Des points bonus aux concours pour les boursiers ? Des points bonus aux concours pour les boursiers ?
Il ne fait guère de doutes que la notion d’égalité des chances est toute relative aux concours d’entrée aux Grandes Ecoles de commerce, étant... Des points bonus aux concours pour les boursiers ?

Il ne fait guère de doutes que la notion d’égalité des chances est toute relative aux concours d’entrée aux Grandes Ecoles de commerce, étant donné le maquis de l’offre privée développée autour de ces concours et de dispositifs d’orientation défaillants promus dans les lycées. In fine, les boursiers présentant les concours sont pénalisés dans la mesure où ils ne peuvent s’assurer d’une réussite similaire à leurs camarades.

 

La prépa, un marché très lucratif

Une simple requête “Préparer Concours HEC” tapée sur Google débouche sur une guerre des enchères des organismes privés de préparation aux concours dont la recherche du gain financier aboutit à une perversion du principe méritocratique originel en le substituant par celui oligarchique.

Il n’est guère étonnant de savoir que l’ancien président de la Fondation HEC (la plus active parmi celles présentes au sein des Grandes Ecoles), a fini par racheter IPESUP, cédant aux sirènes du profit de l’inégalité des chances.

 

Un concours fortement inégalitaire en défaveur des boursiers

En 2015, année où l’équipe fondatrice a passé les concours, les statistiques au concours d’entrée à HEC Paris étaient les suivantes :

 

Taux d’admissibilité :

  • 5,3% chez les boursiers
  • 16,3% chez les non-boursiers

 

Taux de réussite des oraux :

  • 56% chez les non-boursiers
  • 43% chez les boursiers

 

Taux d’admission :

  • 2,2% des boursiers
  • 9% chez les non-boursiers

 

Dans la mesure où les “faux boursiers” CROUS sont légion dans les classes préparatoires, suite à des opérations d’optimisation fiscale liées à des revenus déclarés à l’étranger ou de divorces, l’écart de réussite entre vrais boursiers et non-boursiers est plus élevée que ce que ces chiffres suggèrent.

Désirant prendre ce problème à bras le corps, le gouvernement sous l’impulsion de la ministre Frédérique Vidal a appelé de ses vœux trois Grandes Ecoles de commerce (HEC Paris, ESSEC BS, ESCP Europe), les quatre ENS (Paris-Saclay, Paris-Ulm, Lyon et Rennes) ainsi que l’Ecole Polytechnique à remettre chacune leur rapport sur l’égalité des chances.

Si ce choix a fait l’objet de contestations légitimes de la part des autres Grandes Ecoles, plus au fait de l’accueil de boursiers, ces écoles s’engagent à accueillir 20 à 25% de boursiers d’ici à cinq ans. Une ambition difficile à réaliser dans les conditions actuelles dans la mesure où ces Grandes Ecoles ne sont que l’aboutissement d’un système inégalitaire dont elles n’en sont que le reflet final, et pour lesquelles elles n’y peuvent pas grand chose au regard des moyens actuels fournis, à l’heure où leur soutien étatique disparaît. Dans le même temps, Sciences Po Paris et ses 70 millions d’euros de subventions publiques, est cité en exemple…

 

Des mesures audacieuses et une incommensurable erreur

Pour combattre ces inégalités, la ministre Frédérique Vidal a demandé à l’ensemble des Grandes Ecoles de remettre une feuille de route structurée autour des points suivants :

  1. L’accompagnement des CPGE dans leur effort de démocratisation de l’orientation vers les Grandes Ecoles ;
  2. L’intensification des actions menées vers les collégiens et lycéens, qui sont aujourd’hui confrontés à des actions publicitaires d’écoles privées sans reconnaissance, notamment par les organisateurs de salons d’orientation ;
  3. L’identification des besoins des étudiants lors du suivi d’études en Grandes Ecoles
  4. Le développement des voies d’admissions parallèles ;
  5. L’attribution de points bonus aux concours des Grandes Ecoles

 

Cette dernière mesure a provoqué une levée de boucliers sur les réseaux sociaux, et auprès du public visé.

Si les trois premières mesures relèvent d’un pragmatisme bienvenu, les deux dernières posent un réel problème.

Les voies d’admission parallèles sont d’emblée problématiques dans la mesure où les concours présentent d’ores et déjà des niveaux de difficulté très différents entre un préparationnaire du public et un AST préparé par des organismes privés du fait d’un nombre plus réduit de candidats de niveau académique inférieur à celui des préparationnaires, ce qui résulte sur une sélectivité moindre.

La dernière mesure, à savoir la bonification aux concours des étudiants boursiers marquerait l’échec total de la réalisation d’une politique d’égalité des chances ambitieuse qui viserait à permettre à l’ensemble des étudiants d’atteindre le même niveau… et non le même nombre de points aux concours.

Par ailleurs, elle ouvrirait la boîte de Pandore à tous ceux qui déploieraient des montagnes de malice pour décortiquer le système fiscal afin de permettre à leurs progénitures de bénéficier de ce statut boursier. Des abus similaires à ceux entourant la mesure du tiers-temps, parfois utilisée de manière abusive par certains, se démultiplieraient.

 

L’APHEC, association représentant les professeurs des CPGE économiques et commerciales, a affirmé très fermement son opposition à la mesure :

 

 

Notre position, forcément engagée

Le site Major-Prépa ne saurait jouer le rôle d’un acteur neutre dans cette ouverture des Grandes Ecoles. L’idée-même de la création du site provient de la volonté de l’équipe fondatrice de permettre à tous les étudiants de disposer d’un contenu de qualité en vue de préparer les concours, sur un pied d’égalité, avec pour objectif de rendre caduc tous les soutiens privés dont ne peut bénéficier une importante partie des préparationnaires (qu’ils soient boursiers ou tout simplement issus de la classe moyenne tout juste au-dessus des seuils).

Attribuer des points bonus aux étudiants boursiers aux concours revient à acter l’échec total et complet de la possibilité offerte par le système d’éducation public de permettre à chacun d’atteindre le même niveau et d’être aussi fier de sa réussite que d’autres. Si l’équipe salue les trois premières mesures, elle ne peut que s’opposer à la dernière.

Nous préparons d’ailleurs des projets allant dans le sens de la démocratisation de l’information autour des Grandes Ecoles (Up2School afin de s’y orienter – et de bientôt préparer les concours gratuitement – et Up2Finance afin de lever la censure malvenue autour du sujet des frais de scolarité d’écoles à la rentabilité inégalée pour un étudiant) et n’abandonnerons jamais l’ambition inhérente à la création de notre entreprise : intégrer une Grande Ecole par son mérite personnel, quelle que soit son origine sociale ou géographique.

 

Mehdi Cornilliet Fondateur

Ancien étudiant à HEC Paris après une prépa ECS au Lycée La Bruyère (Versailles) et fondateur de Major-Prépa.