me sens épanoui dans cette ambiance particulière qui est celle du déca et comblé en vue du nombre d’épreuves que je peux pratiquer. Le déca c’est une famille, même si on est tous adversaires, et que l’on ne se fait pas de cadeau, on se pousse les uns les autres à donner le meilleur de nous-mêmes. Ce qui prime dans cette famille c’est l’entraide et le respect. On a tous des points forts, des points faibles (pour ma part le 1500m) et on travaille toujours plus afin d’améliorer nos perf, afin de rendre notre déca le plus solide possible.

 

Quelle est l’expérience qui t’a le plus marqué ? Ton plus grand regret ?

Les Europe espoirs l’an dernier, je finis 8 ème, sachant que c’était le troisième déca de ma vie. J’étais blessé au genou et malgré ces conditions difficiles j’obtiens une belle place. Mais c’est aussi mon plus grand regret, car sans cette douleur là, je pense que j’aurais pu faire quelque chose de mieux.

 

D’où puises-tu ta force de réussite ? Peut-on dire que tu n’es parti de rien ?

Je sais ce que je veux, donc ma force je la puise surtout dans ma volonté et ma détermination. Disons que j’étais un puzzle et j’essaie d’associer chaque pièce petit à petit. Mais je reviens de loin, je me suis beaucoup blessé et il y a 4 ans peu de gens croyaient en ma réussite au déca. J’étais physiquement assez fragile, mais j’ai toujours su ce que je voulais devenir. Aujourd’hui je m’éclate vraiment, mais mes années de galère m’ont profondément marqué.

 

Parle-nous de ta participation aux qualifs pour RIO, déception ? Expérience de plus ?

C’était un grand moment, je pense que les JO c’est le graal pour tout sportif. Malheureusement je n’ai pas arrêté de calculer, ce qui fait que je n’étais pas forcément dedans. J’étais face à des adversaires qui avaient peut être dix fois plus d’expérience que moi, alors même si la déception est inévitable, ce fut une expérience incroyable et enrichissante.

 

Et si on parlait prépa ! Tu sais que la prépa comme les autres études de «haut niveau », c’est beaucoup de travail pour atteindre ses objectifs. Partages-tu ce même style de vie en tant qu’athlète de haut niveau ?

Oui, complètement. Après dans le sport il y a ce plaisir qui n’est peut être pas autant présent en prépa. Mais on fonctionne sur le même principe, se donner les moyens de réussir.

 

En prépa on fait beaucoup de sacrifices et on mène parfois une vie sociale très limitée, te retrouves-tu là dedans ?

Oui, la vie sociale est différente. On sort moins parce que la fatigue des entraînements s’accumule, comme le préparationnaire accumule la fatigue des cours. Mais on tisse des liens forts avec le groupe d’entraînement, puisque l’on passe la majeure partie du temps ensemble et on partage nos peines et nos joies. L’athlé tout comme la prépa, sont des mondes à part, être entouré de personnes qui vivent la même chose que toi, ça aide. Parce que oui l’athlé est un sport individuel, sur la piste tu es face à toi-même, mais les liens avec ton club te rappellent que tu es tout sauf seul !

 

Parfois, on se prend aussi de grosses claques. Es-tu déjà tombé de haut et comment as-tu réussis à rebondir ?

Le sport de haut niveau peut te faire atteindre un bonheur extrême comme te faire tomber au plus bas. Il y a plus de claques et de déceptions que de bonheur. Mais le bonheur que tu peux atteindre est tellement énorme qu’il rattrape un peu le coup. L’accomplissement est finalement encore plus beau ! L’une de mes plus grosses déceptions, c’est d’avoir manqué les Europe juniors la première année à Amiens. Une énorme claque ! Alors après ça, t’as pas le choix, tu rebondis, tu fixes vite les nouveaux objectifs. C’est l’essence même du déca, tu rates une épreuve tu dois te ressaisir au plus vite parce que de nombreuses autres épreuves t’attendent et tu dois jamais baisser les bras. Tout peut arriver !

 

En prépa comme dans le sport il faut répondre présent le jour J, comment gères-tu l’intense pression, ce fameux « stress de l’échec » ?

Ce stress sera toujours là. C’est inévitable ! Parfois tu te demandes pourquoi tu fais ça tellement tu es sous tension et en manque de lucidité. C’est un travail sur soi à effectuer. En athlé comme en prépa, avoir des potes ça détend. Un regard, un petit mot, peut faire son effet. Après l’idée c’est que l’envie de réussir prenne le pas sur la peur de l’échec, et là tu es sur la bonne voie…

 

Si tu devais conseiller les jeunes athlètes en herbe que sont tous les préparationnaires, qu’aimerais-tu leur dire ?

Déjà qu’ils savent que ça va être dur et long voir interminable … Mais ils savent aussi tous qu’ils veulent réussir et qu’ils peuvent le faire. Un jour j’ai vu un documentaire sur les sprinters américains. Le coach expliquait « vous êtes tous très rapides, forts, explosifs, avec des qualités énormes. Celui qui gagne c’est celui qui le veut plus que les autres, celui qui reste fort malgré la difficulté. » Tout le monde doutera. C’est celui qui doute certes, mais qui va avancer malgré toutes ses peurs et ses appréhensions qui arrivera à ses fins.

 

Un rêve aujourd’hui ?

Les prochains Jeux forcément… Mais avant j’ai des marches à franchir, les Monde et les Europe, en fait participer à un grand championnat. Rien n’est facile, mais je suis très bien entouré, on me donne cette force supplémentaire pour réussir.

Merci infiniment à Basile Rolnin d’avoir donné de son temps pour Major Prépa. N’oubliez pas son nom, on compte sur lui pour les Jeux de Tokyo !

Maélys Druilhe

Étudiante en première année à l'ESC La Rochelle, ancienne élève de classe préparatoire ECE au Lycée Théophile Gautier de Tarbes, ayant suivi un parcours particulier en tant qu'ancienne athlète du CFHNA.